On assiste depuis quelques temps à une série de meurtres et de viols sur les enfants dans notre pays. Des actes les plus atroces commis sur les adolescents voire les tout-petits passent pour devenir la routine dans une société où les enfants étaient plutôt censés être en sécurité. Le comble est que ces meurtres et viols sont faits par des adultes. Ceux qui sont supposés être leurs protecteurs, sont malheureusement devenus leurs bourreaux.
En l’espace de deux mois, nous avons connu une dizaine de meurtres et viols officiels sur les enfants. A Yaoundé, une maman, par jalousie amoureuse, décide de s’acharner sur ses trois gamins qu’elle fait passer de vie à trépas en se donnant elle-même la mort pour faire du mal à son époux qu’elle soupçonne d’infidélité. Avant cela, toujours dans la même ville, Mathis, un enfant de 06 ans est poignardé mortellement par un voisin adulte à la suite d’une altercation que ce dernier aurait eu avec son père. A 300 kilomètres de là à Douala, au quartier Logbessou, un nourrisson est parachuté du 3ème étage suite à une dispute conjugale. Non loin de là à Ndogpassi, un bébé de 11 mois est tué par un adulte accusé pour vol d’un téléphone portable. A Banyagam, à l’Ouest Cameroun, une élève succombe aux sévices d’un administrateur du lycée. Le cas qui a défrayé la chronique est celui de la jeune adolescente de 11 ans, Divine Mbarga, assassinée froidement par le père de son camarade de classe à Yaoundé après être violée.
Notre pays se présente aujourd’hui, au regard de tous ces crimes et viols, comme un lieu hostile où les enfants sont le plus en insécurité dans le monde. Et ce meurtre de plus parmi tant d’autres a suscité un grand émoi dans tout le pays au point où beaucoup se posent des questions sur ce qu’est devenue notre société.
On connaissait l’être humain capable du pire mais on se l’imaginait pas jusqu’à ce niveau. Est-ce l’homme qui est devenu méchant ou c’est l’adoption du modernisme à l’occidental comme notre mode de vie actuel, éloigné de nos codes traditionnels anciens, qui serait à l’origine de ces atrocités?
Car, l’enfant, dans le système de vie communautaire qui est le nôtre, est celui de l’ensemble de la communauté. Contrôlé non seulement par ses géniteurs mais aussi par d’autres parents proches et lointains qui ont tous les yeux rivés sur lui. Il était assez protégé. Il était difficile, dans ces conditions d’encadrement, de vivre ce genre de crimes odieux ou des exactions commis sur ces êtres vulnérables comme cela se voit aujourd’hui, sans que cela ne soit déjoué ou interrompu à temps. Avec le mode de vie à l’occidental que nous avons adopté, porté plus sur l’individualisme favorisant un repli sur soi et l’amour de l’argent avec ses nombreuses frustrations, la vie de nos enfants est plus qu’exposée. Exposée aux prédateurs sexuels, tout comme aux meurtriers de toute sorte.
Il existe pourtant tout un arsenal juridique portant charte la protection de l’enfance qui réprime sévèrement l’exploitation sexuelle et le meurtre d’enfants dans notre pays. Malheureusement, ces sanctions rencontrent la complicité de certains adultes et des juges corrompus et ne sont pas toujours appliquées dans leur stricte mesure. Parfois, c’est le silence des propres parents inconscients des victimes qui est acheté à de fortes sommes d’argent. Prêtant ainsi le flanc aux auteurs de ces crimes de continuer d’agir en toute quiétude. Cela explique peut-être pourquoi ces meurtres et viols ont pignon sur rue dans notre société.
Ce phénomène crée une psychose permanente chez nombreux parents qui ne voient plus leurs enfants en sécurité nulle part. Que ce soit en famille, au quartier, à l’école, à l’internat, pendant les colonies de vacances ou dans d’autres milieux où ils sont supposés être accueillis pour leur encadrement ou leurs loisirs.
La condamnation le 18 mars 2026 par le TGI de Yaoundé à la peine capitale par fusillade de Dagobert Mwafo, meurtrier du petit Mathis (6ans) qui s’en suivra certainement, si la loi est appliquée proportionnellement à l’acte, de celle de l’assassin et violeur de la jeune Divine Mbarga (11ans) est un pas pour dissuader et mettre fin à ces infanticides et aux agissements des éventuels pédocriminels. Mais pour y parvenir sérieusement, nous ne le dirons jamais assez que l’Etat doit veiller sur la situation de ces nombreux parents que les difficultés de la vie conséquentes des conditions socio-économiques assez rudes ont transformé certains en monstres sociaux , même de leur propre progéniture.
Il faudra par ailleurs que notre société retrouve ses fondamentaux. Ceux de l’esprit communautaire qui l’a toujours caractérisé par le passé à travers lequel, on voyait en chaque adulte, un potentiel parent qui garantissait protection et sécurité pour tous les enfants de la communauté.
Félix EPEE