Alors que les images du candidat président sortant Paul Biya investissent l’espace public, celles de ses challengers sont à peine visibles et presqu’inexistantes.

On s’entendait voir dès le 27 septembre 2025, date de l’ouverture officielle de la campagne électorale des présidentielles camerounaises une bataille de l’affichage entre les différents candidats. Que nenni. Que ce soit dans les grandes villes que sont Douala et Yaoundé ou les villes de moindre importance, les seules affiches visibles sont celles du candidat sortant Paul Biya. En posters géants comme en petits formats, présentes dans tous les coins de rues et avenues accompagnés des slogans, elles annoncent le programme politique résumé en quelques mots du candidat.
Cependant, aucune présence des affiches des autres 11 candidats en course. Elles sont presqu’invisibles dans les espaces publics des grandes villes. Si elles le sont, on les voit cantonnées dans les endroits précis où le candidat est supposé avoir quelques militants. C’est le cas de Cabral Libii à la Cité Sic à Douala ou dans certaines contrées camerounaises qui sont supposés être sa base électorale. Il en est de même pour Pierre Kwemo, Iram Samuel Iyodi et Joshua Osih et d’autres dont les affiches se voient à peine. Et à une semaine de l’élection présidentielle, on voit difficilement cette tendance changer. Qu’est-ce qui peut expliquer cette défection ? Est-ce un manque de moyens ou de préparation liée à une élection de cette envergure ?

Manœuvres et violation de la loi
Plusieurs responsables de campagne de ces différents candidats à cette présidentielle reconnaissent ne pas avoir les ressources du candidat sortant. Suspecté d’utiliser les moyens de l’Etat. Ils estiment par ailleurs que les règles liés à l’affichage électoral ne sont pas respectées par leur concurrent.
En effet, selon la loi relative à l’affichage en période électorale au Cameroun, les mairies doivent disposer les espaces à cet effet pour tous les candidats. Malheureusement, ce n’est pas le cas. D’autre part, les régies publicitaires, seules à détenir les panneaux d’affichage dans les villes auraient revu les prix de leurs prestations à la hausse pour la circonstance, aux dires des responsables des équipes de campagne des candidats de l’opposition, au point de décourager tous ceux qui avaient la volonté de leur acheter des espaces. Donnant ainsi la possibilité uniquement au candidat sortant Paul Biya d’occuper tous les panneaux. Lire aussi: https://mibiamaafrica.com/ Cameroun-Presidentielles-2005-Issa-Tchiroma-Bakary-se-coupe-il-de-son-electorat-Sud?
Une hausse des prix derrière laquelle plusieurs personnes voient les manœuvres de l’administration soumise au parti au pouvoir et à qui doit le droit d’exercer ces régies publicitaires. Question de gagner la bataille sur l’affichage. De surcroît, cette autre guerre de communication. Ceci pour permettre au candidat de leur parti, le Rdpc, d’être le seul visible sur les panneaux et dans l’espace public.

Impréparation des candidats de l’opposition
Même le format 60cm sur 40cm exigé par Elections Cameroon (Elecam), l’organe en charge des élections au Cameroun, à tous les candidats en lice n’est pas respecté par ce dernier. Il s’est permis en violation de la loi, de s’établir des posters géants. D’où le cri à l’injustice et à l’inégalité des chances pour tous les candidats émis par une grande partie de l’opposition. Mais cela est-il suffisant pour justifier cette défection ? Lire aussi: https://mibiamaafrica.com/cameroun-presidentielle-2025-lopposition-emiettee-a-deja-perdu/
Au-delà du manque de moyens évoqué, il faut aussi mettre également cette absence d’affiches de l’opposition dans le compte de l’impréparation de plusieurs candidats dont certains, s’accordent à dire les observateurs de la scène politique nationale, n’étaient pas partants au départ, mais se sont décidés d’être candidats à la dernière minute. Cela nécessite du temps et une organisation particulière pour une élection aussi majeure supposée se préparer pendant sept années. Une équation à plusieurs inconnues qui a été difficile à résoudre par la presque totalité des équipes de campagne de ces postulants de dernières heures. De quoi faire perdre de la saveur et du piquant à cette campagne liée à l’affichage qui donne l’impression au public d’assister à une élection non pas pluraliste mais à candidature unique.
Félix EPEE.
