
La guerre en Ukraine n’a pas le même champ lexical que celles qui se passent en Afrique, ou celle allumée le 28 février 2026 en Iran/Moyen-Orient par les Etats Unis et Israël. Quatre ans plus tard—Analyse des récits contradictoires et faits incontestables de cette guerre.
Récits contradictoires
Quatre ans que la guerre en Ukraine dure. Revenir sur les événements. Comprendre les raisons. Sonder les tendances. Confronter les récits. Mettre ces morceaux dans un seul paquet d’analyses semble important. Cette guerre n’est pas seulement celle de l’expression de la nouvelle technologie, mais surtout celle des récits contradictoires entre deux camps—la Russie et l’Ukraine. Cette dernière, soutenue par l’Union européenne et les Etats-Unis, présentent dans leurs media respectifs des versions fondamentalement similaires, avec quelques grains de nuances. Bien sûr, le récit russe, est largement méconnu en dehors des media alternatifs et de ceux qui ont un esprit critique et/ou de recherche. Les media périphériques africains copient et répètent mécaniquement la ligne propagandiste otanien.
Origines de la guerre
Le récit occidental, s’appuyant sur la version ukrainienne, affirme qu’il s’agissait d’une ‘agression non provoquée.’ Les sanctions et mesures prises par la suite reposent sur cette affirmation. Bien sûr, les Russes contestent cette version.
Les travaux de certains chercheurs occidentaux, plus le contenu d’un livre très intéressant intitulé, ‘Provoked: How Washington Started the New Cold War with Russia and the Catastrophe in Ukraine’ (2024), écrit par Scott Horton, remettent en cause la version occidentale. Leur analyse situe le début du conflit en 2014, avec le coup d’Etat en Ukraine. A la suite de ce putsch, la Crimée et le Donbass ont refusé de reconnaître la légitimité du gouvernement de Kiev. Dans cette série d’évènements, la Crimée a intégré la Fédération de Russie—qui n’a pas soutenu le référendum dans le Donbass. Cet enchevêtrement des faits a déclenché un conflit civil de huit ans opposant deux parties de l’Ukraine qui ne se reconnaissent pas l’une et l’autre.
Déroulement des faits de 2014 à 2022
Vladimir Poutine, président Russe, ne voulait pas de cette guerre. Il a déployé tous les efforts possibles pour parvenir à un compromis de paix connu sous le nom d’‘Accords de Minsk.’ Ils ont été signés le 5 septembre 2014 par les représentants de l’Ukraine, de la Russie, des républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk, ainsi que de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Ces accords visaient à mettre fin aux hostilités dans le Donbass (Ukraine). Selon ces ‘Accords,’ le Donbass devait rester ukrainien, mais bénéficier d’une autonomie et d’une frontière ouverte avec la Russie.
Néanmoins, la guerre s’est poursuivie. Debaltseve, encerclée par les séparatistes à la suite d’une série d’affrontements débutée le 17 janvier 2015 tombe le 17 février. Cette prise permet aux séparatistes d’unifier leur territoire entre Donetsk et Louhansk, et de contrôler le trafic ferroviaire vers la Russie. La république autonome de Novorossiya dont rêvait Vladimir Poutine, prend forme. Zelenskyy est forcé de signer le 12 février 2015 un paquet de mesures pour la mise en œuvre des Accords de Minsk II.
Mais encouragé et armé par les Etats-Unis, ses soldats ouvrent encore le feu en janvier 2022. Il s’agissait d’une nouvelle violation du cessez-le-feu en vigueur. Le président Poutine décide le 21 février 2022, de reconnaître l’indépendance des deux Républiques sécessionnistes. Le lendemain 22 février, après des consultations à la Douma, les ‘Accords d’amitié, de coopération et d’entraide’ sont signés. Ils ouvrent la voie à une présence militaire russe sur le territoire. Dès lors, la guerre civile ukrainienne s’est transformée en conflit russo-ukrainien.
(2022) —‘Opération spéciale’ lancée
En un mois, les troupes russes se rapprochent très près de Kharkiv et de Kiev. Un territoire plus vaste que celui qu’ils contrôlent actuellement (mars 2026). La propagande ‘zelenskyyienne’ vante le leadership et l’héroïsme du dictateur de Kiev qui aurait mobilisé les forces ukrainiennes et déclenché mi-2022, une résistance acharnée, forçant les Russes à se retirer. La vérité est toute autre. Emmanuel Macron aurait demandé au président Poutine de retirer ses troupes de Kiev en signe de bonne volonté pour que les négociations aboutissent. C’est pourquoi les soldats/russes s’étaient retirées des environs de Kiev et de Karkov. Mais la situation de blocage a repris.
Johnson grille Minsk
Le 2 avril 2022, David Arakhamia, le négociateur en chef ukrainien, a affirmé que Moscou avait accepté ‘oralement’ les principales propositions ukrainiennes, ajoutant que Kiev attendait désormais une confirmation écrite. ‘La Fédération de Russie a donné une réponse officielle à toutes les positions (ukrainiennes), à savoir qu’elle les accepte, sauf en ce qui concerne la question de la Crimée.’ Avait-il assuré. Conformément à ces propositions, le Donbass serait resté officiellement territoire ukrainien, et aurait bénéficié d’un statut et de relations spéciales avec la Russie.
Mais le 3 mai 2022, Boris Johnson, alors Premier ministre britannique, par visioconférence depuis Londres devant le Parlement ukrainien, plombe le processus de paix en promettant plus d’aide à l’Ukraine. ‘Nous allons continuer à aider l’Ukraine (…) en armes, financement et aide humanitaire, jusqu’à atteindre notre objectif à long terme qui doit être de renforcer l’Ukraine de manière à ce que personne n’ose plus jamais vous attaquer. ‘ Zelenskyy laisse la proie pour l’ombre. Pourtant, les conditions que les Ukrainiens auraient pu bénéficier, auraient été bien meilleures que les objectifs russes annoncés par Poutine le 14 juin 2024.
Guerre contre les enfants
Malgré la mobilisation en troupes, en matériel et technologie de guerre dont l’Ukraine jouissait, les Russes ont pris le contrôle de ce pays. Lorsqu’ils ont occupé Kherson dans les premiers jours de l’’Opération spéciale,’ ils ont rapidement commencé à mettre les enfants à l’abri. La partie ukrainienne continue de qualifier cet acte humanitaire, d’enlèvement d’enfants ukrainiens. Du point de vue russe, il s’agissait plutôt d’une évacuation et protection des enfants russes et non Ukrainiens, de la guerre. Puisque cette partie de l’Ukraine avait voté pour son rattachement à la Fédération de Russie.
(2023) —Offensive ukrainienne
L’année 2023 est ‘l’année de l’offensive ukrainienne.’ Valerii Fedorovych Zaluzhnyi, Commandant en chef à ce moment-là, est l’homme de la contre-offensive ukrainienne. Son plan militaire consistait à percer les lignes russes à partir de Zaporizhzhia et dans le sud de la région de Donetsk pour atteindre la mer d’Azov. Ceci afin de rendre la péninsule de Crimée indéfendable. Et son approvisionnement en ressources vitales impossible. Puis reprendre le reste du Donbass, notamment Donetsk et Lougansk. Sous le nom de code ‘Offensive Zaluzhnyi,’ Valerii Fedorovych ouvre trois fronts avec trois objectifs. Le premier, couper l’isthme reliant la Crimée à la Russie. Le second, faire sauter le pont établissant la liaison entre la Crimée et la Russie. Le troisième, saboter le canal d’irrigation vers la Crimée.
L’‘Offensive Zaluzhnyi’ se heurte à la défense russe ‘Surovikine ’ ou ‘ligne Surovikine,’ baptisée en hommage à l’ancien commandant des forces aérospatiales russes. Le plan militaire ukrainien bien élaboré sur les cartes d’Etat major ne réussit pas à ébraser la ‘ligne Surovikine.’ Alors que l’armée ukrainienne comptait plus d’un million d’hommes. Et l’aide occidentale se chiffrant en dizaines de milliards de dollars.
Soutien inconditionnel
Le soutien inconditionnel occidental porte sur des dizaines de milliers de munitions et des centaines de chars occidentaux. Mais aussi des chars d’époque soviétique collectés dans le monde entier. Achetés. Puis convoyés aux Ukrainiens. Environ 700 sont livrés. Cet appui en logistique et matériel de guerre, repose sur un rêve—‘l’Ukraine va gagner.’ A l’opposé, la Russie se voit imposer des sanctions. Elle est exclue du système Swift. Les entreprises occidentales se retirent du pays. Certaines abandonnent leur production. D’autres ferment leurs installations. D’autres encore les vendent tout simplement.
Ce soutien est accompagné par un discours propagandiste dans leur media. On peut alors lire ou entendre—La Russie va s’épuiser. Poutine est malade. Poutine va mourir. Le commandement russe va s’effondrer. Ils n’ont pas d’armes. La population va se soulever contre Poutine. La corruption russe va révéler ses faiblesses. Les oligarques vont renverser Poutine. Leurs mensonges étaient divers et variés. Ils avaient le ton et le tempo.
Programme de réarmement russe
Le discours russe est plutôt discret. Peu de paroles. Mais une résistance âpre, et un travail acharné abattu par le Conseil de défense pour relancer la production industrielle russe. En l’espace d’un an, la production russe de drones, de missiles, de chars et de véhicules militaires de toutes sortes, explose. Poutine déclare qu’elle est dix fois supérieure à ce qu’elle était auparavant. Ce programme de réarmement est rendu possible grâce à toutes les usines existant avant la guerre (la Russie était alors un géant industriel) qui se sont mises à tourner à plein régime.
(2024) —Limites de l’offensive ukrainienne
L’année 2023 s’était soldée par une impasse où les Russes étaient sur la défensive. Les Ukrainiens tentant de prendre l’ascendant et en même temps maintenir le dialogue. L’année 2024 s’ouvre sur deux évènements majeurs.
Dès le début de janvier 2024, les Russes prennent après un an et demi de combat Afka, ville située à environ 5 kilomètres de Donetsk. Cette victoire montre les limites de l’offensive de l’armée ukrainienne contre le Donbass. Cette prise marque aussi le début d’une offensive russe qui se poursuit encore en mars 2026. Mais leur avancée est lente. D’abord parce que Afka avait été transformée en forteresse. Ensuite parce que toute la ligne de front avait été fortifiée avec des bunkers, des tranchées, des passages souterrains et toutes sortes d’installations construite depuis huit ans par les Ukrainiens. Elle continue d’être assez lente car, Sloviansk and Kramatorsk les deux dernières villes fortifiées du Donbass, ne sont pas encore tombées. Néanmoins, tout le reste est sous contrôle de Moscou.
Le deuxième événement important de 2024 avait été l’invasion de Koursk en territoire russe par les soldats ukrainiens. Leur plan consistait à s’emparer de la centrale nucléaire de Koursk. Sûrement pour imposer leurs conditions aux Russes sous la pression du chantage de la faire sauter. Espérant que les Russes seraient contraints d’accepter leurs exigences plutôt que de faire face à une possible explosion nucléaire. Mais ils n’y sont pas parvenus. Ils avaient été stoppés. Encerclés, et laminés.
Crimes ukrainiens, soutien américain
Les soldats de Zelenskyy ne baissent pas les armes pour autant. la bataille pour reprendre à la Russie les territoires occupés de Koursk est longue. Eprouvante et douloureuse. Les crimes ukrainiens contre la population civile sont sans borne. Massacre. Viol. Prise d’otages. Toutes sortes de cruautés sont perpétrées. Le droit de tuer sous la supervision de l’occident droit-l’hommiste est permis.
Par ailleurs, en 2024, le président Joe Biden qui assurait régulièrement à l’Ukraine son soutien lui accorde une nouvelle aide militaire américaine de 60 milliards de dollars. Le Senat dominé par les républicains traîne les pas pour la valider. Biden appelle les parlementaires à approuver ce financement ‘avant qu’il ne soit trop tard.’ Il déclare. ‘C’est le moment de prouver que les Etats-Unis s’engagent pour la liberté et ne se soumettent à personne.’ En effet, l’Ukraine a besoin d’environ 10 milliards de dollars par mois pour mener sa guerre. Cette somme inclut le matériel militaire, les fournitures, l’entretien du gouvernement, les salaires, toutes sortes d’autres ressources et imprévus. Clôturant le 26 septembre 2024 sa ‘Déclaration sur le soutien des Etats-Unis à l’Ukraine, ‘ Joe Biden déclare. ‘Par ces actions, j’envoie un message clair : les Etats-Unis apporteront à l’Ukraine le soutien dont elle a besoin pour gagner cette guerre.’
Le 22 septembre 2024, Quelques jours avant cette déclaration de Biden, le criminel Zelenskyy lui dévoila en avant-première, son plan de paix qualifié de ‘plan de la victoire’ sur la Russie. ‘L’objectif principal’ avait-il déclaré, ‘est de renforcer l’Ukraine et de protéger tout notre peuple.’ Mais l’objectif enfoui était la recherche d’un soutien pour plus de munitions, plus d’argent, plus de missiles de différents calibres, des drones, les renseignements, afin qu’il puisse gagner.
(2025) —Krasnoarmeïsk tombe après Avdiivka
Sur le plan militaire, ceux qui ont jeté la honte au chien célébraient la résistance et les victoires imaginaires de l’Ukraine. A propos de la bataille de Krasnoarmeïsk (nom de Pokrovsk à l’époque soviétique), qui va durer six mois, ils moquent la lenteur russe sur le front. Même quand l’infanterie russe progresse à l’intérieur de cette ville en novembre 2025, ils nient l’évidence. Pourtant, le chef d’état-major russe, Valéri Guerassimov déclarait déjà le 26 octobre 2025 que ‘5 500 militaires ukrainiens sont encerclés à Krasnoarmeïsk.’ Cette ville, centre stratégique de la zone industrielle du Donbass, était l’une des dernières grandes agglomérations de la région de Donetsk restée sous le contrôle des forces de Kiev, avec un filet de sortie de 1 à 3 kilomètres sous les menaces des drones russes. La chute de Pokrovsk, la plus grosse prise depuis celle d’Avdiivka, en février 2024, rendait l’avancée beaucoup plus rapide. Elle s’est accélérée. Et les Russes progressent maintenant (2026) de 200 à 400 kilomètres carrés de territoire chaque mois.
Nouvelle donne après le sommet d’Anchorage
Le deuxième événement majeur après la prise de Pokrovsk, est la rencontre Donald Trump/Vladimir Poutine à Anchorage (Alaska), le 15 août 2025, depuis 2019. ‘Accueil chaleureux d’un côté, absence de résultats concrets de l’autre sur le conflit ukrainien.’ Commentent, les media occidentaux. Ils poursuivent. ‘Ce sommet renforce la stature internationale du président russe.’ Ce qui ne les arrange. Car, ce sommet ouvre une nouvelle ère dans la façon dont cette guerre se déroulera.
D’abord, Trump ne peut se désengager de l’Ukraine. Les faucons de son régime pensent qu’un tel scenario laisserait le champ libre à Moscou pour envahir (?) l’Ukraine. Alors, il a imaginé une formule à deux variables. Les Américains fournissent tout le matériel militaire. Les Européens financent (accumulent les dettes). Mais ils sont pauvres. Ils ne peuvent offrir que 90 milliards de dollars pour deux ans. Ce qui est à la fois insuffisant et difficile à obtenir. L’autre difficulté réside dans le fait que l’argent ne remplace pas les armes. Pire, il n’y a pas d’armes. D’ailleurs, plusieurs pays occidentaux sont en rupture de stock. D’autres sont sur la liste d’attente pour la livraison des missiles Patriot dont l’Ukraine a surtout besoin.
En revanche, la Russie produit plus de matériel militaire que tous les pays de l’OTAN réunis. Plus de drones, plus d’armes, plus d’obus d’artillerie, plus de véhicules, plus de chars, plus de missiles, plus de…tout ce qui est militaire.
(2026) —Réadaptions russes
La Russie redessine ses plans de guerre et reformule ses objectifs en fonction des stratégies et stratagèmes de ses adversaires. Le blocus que les Européens tentent d’imposer sur les pétroliers russes, mais aussi les agressions de Trump contre ses alliés (Venezuela, Cuba, Iran), font qu’elle ne limite plus ses intentions de guerre aux quatre provinces du Donbass, initialement mentionnées par le président Poutine. Maintenant, il étend l’offensive à Adessa et à Kharkiv. En le faisant, il prépare d’une part, la mort du régime de Zelenskyy, et d’autre part éloigne des frontières russes les risques d’attaque de l’OTAN à partir de l’Ukraine qui fut pendant des siècles, membre de l’Empire russe, de l’Union soviétique, puis de la nation russe.
Quelques statistiques depuis 2022
La Russie affirme avoir détruit 27 776 chars et autres véhicules blindés ukrainiens durant cette période. Des sources occidentales, y compris des rapports gouvernementaux officiels, estiment l’aide militaire combinée des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne à 150 milliards de dollars depuis février 2022. Cependant, l’Institut de l’économie mondiale (en Allemagne) note que l’aide occidentale totale, incluant l’aide militaire, financière et humanitaire, est estimée à 350 milliards de dollars depuis 2022. Les puissances occidentales ont fourni 80 avions de chasse, plus de 1,6 million de drones, 359 chars (Abrams, Leopard, Leopard 2 et Challenger) et 700 chars russes T-72, achetés dans le monde entier.
Durant cette période, 20 000 combattants étrangers ont combattu aux côtés de l’Ukraine. Ils ont été recrutés dans 50 pays. Les Russes ont documenté la présence de combattants polonais, géorgiens, colombiens, américains, allemands et français en Ukraine. Ils affirment avoir tué entre 5 000 et 6 000 personnes. Les analyses occidentales confirment que 400 à 750 mercenaires étrangers ont été tués.
Le nombre total de victimes est le principal point de divergence entre le camp ukrainien-otanien et le camp russe. Le CSIS (Center for International Studies) de Washington reprend intégralement les chiffres ukrainiens, à savoir, un million et demi de morts russes. En revanche, les chiffres officiels du ministère russe de la Défense, et non ceux d’un think tank financé par la CIA, évaluent les pertes ukrainiennes à un million et demi (tués ou blessés, et inaptes au service). Parmi eux, 500 000 n’auraient pas pu reprendre du service depuis 2025.
Feumba Samen
