Expulsions en zone Cemac : L'arrogance et le mépris du Gabon et de la Guinée équatoriale envers les autres ressortissants plombent la libre circulation
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Bata, Malabo, 6 octobre 2026. Une nouvelle vaste opération de contrôle se solde par l'interpellation et l'expulsion de plusieurs dizaines de personnes, principalement des Camerounais. Au-delà de la violation flagrante du traité communautaire, ce drame répété révèle deux silences coupables. Celui des Chefs d'État des pays victimes qui ne dénoncent jamais leurs homologues, et celui de leur propre échec économique.
Le film est connu. Selon nos différentes sources rapportées par certains médias, les autorités équato-guinéennes ont lancé le 6 octobre 2026 "une vaste opération de contrôle des ressortissants étrangers à Bata et à Malabo, donnant lieu à l’interpellation et à l’expulsion de plusieurs dizaines de personnes, principalement des Camerounais".
Des hommes menottés, des passeports biométriques CEMAC confisqués puis déchirés, des femmes jetées dans des camions en direction de Kye-Ossi. Quelques uns incarcérés plusieurs jours avant d’être conduits à la frontière. La scène se répète tous les deux ans. Elle est devenue la norme.
Le droit violé est pourtant limpide
Que dit la réglementation? L'Acte additionnel de juin 2013 dispose que "la circulation des ressortissants des États membres de la CEMAC est libre sur l’ensemble de l’espace communautaire à partir du 1er janvier 2014". Concrètement, tout citoyen des six pays peut circuler sans visa pour 90 jours avec une CNI biométrique, une carte CEMAC ou un passeport biométrique. Le Gabon et la Guinée équatoriale l'ont même acté en 2017 en supprimant le visa CEMAC.
Sauf que dans la pratique dans ces deux pays, un passeport camerounais, tchadien, congolais et centrafricain vaut moins qu'un passeport occidental.
Gabon ou l’hypocrisie du tampon
Dans les faits, Libreville exige des ressortissants des autres pays de la Cemac, les invitations légalisées, les preuves de fonds (500.000 FCFA minimum en poche), une réservation d'hôtel payée. Faute de quoi, refoulement. Malabo quant à elle organise des rafles suivis des expulsions massive.
Les témoignages sont constants et font état des descentes nocturnes de forces de l’ordre dans les domiciles des étrangers, la confiscation de documents, des attestations et l’incarcération sans motif dans les cellules surpeuplées, puis la conduite à la frontière camerounaise de Kye-Ossi ou à la pirogue vers le Gabon.
C'est le non-respect assumé d'un engagement communautaire qui prime sur le droit national.
Le prix de l’arrogance
Mais cette arrogance et l’obstructionnisme de ces deux pays ont un prix. Ils compromettent l'intégration parce qu'ils installent une méfiance structurelle.
Comment parler de marché commun, de BEAC commune, de passeport CEMAC unique, quand un Tchadien se fait humilier à Bitam et un Centrafricain rançonné à Ebebiyin?
Par ailleurs, ils plombent également l'économie. Ce sont les Camerounais et les Congolais qui font tourner les marchés de Libreville, les chantiers de Bata et les boutiques de Port-Gentil. Les expulser, c'est s'amputer. Surtout au moment où plusieurs régions du monde rêvent des grands ensembles et l’apport des étrangers pour être plus fortes et se développer. Si la peur de ces deux pays d'être envahis est légitime au regard de leur population assez réduite, le traitement infligé aux ressortissants des pays du même espace communautaire reste incompréhensible. La majorité de ces expulsés n'occupant que très souvent les emplois délaissés par les gabonais et équatoguinéens. En plus, on se rend compte que de part et d'autre des frontières artificielles de ces différents pays, ce sont les mêmes familles issues d'un même clan qui y sont installées depuis des lustres. Il en est de même pour les couples mixtes et les enfants issus de ces unions. L'ironie dans ces tracasseries administratives. Aux journalistes étrangers, en visite familiale, on exige l'accréditation. D'où un questionnement sur ce rejet viscéral et épidermique de ses propres frères?
Le silence complice des chefs d’Etats victimes.
Mais comment comprendre le silence des Chefs d'État victimes face à cette attitude de méfiance de ces deux pays et leur tendance à tordre l’esprit communautaire par des actes barbares et humiliants à l’endroit de leurs frères du même espace communautaire ? Si ce n’est débloquer de l’argent ou affréter un avion pour leur rapatriement pour ce qui est du cas des autorités camerounaises lors des expulsions par la force de leurs citoyens ? Brazzaville, N'Djamena et Bangui alors?
Rien. Ou presque. Un communiqué timide du Consul à Malabo, un accueil des expulsés à l'aéroport de Douala par le gouverneur de la région cette ville du Cameroun au nom de l’État, puis on passe à autre chose. Aucune convocation de l'ambassadeur équato-guinéen. Encore moins de plainte formelle devant la Commission CEMAC. Aucune mesure de réciprocité. Et c'est là que le bât blesse.
Prime à l’arrogance
Cette lâcheté diplomatique est une prime à l'arrogance. Car, à force de ne jamais dénoncer le comportement de leurs homologues voisins par solidarité de palais, les Chefs d'État des pays d'origine cautionnent le mépris. Ils laissent croire à Libreville et Malabo que les Camerounais, Tchadiens, les Congolais et Centrafricains sont des citoyens de seconde zone dans leur propre communauté. Par conséquent, ils peuvent être exposés à n'importe quel châtiment venant des autres. En effet, un Président qui ne défend pas son peuple à l'extérieur l'humilie deux fois. Se reprochent-ils les échecs de leurs politiques économiques dans leurs pays respectifs ?
L'absence d'une politique économique pour retenir les populations
Mais pourquoi les ressortissants des autres pays de l’espace communautaire Cemac se ruent-ils vers Bata et Libreville ?
Il faut dire la vérité. Ils fuient pour la plupart la misère et le chômage dans leurs pays respectifs. Ils fuient parce que la CEMAC n'a jamais réussi à créer une véritable politique idoine et industrielle commune. Elle partage certes le même Franc CFA, mais elle n'a aucune stratégie pour créer des emplois dans les pays qui la composent.
Tant que le Cameroun, le Congo, le Tchad et la RCA ne produiront pas assez d'emplois décents pour leur jeunesse, le flux vers le Gabon et la Guinée équatoriale, dopés par la rente pétrolière, sera inévitable. On ne décrète pas la fin de l'émigration intra-communautaire avec des discours. On la nourrit avec des usines, des zones industrielles, une politique incitative à la création des emplois et susceptible à attirer les investisseurs. Et une bonne formation professionnelle capable de répondre à la demande et au besoin potentiels employeurs.
Poser les bases du présent et se projeter sur l’avenir.
D’autre part, expulser est facile quand on est riche de pétrole. Mais il faut aussi en posant les bases sur le sur le présent, projeter sur l'avenir. Le moment où les puits de ces pays vont tarir et qu’ils seront sans ressources et obligés de tendre la main à un des voisins qu’ils ont eu à mépriser hier. Que se passera-t-il ? De surcroît dans nos pays qui ne projettent pas dans le futur et ont tendance à dormir sur leurs lauriers sans penser à diversifier leur économie pendant que leurs affaires vont au mieux. Est ce que les autres seront à leur tour en mesure d’accepter cette main tendue sans rancœurs pour tout ce qu'ils ont eu à subir de ces deux voisins ?
En somme, la libre circulation peut être effective. Elle le sera lorsque ces deux pays réticents accepteront de jouer franchement le jeu. Et ne sera respectée à Libreville et Malabo que le jour où elle sera exigée avec fermeté à Yaoundé, Brazzaville, Bangui et N'Djamena, et le jour où leurs jeunes ressortissants n'auront plus besoin de risquer l'humiliation pour survivre.
Félix EPEE (mibiamaafrica.com)
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