Dix mois après avoir annoncé la fin d'une ère, la CAF fait marche arrière. Réunie au Cap-Vert, l'instance de Patrice Motsepe envisage très sérieusement de maintenir la Coupe d'Afrique des Nations tous les deux ans.

C'est un revirement qui ne surprend presque pas. Vendredi 9 octobre 2026, en marge de son Assemblée Générale à Santa Maria, au Cap-Vert, le président de la CAF, Patrice Motsepe, a lui-même ouvert la porte : « Nous étudions très sérieusement la possibilité de maintenir et de revenir à une CAN organisée tous les deux ans ». 

Une phrase courte, mais qui enterre presque l'une des réformes les plus ambitieuses de son mandat.

La réforme avortée de décembre 2025

Il faut remonter au 20 décembre 2025. À la veille du coup d'envoi de la CAN au Maroc, Motsepe annonce devant la presse à Rabat une refonte historique : la compétition, organisée tous les deux ans depuis 1968, passerait à un rythme quadriennal à partir de 2028, à l'image de la Coupe du monde et de l'Euro. 

L'objectif officiel? « Harmoniser le calendrier africain avec celui du football mondial » et alléger la pression sur les clubs européens qui libèrent leurs internationaux africains en pleine saison.

En compensation, la CAF prévoyait de lancer une Ligue des Nations africaine annuelle à partir de 2029, réunissant les 54 sélections du continent. 

La CAN 2027, prévue du 19 juin au 17 juillet au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, restait maintenue. C'est après qu'aurait dû s'appliquer le nouveau cycle.

Pourquoi ce rétropédalage?

Selon plusieurs sources concordantes, le Comité exécutif aurait déjà acté en interne l'abandon du passage à 4 ans. L'annonce officielle se fait attendre, mais la tendance est claire. 

Trois raisons expliquent ce retour en arrière. Premièrement, l’argent. La CAN est, de loin, la principale source de revenus de la CAF. La passer tous les quatre ans, c'est se priver de 50% de ses droits TV et de son sponsoring. Selon The Guardian, cité par la presse africaine, les difficultés économiques pèsent lourd dans la réflexion.

Ensuite, la pression populaire. Pour les supporters et les fédérations, une CAN tous les 4 ans, c'est une génération de joueurs qui ne dispute que deux ou trois éditions dans toute sa carrière. C'est moins de ferveur, moins d'objectifs, moins de visibilité pour le football local.

La troisième raison est la co-organisation comme solution. Pour rendre le modèle biennal viable, la CAF pousse désormais l'idée de la co-organisation. Comme en 2027 avec trois pays, la CAN se déroulerait tous les deux ans avec plusieurs coorganisateurs afin d'amortir le coût exorbitant. 

Le grand écart permanent

Ce feuilleton illustre le dilemme permanent du football africain. D'un côté, les clubs européens et la FIFA qui poussent pour un calendrier allégé, moins de trêves internationales, plus de protection pour les joueurs. Officiellement, il s'agit de renforcer prestige et compétitivité. Officieusement, tout le monde voit la main de la FIFA. Gianni Infantino, présent à Rabat, avait proposé cette périodicité aux dirigeants du football qui ont fini par l'adopter. Le président de la FIFA avait placé les fédérations africaines devant le fait accompli, sous la pression du lobbying des puissants clubs européens. 

De l'autre, un continent où la CAN est bien plus qu'un tournoi : c'est la fête populaire par excellence, le seul moment où les petites fédérations existent médiatiquement, et le poumon financier de la CAF.

En voulant copier l'Europe avec sa Ligue des Nations africaine, la CAF a sous-estimé l'attachement viscéral à son rythme historique.

Pour l'instant, aucune décision définitive n'a été actée par communiqué officiel. Le dossier reste à l'examen du Comité exécutif. 

Mais le signal envoyé depuis le Cap-Vert est clair : la CAN biennale n'est pas morte. Et pour des millions de supporters de football africain, c'est une excellente nouvelle.  Attention surtout aux dirigants des fédérations de ne pas faire berner par les promesses de campagne. Car, ce retour est prévu d'être entériné après les élections à la tête de la FIFA. Prudence.

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