Cameroun - Congo: Les nouvelles têtes de turc de la France après l'AES
Après avoir perdu le Mali, le Burkina Faso et le Niger regroupés au sein de l'AES, la France cherche de nouveaux coupables. Dans un nouveau rapport de son ministère des Affaires étrangères, elle indexe le Cameroun et le Congo comme étant la nouvelle base de la propagande russe en Afrique, comme si les Africains ne pouvaient pas réfléchir par eux-mêmes. Le ministre Jean-Noël Barrot va même jusqu'à demander à l'UE des sanctions contre ces deux pays souverains.
Il fallait bien remplacer l'AES. Pendant trois ans, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont été les têtes de turc parfaites de Paris. Présentés comme des juntes putschistes, manipulées par Wagner, incapables de penser leur sécurité sans la France. Le discours a échoué. L'Alliance des États du Sahel s'est consolidée, les bases françaises ont plié bagage, et le pré carré s'est effondré.
GlobUs a présenté comme la façade de la Russie en Afrique Centrale.
Alors le Quai d'Orsay a sorti un nouveau dossier. Cette fois, ce n'est plus le Sahel, c'est l'Afrique centrale. Le rapport de Viginum, le service de lutte contre les ingérences numériques, accuse le réseau GlobUs d'être une façade russe pour manipuler l'opinion africaine en cherchant à légitimer la présence de Moscou au détriment des Occidentaux.
Et les deux pays pointés comme ses relais les plus actifs seraient le Cameroun et le Congo-Brazzaville.
Le message est clair. Après l'AES, ce sont désormais Yaoundé et Brazzaville les mauvais élèves.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé le 27 octobre 2026 son intention de demander des sanctions de l'Union européenne à l'endroit de ces deux pays.
Ces sanctions viseraient plus loin les chefs d'Etat à la tête de ces deux Etats, notamment le président Sassou Nguesso du Congo et Paul Biya du Cameroun qui auraient d'après le ministre des affaires étrangères français favoriser l'implantation sur leur sol cette machine à propagande russe contre la France.
On ne sanctionne plus seulement des entités, on menace de sanctionner deux États entiers pour avoir osé diversifier leurs partenaires. C'est une escalade néocoloniale assumée.
La Russie, désormais une paranoïa française
Le raisonnement reste le même, d'une condescendance absolue. Si le Niger chasse l'armée française, c'est la faute à la propagande russe. Si le Burkina se tourne vers de nouveaux partenaires, c'est la manipulation russe. Et maintenant, si le Cameroun et le Congo discutent avec Moscou, c'est encore la propagande russe. Une vraie paranoïa.
Jamais, à aucun moment, Paris ne se demande si les Africains réfléchissaient par eux-mêmes ?
Il en est de même de certains influenceurs et activistes africains(Banda Kani, Nathalie Yamb, Kemi Seba,...)dont la France a été accusée d'être à la solde de la Russie pourtant beaucoup d'observateurs de la scène politique africaine connaissent depuis des lustres ces derniers pour leur discours antifrançais et leur dénonciation permanente des politiques françaises en Afrique.
Pure hérésie et insulte à l'intelligence africaine
Et si les Camerounais et les Congolais avaient juste pris conscience et tiré leur propre bilan ? Bilan du franc CFA, bilan des accords de défense, bilan de soixante ans de paternalisme qui donne des leçons sans rien apporter de positif sur le plan économique. A part s'illustre dans le pillage des ressources de leur pays. Faut-il absolument la Russie en lieu et place des ressortissants de ces pays pour le constater et le dénoncer ? Exercice pourtant régulier depuis des années dans plusieurs médias camerounais. Pure hérésie de la part des autorités françaises. De surcroît, une blessure à l'intelligence des africains.
En quoi donc cela regarde la France si l'Afrique décide de parler à tout le monde ? C'est la question que Paris refuse de se poser. Le Cameroun et le Congo, comme les pays de l'AES avant eux, ne sont pas en train de changer de maître. Ils sont en train de refuser l’idée même de maître. La France a un intérêt des'adapter à la nouvelle donne dans ses relations avec l'Afrique si elle veut rester un partenaire fiable.
Car, en désignant le Cameroun et le Congo comme les nouvelles têtes de turc après l'AES, et en réclamant des sanctions européennes contre eux, la France ne lutte pas contre la désinformation. Elle punit l'émancipation. Elle envoie un avertissement à tout le continent. Comme quoi quiconque s'éloigne sera diabolisé, isolé, sanctionné. Un déni de l'altérité dont elle a du mal à se départir.
La méthode a échoué avec l'AES. Elle échouera certainement avec le Cameroun et le Congo. Parce que l'Afrique est grandiose, et que le temps des tuteurs est terminé.
Félix EPÉE
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