Le Brouillard décisionnel

Félix Epée
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On vit depuis plusieurs années une sorte d’absence de priorité dans la gestion de notre pays, le Cameroun.  Ce phénomène, observable dans de nombreux domaines tels que la santé, l’éducation, la gestion publique, le sport, les infrastructures et bien d’autres qu’on ne saurait tous citer, est caractérisé par un manque de planification stratégique à long terme et de données fiables.

On élève des hôpitaux sans se rassurer que la majorité des malades pourront les fréquenter et avoir accès facilement aux soins sans que cela ne fasse l’objet d’un frein quelconque.

On crée ou laisse créer des quartiers entiers sans penser y installer les infrastructures de base nécessaires (drains, routes, adduction d’eau potable, alimentation des ménages en électricité, l’éclairage public…). Bonjour les épidémies, bienvenue les inondations et l’obscurité qui met les populations dans une situation d’insécurité la nuit tombée et nous expose aux agressions et à la merci des bandits.

On rêve des champions dans des disciplines sportives sans développement des infrastructures dans les quartiers où les jeunes athlètes peuvent s’exprimer, mettre en exergue leur talent et frapper à l’œil d’un éventuel recruteur pour des perspectives plus grandes.

On prévoit lutter contre le chômage sans création dans nos écoles des filières de formation en adéquation avec les besoins exprimées par la société. Dans un pays où les politiques gouvernementales et l’inventivité des hommes d’affaires ne sont pas pas reposées dans la transformation des matières premières mais plutôt dans l’importation massive des produits finis, exportant de fait ses emplois et sa richesse vers les nations fabricantes, que peut-on attendre de mieux ?

On construit un port en eau profonde dans une ville en périphérie des grandes agglomérations sans penser à une route convenable permettant d’y accéder, … Les exemples sont légion.

Sans priorité claire nous avons l’impression de vivre une navigation à vue. Bref, de nous diriger vers un épais brouillard dans lequel chaque pas est incertain et le risque ne nous perdre est assez élevé. Et notre pays en a la palme d’or en la matière.

Sauf que, cette façon de faire entraîne des décisions réactives face aux urgences plutôt que des politiques proactives permettant d’anticiper sur les besoins, les problèmes et d’agir en conséquence. Ainsi, nous empêcher à courir après le temps et éviter les situations tels que la construction d’une route à la va-vite à quelques heures de l’arrivée du Pape ou d’un grand évènement en vue, la mobilisation des camions citernes pour distribuer de l’eau potable aux populations de la ville de Yaoundé après la rupture soudaine d’un tuyau d’alimentation du réseau.

Ceci accroît non seulement le stress mais aussi la frustration lorsque nous constatons que malgré nos efforts, nous ne progressons pas de manière significative.

Qu’est ce qui empêche les responsables municipaux de Yaoundé ou de Douala de maintenir la ville propre de manière permanente pour qu’on attende seulement un rendez-vous important pour la nettoyer ? Devons-nous attendre la visite d’un étranger, grand soit-il, pour penser à balayer notre maison ? En somme, qu’est-ce qui interdit à nos autorités d’avoir une posture réactive en prévision aux réalisations et aux évènements futures ?

L’absence de priorités engendre confusion et indécision, et conduit à une utilisation inefficace du temps. Cela demande d’apprendre à anticiper. D’identifier les problèmes, évaluer leur probabilité et leur gravité, puis définir en fonction les plans d’action. Seules démarches, quoi qu’on dise, nous permettent d’être dans les délais. D’éviter, en fin de compte, de subir les évènements et d’être dans l’urgence.

Félix EPEE

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