L’exclusion de la secrétaire générale de son parti, Jeanne Nsoga Sonè, à deux mois du scrutin risque de compromettre largement ses chances à piocher dans la niche des électeurs de la partie méridionale du pays.

La présidentielle camerounaise s’annonce avec ses lots de manœuvres, d’intrigues et de coups bas. Plusieurs candidats, dans leur élan et volonté de faire un clin d’œil à leurs potentiels électeurs, multiplient les stratagèmes et combinaisons au sein de leur formation politique ou en dehors pour se donner bonne figure. Issa Tchiroma Bakary en fait partie. Le président du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) après s’être désolidarisé de Paul Biya dont il avait pourtant juré fidélité jusqu’à la fin de sa mission, vient de se séparer de la secrétaire générale de son parti. Une compagne de lutte de longue date. Les raisons évoquées et à l’origine de cette décision sont la pratique du tribalisme.
Jeanne Nsoga est accusée par le patron FSNC de tenir les propos ostracisant à l’endroit d’une certaine communauté. Attitude, selon lui, qui va contre les idéaux de son parti. « Des propos et orientations, s’ils venaient à perdurer, mettraient en péril le projet qui nous unit : celui de rassembler tous les camerounais au tour d’un objectif commun », a déclaré dans un communiqué publié à cet effet par le leader du FSNC.
Des accusations non justifiées
Des accusations non justifiées pour ceux qui suivent depuis un temps les sorties de Jeanne Nsoga. Sorties pendant lesquelles cette brave dame qui a été pendant longtemps la deuxième personnalité au FSNC dénonce, avec le calme, sans s’attaquer à une tribu précise, l’accaparement illégale des terres dans le Moungo par les descendants des combattants de l’armée nationale de libération du Kameroun ( ANLK), branche armée de l’Union des populations du Cameroun (UPC) pendant la guerre des indépendances au Cameroun. Région où Jeanne Nsoga, originaire de la Sanaga Maritime, est attachée par les liens de mariage, dont elle a fait de ce combat sien.

On parle aujourd’hui de 24 000 hectares de terres arrachées frauduleusement aux autochtones. Des terres à l’époque données en concession aux multinationales agricoles européennes qui n’ont pas été rétrocédées aux communautés villageoises mais curieusement, ont eu d’autres propriétaires dont personne n’est au fait de leur cession par un tiers. « Nous œuvrons juste pour la restitution de l’histoire de Moungo, à déconstruire le mythe de l’anti héros dont les combattants ont commis des exactions sur notre sol et nos parents et défendre les droits de nos populations», a souligné l’ancienne secrétaire nationale démise du FSNC. Et Jeanne Nsoga le fait régulièrement à travers les vidéos postées sur les plateformes numériques depuis et bien avant la polémique née de la déclaration de Albert Elimbi Lobè dans laquelle il contestait le caractère de héros national d’Ernest Ouandié.
Ces terres arrachés aux ayants droits à la suite de la guerre d’indépendance qui régnait dans cette partie du pays. Guerre pendant laquelle beaucoup d’autochtones qui fuyaient les atrocités des combattants « indépendantistes » dont certains transformés en bandits, se sont vu à leur retour de l’exil, pour la plupart dépossédés de leurs biens par ces derniers. Malheureusement, il s’avère que la plus grande partie des personnes qui occupent illégalement les terres du Moungo sont en majorité des ressortissants d’une même communauté. Cela doit-il lui empêcher de continuer sa lutte de peur d’être étiqueter comme quelqu’une d’hostile qui s’attaque à un groupe sociologique?
L’exclusion de la secrétaire générale du FSNC apparaît donc aux yeux des peuples spoliés de leurs terres comme un refus du Président de ce parti de leur reconnaître le pouvoir de revendiquer leur droit. Une décision qui serait prise plus par calcul politicien que par un désir de se positionner en bouclier contre le tribalisme .
Clin d’œil au Mrc
En effet, l’ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle passé à l’opposition, est soupçonné de courtiser l’électorat du leader non-partant du Mouvement de la renaissance du Cameroun (Mrc), Maurice Kamto avec lequel il serait, d’après nos informations, en pourparlers. Cette mesure précipitée de Issa Tchiroma Bakary n’a rien d’un procès contre un soit disant tribalisme pour lequel Jeanne Nsoga est vilipendée et exclue par son ancien président mais elle s’apparente à un clin d’œil fait à l’endroit de ces potentiels nouveaux associés. « Il a cédé à une manipulation d’un sympathisant de Kamto dont il espère avoir une alliance », a réagi Jeanne Nsoga à la suite de son limogeage.
Cette décision est cependant, malgré sa légèreté, saluée par quelques suprématistes ethno-fascistes épidermiques qui n’hésitent pas, sans examen au préalable, à associer la moindre observation à l’endroit d’un ressortissant de leur région d’origine au tribalisme. Pourquoi toujours ramener tout à la tribu? Si un groupe de personnes est dans l’erreur pour s’être approprié frauduleusement et de manière arbitraire le bien d’autrui, au lieu de le ramener à la raison, devront nous le soutenir dans la bêtise pour le simple fait qu’il appartient à notre communauté? Si cela arrivait au tour des autres de défendre leurs « frères » à tout prix, aurions-nous la même attitude? Construire un récit collectif ou chanter l’unisson de signifie pas qu’on doit se laisser abuser, ni spolier. Le vivre ensemble est aussi le respect de ce qui appartient à l’autre sans chercher à s’en accaparer. Cette leçon de vie, appliquée par les uns et les autres, contribue à créer l’harmonie entre les différentes communautés qui vivent ensemble.

Bassa, de mère russe et mariée dans le Moungo, l’ex secrétaire du FSNC, assez pondérée et au caractère bien trempé, qui a toujours réclamé et assumé son métissage culturel, est la première surprise par cette exclusion. « C’était mon mentor. Mais, je découvre ses défauts », s’indigne-t-elle parlant de Tchiroma. Elle n’attend d’ailleurs pas reculer dans son combat malgré les attaques et invectives à son endroit.
Cette exclusion n’est pas sans conséquence pour l’avenir du FSNC. Elle risquerait d’hypothéquer les chances du candidat de ce parti de piocher dans une partie de l’électorat Sud aux présidentielles, plus particulièrement dans le Littoral où Jeanne Nsoga a reçu énormément de soutien de part de la communauté sawa dans le Wouri, le Moungo et dans la Sanga maritime après ce limogeage. Aux dernières nouvelles, l’expérimentée femme politique aurait rallié le Rdpc si on en croit à notre confrère camer.be. Un départ de poids que risque de regretter énormément Issa Tchiroma Bakary .
Félix EPEE.
