Cameroun/Akwa a sacré son roi. Que retenir ?
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Le 10 octobre 2026 est désormais une date historique pour la communauté Akwa de Douala au Cameroun. Sur les berges du Wouri, un des fleuves qui arrose la ville de Douala, Dr Louis Din Dika Akwa IV a été finalement sacré Roi des Bonambela, Chef Supérieur du canton Akwa devant un parterre de personnalités traditionnelles, administratives et les projecteurs du monde. Ce sacre est l'aboutissement de 6 ans de vacance, de procédures et de déchirements.
En effet, pendant trois mois, Douala n'a parlé que de ça. Au marché, dans les bars, dans les chaumières et dans les groupes WhatsApp. Le sacre du Roi du canton Akwa-Bonambela était sur toutes les bouches. Il est venu rappeler à tout le monde une chose simple. Douala, on a beau être une grande ville avec des immeubles, il est reste un village avec ses traditions et son côté sacré.
Pendant des semaines, tout le monde est devenu expert en droit coutumier Akwa. On a vu des lives dans les réseaux sociaux pour expliquer le "vrai" mode de désignation, des communiqués de familles, des contestations filmées. Ce que beaucoup de natifs et surtout d'étrangers ont découvert, c'est que le Roi à Akwa ne se vote pas. Il ne s'hérite pas automatiquement non plus. Il se désigne. Il est désigné par les patriarches. C'est un processus spirituel, pas une élection politique. En voulant mettre le sacré sur la place publique, on l'a désacralisé. On a transformé un rituel initiatique en débat de carrefour. C'est l'une des premières observations. Tout ne doit pas s'exposer. Le sacré a besoin de l'ombre pour exister.
Et pourquoi tant de bruit ? Tout simplement parce que le sacre n'a pas fait l'unanimité. Plusieurs points de tension ont tout cristallisé.
Premièrement, le sanctuaire de Mbanya. Pour les partisans du Roi, ce cours d'eau qui traverse une partie de l'arrondissement de Douala V est le sanctuaire ancestral par excellence des Bonambela où le Roi doit communier avec les ancêtres. Pour ses opposants, c'est une entité coutumière distincte. Le 30 septembre 2026, à 10 jours du sacre, la cérémonie rituelle préparatoire a dégénéré. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés par la police pour disperser des habitants rassemblés sur le site, alors même que la cérémonie avait été autorisée par le sous-préfet de Douala V.
A l’origine, une contestation judiciaire et coutumière. Le Collège des Notables de Bonèleke, un des villages d'Akwa, par ailleurs famille dont est issue le roi, conteste la légitimité du choix, pourtant homologué le 23 janvier 2023 par le Premier Ministre par arrêté N°005/PM. Une homologation qui a été suivie le 15 juillet 2023 par l’installation officielle par le Préfet du Wouri, Benjamin Mboutou. Tout était presque déjà plié. Mais le 9 septembre 2026, la Chambre administrative de la Cour Suprême est venue raviver la tension qu’on croyait pourtant apaisée à travers son arrêté du N°59/QD/2026 annulant à un mois de l’annonce du sacre, le jugement N°421/QD/2023 du Tribunal Administratif du Littoral qui validait la succession, et renvoyant le dossier à être rejugé.
Sans mettre fin aux préparatifs de la cérémonie en vue, cet arrêt a réalimenté de plus belle la contestation. Donné les ailles à la partie adverse. Elle a même donné lieu à un bras de fer rare entre le Gouverneur de la région Littorale de ce pays, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, qui soutenait la régularité du sacre, et Sylyac Marie Mvogo, le Préfet du Wouri et chef du département où a lieu l’évènement.
Tout cela pour montrer que le canton Akwa est malade. Malade de ses divisions. Divisions entre les familles, entre nantis et démunis, les anciens et les jeunes élites. La contestation d'une partie du canton n'était donc pas contre un homme, mais l'expression d'une lutte de positionnement plus vieille. Ce sacre a plutôt étalé ces divisions au grand jour.
D’autre part, cette crise a été une formidable publicité pour ce canton méconnu de plusieurs avant . De surcroît pour la culture et traditions Sawa dont il est issu. Car, à force de se disputer, Akwa s'est offert au monde. On a appris à le connaître. De sa limitation géographique par rapport à d'autres cantons, sa configuration et son fonctionnement.
Des Camerounais de Yaoundé, Bertoua, Bafoussam, Ngaoundéré ou de Maroua qui ne savaient pas comment on désigne un chef Sawa, des membres de la diaspora à Paris, Washington et Bruxelles, ainsi que les étrangers vivant au Cameroun et en dehors ont suivi les débats avec passion.
Sans le vouloir, cette controverse a mis une des royautés Sawa au centre de l'actualité nationale pendant trois mois. Elle a rappelé que Douala n'est pas seulement une capitale économique. C'est d'abord une terre Sawa, avec ses cantons, ses rois, ses rites, ses traditions et ses lois.
Le sacre est passé. Les tam-tams se sont tus. Les youyous aussi. Le nouveau Roi est là. Qu’on l’aime ou pas. Il est au service des siens. Il hérite cependant de plus qu'un trône. Il hérite d'un canton fracturé qu'il devra réconcilier. Son premier chantier ne sera pas le palais, mais la paix entre ses frères. Réconcilier les 20 villages du canton Akwa qui lui ont promis fidélité, mais dont une partie regarde encore vers un autre prince.
Louis Din Dika Akwa IV pourra-t-il réussir à se faire accepter par ceux qui l’ont contesté hier ? C’est à lui de comprendre que dans la tradition Sawa, le Roi ne règne pas au-dessus mais au milieu de son peuple. Car à Akwa, on ne devient pas Roi pour briller. On devient Roi pour porter. Porter le poids de tout un peuple et le conduire vers une destiné meilleure. Cela fait partie des recommandations qui lui ont été faites par les sages du royaume. Le temps seul nous dira s'il aura les épaules et de la clairvoyance.
Félix EPEE
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