Le défenseur emblématique de l'Oryx Club de Douala s'en est allé. Décédé le 18 octobre 2026 à l'Hôpital Laquintinie de Douala des suites de maladie, à l'âge de 74 ans.


L'Oryx de Douala perd une de ses griffes. Le football camerounais perd un gentleman du tacle.

Il s'appelait Daniel Gozo. Mais pour toute une génération de supporters qui a vibré au Stade de la Réunification et celui d'Akwa, aujourd'hui rebaptisé Mbappé Leppe, il était simplement « Bagaré ».

Le roc au cœur de lion


Pourquoi Bagaré ? Le surnom n'a pas été volé. Dans le parler populaire de Douala, Bagaré dérive de bagarreur en français classique, est celui qui va au front, qui ne recule jamais. C'était tout Daniel Gozo.


Un défenseur hors paire, d'un autre temps. Un mélange rare de robustesse et de technique, de force tranquille et d'intelligence de jeu. Robuste dans les duels, propre dans la relance, impérial dans les airs. Quand Bagaré taclait, le ballon restait, l'adversaire passait rarement. Et toujours avec une élégance, un fair-play qui forçait le respect.


De l'Éclair au Léopard, l'histoire d'une gloire.


L'histoire commence tôt, à l'adolescence, sous les couleurs de l'Éclair de Douala, son club formateur. Très vite, sur repère le jeune roc.


Sa carrière va ensuite l'amener à défendre les couleurs de plusieurs monuments du football littoral. Le Léopard de Douala, l'Oryx Club de Douala et la Juventus de Douala.


C'est en 1972, lorsqu'il intègre le Léopard de Douala, qu'il va connaître ses plus belles heures. Aux côtés des légendes, Roger Milla et François Ndoumbè Léa, il va soulever deux fois le titre de Champion du Cameroun et atteindre les demi-finales de la Coupe du Cameroun. Une équipe de légende, où Gozo était le mur, la sentinelle infatigable.
Cette Constance lui ouvre logiquement les portes de l'équipe nationale.

En 1973, il est présélectionné chez les Lions Indomptables. Mais à cette époque bénie où le Cameroun regorgeait de talents à chaque poste, entre concurrence féroce et manigances l'antichambre, il ne dépassera pas ce cap. Une petite déception dans une carrière pourtant pleine et immense.
Car Gozo n'a pas eu la lumière médiatique qu'il méritait. Un pan entier de l'histoire du football camerounais, fait de championnats locaux âprement disputés, n'a pas été assez raconté en l'absence de la télévision au Cameroun pour que le grand public connaisse toute la dimension de ce grand joueur, par ailleurs frère aîné de Gozo Anoumou, de regretté mémoire, lui aussi sociétaire de l'Oryx puis du Canon sportif de Yaoundé et du Racing Club de Bafoussam.
Le dernier tacle
En 2012, ses proches et ses anciens collaborateurs voulaient lui offrir ce qu'il méritait. Un jubilé, couplé à son départ officiel à la retraite pour ses services rendus à Sonel (Société nationale d'électricité) aujourd'hui SOCADEL où il a exercé pendant des années comme Technicien Assistant gestionnaire des stocks parallèlement en jouant au football. Mais sa santé, déjà chancelante, en avait décidé autrement. La fête n'aura jamais eu lieu.
Aujourd'hui, c'est le football de quartier, le football des anciens, le football de Douala qui pleure l'un des siens. Bagaré n'était pas seulement un défenseur,
Le 07 novembre 2026 à Njo-Njo, Douala va entrer Daniel Gozo. Mais son tacle, son courage, son nom, resteront à jamais gravés dans la mémoire des siens et du football camerounais tout entier
Félix EPÉE