L'ancien Chef d'État congolais, garant de la Constitution pendant 18 ans, prend les armes contre la République qu'il a dirigée. Un acte anti-républicain et antipatriotique d'une gravité historique considéré comme une trahison envers la nation condamnée par la grande majorité de la classe politique de ce pays.

Le 12 octobre 2026, depuis sa résidence de Goma, ville de l'Est passée sous contrôle du M23 janvier 2025, Joseph Kabila a été présenté comme le leader du Front pour la Refondation de la Nation (FRN). 

Un nouveau mouvement politico-militaire qui, selon ses propres annonces, intègre directement le Mouvement du 23 Mars (M23), groupe armé antigouvernemental soutenu par le Rwanda, et qui succède à l'Alliance Fleuve Congo (AFC/M23). Aperçu aux côtés du général Sultani Makenga, chef militaire de ce mouvement rebelle, Kabila assez zen, a annoncé la coordination des "forces de résistance" contre Kinshasa. 

L'ex chef de l'Etat adoubé par la «communauté internationale» prête serment à 29 ans lors de sa prise de fonction le 26 janvier 2001.
L'ex chef de l'Etat adoubé par la «communauté internationale» prête serment à 29 ans lors de sa prise de fonction le 26 janvier 2001.

Comment comprendre une telle option ?

De nombreux observateurs de la scène politique congolaise tombent des nues. De voir un ancien chef d'État, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, choisir aujourd'hui la voie des armes contre son propre pays. 

La question est brutale, mais elle s'impose. Comment justifier de massacrer ses propres populations dans l'optique d'arriver au pouvoir, alors que la République offre la voie des urnes ?

Pendant 18 ans, Joseph Kabila a incarné l'État. Il connaît mieux que quiconque le prix du sang versé à l'Est, l'immensité du deuil congolais. En choisissant de s'installer à Goma et de prendre la tête d'une coalition qui contrôle par la force de vastes zones de l'Est, il ne s'oppose plus à un gouvernement. Il s'oppose à la République elle-même. 

Ce n'est plus de l'opposition politique. C'est une sécession de fait. C'est le choix de la canonnière contre le bulletin de vote. Et c'est une trahison du semble constitutionnel prêt à défendre l'intégrité territoriale.

Le silence suspect des partenaires

Que dire les pays partenaires de la RDC, si cela incite à condamner la moindre dérive venant du gouvernement central quand cela ne les arrange pas. Où sont les communiqués indignés, les sanctions ciblées, les conseils de sécurité en urgence ? Pour l'heure, c'est un silence suspect. Même les Etats-Unis dont l'ancien président de la RDC fait l'objet de sanctions à cause de son soutien au M23 appuyé par le Rwanda ne se sont pas encore prononcés. 

Le temps des amours entre J. Kabila et F. Tshidekedi est terminé.
Le temps des amours entre J. Kabila et F. Tshidekedi est terminé.

L'Union Africaine, une semaine après l'annonce, s'est contentée d'appeler à "privilégier exclusivement les moyens pacifiques" et à "respecter le cessez-le-feu". Un appel minimaliste face à un fait aussi grave. Un ex-président devient chef rebelle. 

Ce deux poids, deux mesures interrogent. Quand Kinshasa lève le doigt, la communauté internationale tonne. Quand un ancien président s'allie à un groupe armé soutenu par une armée étrangère pour attaquer son propre pays, on temporise.

Ces sanctions des Etats-Unis à l'endroit de l'ex président de la RDC sont-elles vraiment sincères ? Où acheminons-nous, si ce n'est pas une hypocrisie, vers un autre scénario à la Jonas Savimbi en Angola qui s'est vu lâché par les américains face à son entêtement ? Connaissant par ailleurs le double langage et la duplicité des américains qui ont l'art de se comporter en prostitués assurant leur couverture au plus offrant tout en ménageant celui qui donne le moins, il faut être prudent.

Vers une partition de la RDC ?

Cette question hante tous les Congolais. Est-ce la partition de la RDC, souhaitée depuis des lustres par ses prédateurs, qui est ainsi envisagée ? Ce projet ancien de démembrement du Congo démocratique documenté par les rapports d'experts des Nations Unies qui affirment sans agir les velléités d'annexion de l'Est de la RDC par le M23, avec le soutien du Rwanda qui participe à piller les ressources minières congolaises. Ce que dénonce depuis toujours le président Félix Tshisekedi que dément Kigali malgré les preuves étayées par l'ONU.

Associé désormais au groupe rebelle M23, J. Kabila, pourtant sous sanctions américaines, a refait le choix des armes à la place des urnes.
Associé désormais au groupe rebelle M23, J. Kabila, pourtant sous sanctions américaines, a refait le choix des armes à la place des urnes.

La RDC, victime depuis la nuit des temps pour l'immensité de ses richesses, est de nouveau en danger. La nouvelle coalition FRN-AFC-M23 se présente depuis Goma, capitale minière, dans une zone riche en minéraux. Le scénario est connu. Il est de créer une administration parallèle, sécuriser les zones minières, internationaliser la présence rebelle, puis négocier en position de force un partage du pays. 

Ce plan machiavélique de Kabila-M23 n'est pas qu'un défi au gouvernement de Félix Tshisekedi, c'est "un autre défi à l'autorité du Gouvernement", c'est un défi à l'existence même du Congo comme État unitaire. Elle n'est pas plus une rébellion congolo-congolaise comme certains veulent la présenter mais un autre complot extérieur avec quelques complicités internes.

Car, derrière Joseph Kabila, venu comme mercenaire dans l'armée congolaise, il faut voir le Rwanda. La matrice du drame congolais.

Sommes-nous partis pour un autre massacre des malheureuses populations de la RDC ? L'histoire de l'Est nous apprend que chaque recomposition rebelle se paie en villages brûlés, en femmes violées, en millions de déplacés. Le peuple congolais, encore une fois, sera la variable d'ajustement d'ambitions personnelles.

L'heure de la clarté républicaine

Quand on confie les armes de la république à des corps étrangers, sans ancrage républicain ni loyauté à la Nation, on prend le risque qu'ils finissent par croire que le pays leur appartient. Que l'Etat est un butin et non une charge. Kaliba est le produit de cette histoire. Arrivée par les armes, parti par les urnes, il veut revenir par les armes. C'est la preuve qu'il n'a jamais cru à la légitimité populaire. Et il ne peut concevoir le pouvoir que comme une prédation militaire.

Face à cela, il ne peut y avoir d'ambiguïté. Que l'on soit de la majorité ou de l'opposition, pro ou anti-Tshisekedi, la République est une ligne rouge.

Condamner Joseph Kabila aujourd'hui, ce n'est pas soutenir un camp. Ni faire le jeu de Tshisekedi. C'est refuser que le Congo devienne une propriété privée d'anciens mercenaires et de leurs parrains régionaux. C'est défendre l'idée même que le pouvoir en RDC ne se conquiert pas par les armes fournies par l'étranger, au prix du sang des siens, mais par les urnes. Tout le peuple congolais doit être uni comme un seul homme pour barrer la voix à cette initiative macabre.

L'histoire jugera sévèrement ceux qui, par opportunisme ou par silence, laisseront faire la balkanisation de ce pays-continent.

Félix EPÉE (Mibiamaafrica.com)