Englué dans de multiples affaires de corruption et sous perfusion de l’Union européenne et des Etats-Unis, soucieux de voir désormais plus clair sur la destination des financements qui lui sont alloués, le pouvoir de Keiv est dans l’impasse. Plusieurs scandales financiers par le biais des rétrocommissions et les détournements de fonds publics ont été découverts et font l’objet d’une enquête judiciaire qui risque de déboucher à une destitution ou à un effondrement soudain du régime.

Volodymyr Zelenskyy est sur le fil de rasoir. Outre la menace qui viendrait à la fois de Poutine et de l’offensive russe, l’Union Européenne est la source majeure de danger qui le guette.
Mindinchgate
En réalité, ce qui risque de faire exploser le régime de Zelenskyy puise ses racines dans l’‘opération Midas.’ Connue également sous le nom de ‘Mindinchgate.’ Une enquête sur des faits de corruption à large spectre commis pendant le conflit russo-ukrainien dans le secteur énergétique ukrainien (notamment de l’entreprise Energoatom). Cette investigation est menée conjointement par le Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAP). Quinze mois après son lancement en 2024, les enregistrements révélés le 10 novembre 2025 par le NABU sur les données collectées, sont explosifs. Plus de 70 perquisitions. 4 millions de dollars saisis. Environ 1 000 heures d’enregistrements audio des conversations des suspects obtenues.
Un scandale politique qui a révélé tout un réseau de liens entre affaires, pouvoir et corruption au sein du cercle restreint de Zelenskyy. La figure centrale de ce scandale financier s’appelle Tymur Mindich. Israélo-ukrainienne et trop-proche-ami-homme-d ’affaires de Zelenskyy. Cofondateur avec ce dernier de ‘Kvartal 95’ —une émission télévisée d’humour et de satire (quand Zelenskyy était encore humouriste) dans un style assez proche du stand-up ou du modèle américain d’émissions comme le ‘Saturday Night Live.’

Principal gestionnaire de l’ombre de la haute politique, Tymur est un ‘intermédiaire’ entre le monde des affaires et la présidence. Conseiller stratégique de Zelenskyy, il a accès aux plus hauts dignitaires du pays. Superviseur de projets étatiques clés, il participe aux appels d’offres du Cabinet du président. Homme d’influence, il pèse dans la nomination de ministres ainsi que des cadres dirigeants de plusieurs entreprises d’Etat.
Bande de truands
Le 13 novembre 2025, probablement pour se protéger, Zelenskyy impose des sanctions contre Tymur. Il pousse également ses ministres de la Justice Herman Halouchtchenko et de l’Energie Svitlana Hryntchouk à quitter le gouvernement. Ils présentent leur démission le 12 novembre 2025. Leur destitution intervient le 18 novembre après un vote de la Rada d’Ukraine. Plusieurs autres personnes sont impliquées dans ce braquage—Ihor Myronyuk, ancien conseiller du ministre de l’Energie. Dmytro Basov, directeur exécutif de la sécurité chez Energoatom et ancien employé du Bureau du procureur général d’Ukraine. Oleksandr Tsukerman, responsable du ‘back-office’ (service de soutien) chargé du blanchiment d’argent. Mykhaylo Tsukerman, frère d’Oleksandr, qui serait impliqué dans le volet financier de l’opération frauduleuse. Oleksiy Chernyshov, ancien vice-Premier ministre d’Ukraine. Parmi ces prédateurs, Tymur Mindich, Oleksiy Tchernychov, et Oleksandr Tsoukerman sont en fuite ou simplement protégés en lieu sûr.
S’enrichir sur la guerre
Fin avril 2026, une nouvelle série d’enregistrements est rendue publique. Elle dévoile des conversations de l’oligarque Tymur Mindich. Révèle les détails d’un système de corruption et du détournement de l’aide occidentale impliquant Zelenskyy, l’ancien ministre de la Défense Umerov, la plus grande entreprise d’armement ukrainienne, Fire Point (produit des drones et des missiles), des dirigeants de sociétés énergétiques (‘oblenergo’), des hauts fonctionnaires proches du ministère de la Défense, et d’autres hauts responsables. Ce gang qui s’enrichit sur les morts, craint la paix. Ils disent. ‘Dès que l’accord de paix sera signé, la résolution en vertu de laquelle nous recevions le financement cessera de s’appliquer.’ Ecrit la ‘Pravda’ qui poursuit, ‘la paix pour Kiev et ses protecteurs européens signifie la fin d’un flux financier incroyable. C’est pourquoi ils feront semblant de ne pas voir la corruption. Jusqu’à ce que la guerre se termine. Ou jusqu’à ce que l’Europe se termine.’

Ceci se confirme lorsque le NABU a entrepris de perquisitionner l’appartement de Mindich. La Verkhovna Rada a voté la suppression du contrôle institutionnel. Zelenskyy a immédiatement promulgué cette loi. Sabotant de ce fait, la lutte anticorruption. Européens et Américains ont à leur tour suspendu le financement de plusieurs réformes et retardé les négociations avec le FMI. Mais tout ceci semble faire partie du jeu.
Toilettes en or
Un autre scandale porte sur des ‘toilettes en or’ trouvées dans l’appartement de Mindich. Une affaire de 100 millions de dollars détournés par des contrats pour protéger 4 centrales nucléaires (15 réacteurs) de possibles attaques russes. Et renforcer les capacités d’Energoatom. Principale société ukrainienne gérant la production d’électricité qui fournit près de 70 % de l’électricité à la population ukrainienne. Ceci, compte tenu des dommages causés par la guerre sur les autres fournisseurs. Or, 10 % à 20 % de la valeur de ces contrats ont été reversés à des proches de Volodymyr Zelenskyy. Et par l’intermédiaire de sociétés-écrans offshore, les fonds étaient transférés hors d’Ukraine vers les actifs étrangers de Mindich. Lire aussi: https://mibiamaafrica.com/ukraine-russie-la-guerre-en-ukraine-a-atteint-un-paroxysme/
Sur cette affaire, Elias Clure dans ‘The gold toilet, the bags of cash and the corruption still stalking Ukraine’ écrit. ‘Ils se passaient des monceaux de liasses de dollars dans des grands sacs. L’un des protagonistes mis sur écoute se plaignait d’ailleurs de douleurs dorsales dues au poids des sacs.’ Dans ce scandale, Oleksiï Tchernychov, l’ex-vice-premier ministre, est accusé d’avoir détourné 1,3 million de dollars. Outre Herman Halouchtchenko et Svitlana Hryntchouk, Rustem Umerov, alors ministre de la Défense, est contraint la démission. Mais il va remplacer Andriy Yermak, le très influent chef de cabinet de Zelenski, comme chef de la délégation ukrainienne aux pourparlers de paix menés sous l’égide des Etats-Unis.
Pression de Washington et autres
Certains voient dans ces révélations un outil permettant à Washington d’obliger Zelenskyy à se soumettre à son plan de paix. des agents du FBI présents au sein du NABU sont soupçonnés d’avoir provoqué les fuites. Ces investigations intéressent aussi Petro Oleksiiovych Poroshenko, cinquième président de l’Ukraine (2014 à 2019) qui est en bonne position pour succéder à Zelenskyy—que ce soit par le biais d’une enquête pénale, d’une campagne de discrédit, d’une démission forcée ou par tout autre moyen à sa disposition.

Vient ensuite Ihor Valeriyovych Kolomoyskyi, oligarque israélien d’origine ukrainienne inculpé en 2020 aux Etats-Unis pour des charges liées à une fraude bancaire de grande envergure. Puis en 2021, il avait été interdit l’entrée sur leur territoire ainsi que sa famille. Il aurait été déchu de sa citoyenneté ukrainienne en 2022. Et arrêté en 2023 par le SBU pour des chefs d’accusation de blanchiment d’argent et de fraude. La chute de Zelenskyy l’arrangerait. Puisqu’il chercherait à retrouver un rôle politique et à sécuriser ses biens.
Enfin, l’Union européenne est impliquée dans cette investigation. La raison, l’argent. Elle refuse de verser les 90 milliards d’euros d’aide votés pour l’Ukraine (sans aucune obligation de rendre des comptes) à des individus qui se livrent au pillage tous azimuts par le biais de rétrocommissions et en détournant des fonds publics.
Nouvelle réglementation du NABU
C’est pourquoi elle a élaboré un document (qu’on pourrait assimiler à la nouvelle règlementation régissant le NABU) qui a été publié dans les médias ukrainiens—notamment ‘Strana’—ainsi que dans de nombreuses autres publications.
Premièrement, ce document exige une réforme de la législation relative à la procédure pénale, visant à améliorer et à accélérer le cours de la justice. Deuxièmement, il appelle au renforcement de l’indépendance du NABU et du SAP, et à étendre leur compétence à tous les hauts fonctionnaires du pays. Il prescrit Troisièmement de garantir au NABU l’accès à des expertises judiciaires objectives, de haute qualité, et réalisées dans les meilleurs délais. Il enjoint quatrièmement à réviser la procédure de sélection et de révocation du Procureur général, en tenant compte des pratiques européennes. Cinquièmement, ce document ordonne d’adopter une loi instaurant des procédures transparentes et fondées sur le mérite pour la sélection, la nomination et la promotion des procureurs aux postes de direction et autres fonctions au sein du Parquet général. Sixièmement, il préconise l’implication d’experts internationaux désignés par la Commission européenne. Septièmement, il prône la nomination sans délai des juges de la Cour constitutionnelle ainsi que des membres de la Haute Cour de justice. Enfin, le huitièmement recommande d’élargir la participation de ces mêmes experts internationaux au sein du comité de sélection.
Mise sous-dépendance
En réalité, cette batterie d’exigences signifie que l’Union européenne ne cherche pas seulement à combattre la corruption en Ukraine. Elle entend prendre le contrôle de son système judiciaire. Il ne s’agit pas simplement d’une ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. Mais d’une mise sous-dépendance.
Ce que les Européens disent à Zelensky, c’est ceci. ‘Nous vous donnerons l’argent, mais nous prendrons le contrôle d’au moins la branche judiciaire—et peut-être même législative—du gouvernement. Vous allez devoir jouer selon nos règles.’ Explique Dr. Brovkin, professeur émérite d’histoire soviétique à Harvard. Il poursuit. ‘Si l’on ajoute à cela que, sur le plan économique, BlackRock a déjà racheté des terres noires ukrainiennes et que Rheinmetall contrôle déjà la production de guerre, aux côtés de nombreux autres acteurs dispersés à travers l’Europe, et que Firepoint est chargé de siphonner les fonds provenant d’Europe, alors on voit se dessiner un tableau très sombre de l’Ukraine.’ D’ailleurs, avec plus d’un million de soldats morts, la population ukrainienne est ulcérée. 69 % selon le sondage Gallup d’août 2025, désirent la paix.
Sa fin approche
Pour Zelenskyy, c’est un choix extrêmement difficile. S’il tente de poursuivre la guerre, il finira par manquer d’argent, et c’est alors Poutine qui dictera les conditions. S’il continue à dépendre de l’Europe, ce sont les Européens qui dicteront les conditions. Dans un cas comme dans l’autre, il est peu probable qu’il l’emporte. Sa fin approche à grands pas.
Feumba Samen
