Président du Nouveau Mouvement Populaire (NMP), souverainiste et panafricaniste reconnu par les populations camerounaises et africaines ayant bâti sa notoriété à travers ses prises de positions au cours de nombreux débats télévisés, revient sur le conflit pour le contrôle du scanning des marchandises au Port Autonome de Douala entre TransAtlantic et la Société générale de surveillance Cameroun, filiale de la SGS SA, multinationale suisse. De la genèse à la bataille ouverte entre les deux entités qui a défrayée la chronique le mois dernier, il parle des protagonistes et décrypte les enjeux.

Quelle est votre Analyse après lecture du rapport de l’enquête interne du MINFI relatif au scandale des fausses DI (Déclaration d’importation) au sein de SGS?
Nous avons ici affaire à un rebondissement du dossier SGS-PAD qui nous conforte dans nos positions telles que nous les avons exprimées dès le début de l’affaire. On est en face du pillage organisé de nos ressources portuaires, douanières et fiscales dans une logique de bande organisée avec tous les risques que cela entraine en matière de Sécurité et de Souveraineté Nationales. Une Noble Ambition présidentielle exprimée depuis les années 2000 visant à arrimer la gestion de nos Ports et de notre Douane aux standards internationaux consacrés comme tels par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) (passage de l’ancien système de surveillance et de vérification des importations en vigueur dans notre pays à un système plus modernisé de scanning à 100%) a été détournée de ses objectifs initiaux pour finalement servir de couverture à un système de pillage et de corruption ayant des ramifications à l’extérieur du pays et à l’intérieur de notre Administration. Tout ce qui se traduit pas un lourd préjudice financier subi par l’Etat du Cameroun.
Cela dit, cet autre énième scandale d’Etat que d’aucuns qualifient de « scandale du siècle » n’est pas bien saisissable si on le sépare de l’environnement stratégique qui en a créé les conditions : les privatisations qui nous ont été imposées à la faveur des Programmes d’Ajustement Structurels (PAS). Justement, à la faveur des Programmes d’Ajustement Structurels, notre Administration s’est transformée en une grande structure affairiste, ayant érigé la grande corruption en levier de fonctionnement. Il s’en est suivi une dépravation stratégique, déontologique et managériale sans pareille dans l’histoire de notre pays. La course à l’enrichissement est devenue l’objectif par excellence derrière lequel couraient et courent encore, certains de nos Ministres et les clans qui gravitaient autour d’eux.
L’inévitable logique politique sous-jacente à une telle dépravation ne pouvait que se traduire par l’ouverture de la course à la succession du Président de la République. Enrichissement pour enrichissement, une Grande Inertie s’est emparée de l’Administration en général et du Gouvernement en particulier. La Lutte pour la succession avec toutes les ramifications qui la lie aux structures de la prédation et de la néocolonialité internationales, a sacrifié la nécessaire efficacité de l’Action Gouvernementale sur l’autel des ambitions successorales de dauphins putatifs auto-proclamés.
Nous ne voyons pas toujours le rapport entre ces développements assez généraux avec le conflit très spécifique qui oppose le Port Autonome de Douala et l’entreprise en charge du scanning des marchandises ; la nommée SGS ?
Cela me semble plutôt évident si l’on considère que c’est dans ce contexte d’inertie stratégiquement organisée que va démarrer la Grande Révolution observée au Port Autonome de Douala. En effet, le Chef de l’Etat nourrit de Grandes Ambitions pour le Port de Douala depuis 2011. La quintessence de ce projet révolutionnaire est contenue dans les propos du Chef de l’Etat prononcé toujours à Douala en 2011 que je me permets de citer fidèlement : « le Port Autonome de Douala doit devenir la référence dans le Golfe de Guinée ». Un tel projet, pour se réaliser, passait nécessairement par d’inévitables changements majeurs dans notre environnement portuaire. C’est tout l’enjeu de la grande réforme portuaire de 1999 qui favorisera le passage de l’ONPC au Port Autonome de Douala (sans préjudice des autres plateformes portuaires ayant la même structure juridique).
Ce qui va déstabilisera un ensemble d’intérêts bien installés à la faveur des privatisations-bradages qui ont été imposées à notre pays. Parlant justement de ces intérêts, il y avait ceux constitués autour de M. Bolloré et du Terminal à conteneurs du Port Autonome de Douala. M. Bolloré avait réussi à constituer une espèce de néocolonat économique dont les tentacules, à partir du Port de Douala (DIT, SEPBC), s’étendaient au secteur ferroviaire (CAMRAIL), aux grandes plantations rentières coloniales (SOCAPALM), au secteur des médias (CANAL+). M. Bolloré a ainsi réussi la prouesse de construire, un Etat dans l’Etat du Cameroun. Des Ministres Barons, dans ce cadre précis, ont secrètement pactisé avec M. Bolloré pour constituer le grand Parti Politico-affairiste résolument engagé, avec obstination, dans le contrôle de la Succession du Président Paul BIYA.
La Nationalisation du Terminal à Conteneurs qui accouchera de la Régie du Terminal à Conteneurs (RTC) a été un choc très violent pour cette nébuleuse qui contrôle encore de grosses affaires au Port de Douala dont la Société Générale de Surveillance (SGS), qui n’a pas renoncé à contrôler le Patrimoine résiduel de l’ex ONPC (via le Cabinet Lazare ATOU), qui a de gros intérêts au Port Autonome de Kribi, qui a de gros intérêts dans le secteur ferroviaire dont CAMRAIL (ce qui explique en partie, le sabotage administratif et actif de toutes les initiatives présidentielles visant à faire aboutir la modernisation dudit secteur).
Le vrai Problème du pays est à ce niveau. Tous ceux que le système de privatisations-bradages a enrichi, et qui de ce fait, a créé une grande autoroute de la corruption, qu’ils ont, par la suite, caché derrière des grands mots (bonne gouvernance, nécessaire aboutissement des réformes, crédibilité de la signature internationale de l’Etat du Cameroun, soutenabilité de la dette, attractivité économique du pays, nécessité d’attirer les investisseurs étrangers, etc…), doit nécessairement les mener à la prise du Pouvoir d’Etat.
Comment vont-ils sécuriser leurs richesses, l’avenir de leur progéniture dans le cadre de la reproduction organique de leur classe, se protéger eux-mêmes, s’ils ne réussissent pas à prendre le pouvoir ? Si la succession du Président Paul BIYA n’est pas à leur avantage exclusif? Tout ceci évidement sous la paternité sévère de leurs parrains étrangers, en occurrence la France. Cette grande autoroute de la corruption et du braquage de la fortune publique a connu un sérieux engorgement à la faveur des dernières élections présidentielles au cours de laquelle il nous a été donné de constater un approfondissement de la fragmentation larvée du camp au pouvoir d’une part, et l’aggravation de la césure entre ces différents barons et le Chef de l’Etat, d’autre part.
Pouvez-vous pour la très bonne information de nos lecteurs, être davantage précis ?
Cette situation a fait émerger deux tendances fondamentales au niveau de la technostructure gouvernante au sein de l’Etat du Cameroun ; d’un côté, un camp constitué par la vieille garde des barons du Régime et les différents réseaux qui leur sont affiliés qui, agrège, maitrise les dossiers et circuits de l’Etat, les dossiers internationaux de la prédation, dans une logique de continuité néocoloniale se souciant très peu des exigences de Souveraineté Nationale Réelle, d’Indépendance économique et ses corollaires d’authenticité culturelle et civilisationnelle et de l’autre côté, une Nouvelle Génération de Gestionnaires publics qui veut persévérer dans la conciliation des enjeux de Souveraineté Nationale Réelle, d’Indépendance économique, d’authenticité culturelle et civilisationnelle avec les exigences d’efficience, de performance, d’efficacité, seul moyen pouvant permettre au pays de s’arrimer aux défis et enjeux du 21ième siècle. Nous ne fermerons pas le chapitre sans signaler le fait important que cette affaire SGS-PAD soit un miroir pouvant refléter la capacité du Chef de l’Etat à neutraliser les baronnies qui se sont enkystées au cœur de l’Etat et ainsi ouvrir les horizons du pays qui pour l’instant, paraissent bloqués.
Que peut-on dire du maintien de la SGS par le Gouvernement, le rôle du Ministre des Finances informé de cette fraude, le PM, le ministre des transports, les opérateurs économiques, le GECAM…
Sur le maintien de la SGS par le Gouvernement : Ce n’est pas le Gouvernement qui a maintenu la SGS, c’est le Chef de l’Etat qui après une analyse d’ensemble de certains paramètres stratégiques dont il a la maitrise exclusive, a imposé une pause provisoire. Nous sommes ici dans un pilotage tactique de la part du Chef de l’Etat. Si l’on considère que c’est en toute illégalité que la SGS est maintenue au Port Autonome de Douala, si l’on prend en compte les derniers développements concernant cette gigantesque fraude du siècle, on peut conclure que l’affaire SGS-PAD est très loin d’être terminée. Connaissant l’attachement du Chef de l’Etat à la légalité, les graves atteintes qui ont été perpétrées contre le Principe de Conformité à la Constitution et au Principe de légalité par le Groupe de l’Immeuble Etoile ne sauraient triompher.
Sur le rôle du Ministre des Finances informé de cette fraude : Vous parlez certainement de la grande évasion des capitaux que le pays a connu à travers la SGS entre 2019 et 2023 si l’on se fie aux supposées conclusions de l’enquête du MINFI. Le Ministre des Finances est un maillon important de la chaine constituée par la SGS et le Groupe de l’Immeuble Etoile. Il ne peut, pour cette raison évidente, diligenter une enquête digne de ce nom en rapport avec ce scandale du siècle dans lequel le Cameroun a perdu l’équivalent d’une année budgétaire si l’on se réfère aux budgets antérieurs du pays. Le préjudice cumulé et potentiellement cumulable d’après l’enquête diligenté par le MINFI, peut être évalué à près de 5.000 Milliards de Francs CFA ; ce qui est hallucinant. L’enquête prescrite par le MINFI s’apparente à de l’auto-disculpation du Ministre par Son Excellence Monsieur le Ministre d’une part, et de la disculpation de SGS par Monsieur le Ministre Des Finances, d’autre part.
Sur le rôle du Premier Ministre, Chef du gouvernement. Il s’est, dans cette affaire, comporté en parrain protecteur plutôt que comme le premier ministre de l’Etat du Cameroun, sa Fonction officielle. Nous avons vu à l’œuvre, le chef de file d’un groupe de pression et d’intimidation qui, derrière les attributs de l’Etat, veut imposer à la Nation, l’acceptation de l’une des plus grandes forfaitures de l’histoire de l’Etat du Cameroun. La détermination dont a fait preuve le Groupe de l’Immeuble Etoile, dans sa rébellion contre les dispositions légales en la matière, au point de remplacer les lois, les décrets présidentiels et les décrets d’application relevant à la fois du cadre légal régissant les contrats et les partenariats de l’Etat, et les activités portuaires par une interprétation scabreuse résumée dans la fameuse formule « PAD, instrument de l’Etat », est sans conteste révélatrice de la Puissance de la main par laquelle la galaxie SGS S.A tient les membres du Groupe de l’Immeuble Etoile.
Quant au rôle du Ministre des Transports, tutelle Technique du PAD, son masque est désormais tombé pour tous y compris ceux qui l’ont découvert avec déplaisir.
Sur le rôle joué par les opérateurs économiques, la sortie des membres du Syndustricam est certes à saluer mais elle n’est que le triste reflet d’une économie dans laquelle les acteurs nationaux sont écrasés par la Puissance du colonat étranger. Le Syndustricam aurait pu être encore plus audacieux dans sa prise de position, hélas, il a choisi la prudence et la mesure et, on peut le comprendre.
Les sorties du GECAM à travers son président Célestin TAWAMBA sur ledit dossier sont plutôt décevantes. La manière dont il a organisé les réunions préparatoires à ses prises de position en manipulant et en discriminant en présence de certains membres de son organisation a fini par convaincre ceux qui doutaient encore de ce que le GECAM, en l’état, dirigé par Célestin TAWAMBA est un démembrement du MEDEF français dans la défense et la promotion des intérêts français au Cameroun. TAWAMBA singe pratiquement l’ancien Président du MEDEF Ernest-Antoine de SEILLIERE sans créer au niveau local, les conditions qui permettent à ce dernier de jouer le rôle de grand lobbyiste patronal dans le contexte patronal français.
Une véritable enquête sur la Grande évasion des capitaux au cœur de la prétendue enquête du MINFI démêlera les sous-bassements de l’Alliance tacite qui semble lier le Président du GECAM au Groupe de l’Immeuble Etoile.
Quelles sont les actions que nous sommes en droit d’attendre du Chef de l’Etat et des Institutions en charge de la lutte contre la Corruption.
Du Chef de l’Etat, les Camerounais attendent qu’il défende les intérêts du pays et qu’il en fasse la promotion face aux intérêts de la prédation internationale telles que manifestés dans les pratiques de SGS S.A au PAD. Il y va de la cohérence présidentielle par rapport à toute l’infrastructure stratégique qu’il a hautement diligentée en vue de faire du Port de Douala, la Référence dans le Golfe de Guinée. On ne saurait laisser prospérer un quelconque doute quant à la détermination du Chef de l’Etat à mener ce chantier vers son accomplissement probant. Le stratège fin et expérimenté qu’il est, le tacticien habile et chevronné qu’il est, a prouvé par le passé que la navigation en eaux troubles ne lui pose pas des difficultés insurmontables aussi, nous lui faisons confiance. Faut-il rappeler que c’est bel et bien le Président Patriarche qui a pris le soin de poser ce dossier sur la table en instruisant à son Chef d’Etat-Major Particulier de répercuter son accord favorable en vue du remplacement de SGS par TRANSATLANTIC D S.A pour le scanning complet (100%) des marchandises au Port Autonome de Douala ?
Quant aux Institutions dédiées à la lutte contre la corruption, nous espérons qu’elles feront leur travail conformément aux prérogatives qui sont les leurs. Dans tous les cas, les supposées atteintes graves aux finances publiques perpétrées par la SGS et ses parrains Institutionnels ne peuvent ni ne doivent rester impunies. Il y va de la crédibilité de l’Etat du Cameroun et du Chef de l’Etat devant le peuple camerounais. Le contrat moral qui lie le peuple camerounais à ses Institutions et au Chef de l’Etat, est déjà assez affaibli comme ça, il ne faudrait pas en rajouter en laissant impuni ce scandale du siècle. Cela risquerait fort d’être le coup de massue susceptible de renforcer la désespérance des camerounais en leur pays et en ceux qui ont pour l’heure, la charge de diriger le Cameroun.
Un mot sur les enjeux actuels et futurs du PAD ?
Cela n’a pas dû être facile pour eux, le Top Management du PAD en général et le Directeur Général CYRUS NGO’O en particulier, de voir que la Vérité de la Loi, du Droit et de la Règlementation en vigueur, a été ainsi malmenée au profit d’un arbitrage provisoire qui a semblé faire la part belle aux considérations autres que celles précédemment soulignées. Si l’on décide de ne pas se fier aux apparences d’une part et aux agitations du Groupe de l’Immeuble Etoile d’autre part, on se rendra à l’évidence de ce que l’entreprise TRANSATLANTIC D S.A est désormais présente au Port Autonome de Douala alors qu’elle ne s’y trouvait pas auparavant. Ce qui augure de bonnes perspectives. Quant aux enjeux et aux défis auxquels le PAD fait face, ils sont connus. Il s’agit entre autres, d’éviter un retour aux pratiques qui prévalaient au Port de Douala avant la Nationalisation du Terminal à Conteneurs. Ce sont aussi les enjeux liés à l’arrimage du Port de Douala aux standards internationaux en matière de compétitivité portuaire, d’attractivité. A ce propos, le PAD a déjà engagé une dynamique vertueuse de modernisation dans le fonctionnement de ses superstructures et de ses infrastructures. Les résultats parlent d’eux-mêmes. Il faut donc absolument maintenir et sauvegarder ce cap. C’est le cap visant à faire du PAD, un pôle d’excellence managériale, de Performance Technique et Logistique et de Croissance Economique ; dans la droite ligne de la vision présidentielle consistant à faire du Port de Douala, le Port de référence dans le Golfe de Guinée.
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