Cameroun/Nouveau gouvernement attendu : Un débat pour idiots.

Félix Epée
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Les attentistes d’un nouveau gouvernement ne s’attardent pas sur le fondamental. Beaucoup  divaguent dans leurs analyses et réflexions. Sans se poser la question essentielle en relief avec la prérogative discrétionnaire du président de la République dans la nomination aux fonctions gouvernementales.

Ils sont cruels pour eux-mêmes. Ceux qui n’ont pas compris que le président Biya gère le temps à sa convenance. Selon ses stratégies internes et géostratégiques. Mais aussi en fonction de sa philosophie politique. Griller des heures en débats stériles sur les plateaux télé animés par des journalistes(?) d’une autre zone, est une catastrophe mentale. Pourtant, sur le plan national, il y a mieux à discuter en connexion avec les enjeux internationaux.

Débats standards

La situation politique inédite qu’a connu le Cameroun pendant la saison électorale d’octobre 2025, devrait soulever des questions. Surtout géopolitiques, parfois complexes, que la constitution et même le droit international ne permettent pas de répondre clairement à tous les cas figures. Particulièrement quand ces questions sont ramenées à l’Afrique, et donc au Cameroun. Pourtant, dans des directs, les articles, les débats politiques, ni les journalistes dans leur chronique ou édito, ni les politiques, n’abordent pas ces questions cruciales.

Ils s’intéressent au remaniement ministériel de façon standard. Rien de plus. Chacun a son format selon ses ambitions et sa grille de lecture des faits. Un jeu de chaise musical conviendrait à certains. Un chamboulement total du gouvernement satisferait d’autres. Un gouvernement jeune au sein duquel tous les vieux et anciens seraient exfiltrés voire passés au bûcher, est réclamé par un clan. Une catégorie exige un gouvernement au féminin dans lequel le président Biya serait le père supérieur dans l’enclos des nuns. Le GECAM, travaillant pour l’externalisation de l’économie camerounaise, et donc incapable d’aider ce pays à avoir un tissu industriel noirci, réclame un gouvernement d’urgence.

Prérogative discrétionnaire

Les attentistes d’un nouveau gouvernement ne s’attardent pas sur le fondamental. Ils ne font aucune proposition constructive. Ils divaguent dans leurs analyses et réflexions. Personne dans cette cohorte des expectateurs ne se pose la question essentielle en relief avec la prérogative discrétionnaire du président de la République dans la nomination aux fonctions du gouvernement. Pourtant, du point de vue institutionnel, c’est lui qui détermine l’opportunité (le temps). Choisit les profils (nomination du premier ministre et des membres du gouvernement). Dicte l’orientation (politique gouvernementale).

Dans son discours de fin d’année 2025, il avait déclaré qu’‘il s’attellera dans les prochains jours à mettre en place un gouvernement.’ Cette proclamation complétait son mot d’investiture du 6 novembre 2025 dans lequel il avait annoncé prêter une attention particulière aux jeunes et femmes. Mais le président camerounais va à son rythme. Pas selon la course du temps des autres. D’ailleurs, les textes de lois ne le contraignent pas à s’exécuter dans une fourchette de temps définie.

Facteurs déterminants

Une quête sérieuse du remaniement ministériel aurait considéré le Premier ministre comme un des paramètres d’analyse. Dans ce cas, une question se pose. A savoir pourquoi il n’a pas remis au chef de l’Etat la démission de son gouvernement lorsqu’il a annoncé son intention de renouveler cette institution. A cette question, deux autres s’y greffent—s’interroger si cette option est envisageable. Si oui, se demander si sa démission actée, le président aurait nommé immédiatement son remplaçant. Nul ne pourrait le dire. Puisque cela ne pose pas un problème démocratique(?). Alors, en attenant de faire un nouveau réglage, il peut laisser en fonction un gouvernement chargé des affaires courantes. Reste à savoir s’il a imaginé un tel scenario. Reste aussi à savoir s’il ferait durer une telle situation.

Dans tous les cas, Paul Biya est un ‘schéma.’ Il sait tracer les limites. Il n’a aucune pression politique extérieure ou venant des Camerounais. Pour le moment, il a  l’œil sur les municipales et les législatives. Un autre angle de réflexion pour scruter les probables avantages que les oppositions camerounaises pourraient tirer de la formation d’un gouvernement après ces consultations.

Influencer l’agenda législatif

En effet, si ces groupes politiques remportaient la majorité au parlement, les textes de lois instruisent qu’elles peuvent influencer l’agenda législatif et exercer un contrôle sur les actes du Gouvernement (Article 34 de la Constitution actualisé par les révisions de 1996 et 2008). Notamment à travers le rôle du Premier ministre et des votes liés au programme du Gouvernement et aux projets de loi. Ce qui signifie que la majorité parlementaire (qu’elle appartienne à l’opposition ou au parti présidentiel) peut exercer un contrôle et éventuellement provoquer la démission du Gouvernement via une motion de censure, Art. 34-3 (dans le cadre des règles parlementaires). Cet avantage n’est pas à négliger. Il permet de grignoter le pouvoir du pouvoir, bien que le président de la République puisse dissoudre l’Assemblée nationale et convoquer de nouvelles élections si nécessaire (Article 10, alinéa 12).

Philosophie stérile

Mais le temps laissé volontiers aux forces politiques avec sérénité et respect de chacun, par le chef de l’Etat pour désenfler leurs nerfs (conséquences de la présidentielle) et bâtir des compromis avant les législatives et municipales, n’est pas suffisamment exploité pour une rentabilité politique. Les oppositions disparates et leurs idéologues s’égarent dans la philosophie stérile d’un pays bloqué ou en état de mort cérébral, faute de n’avoir pas nommé un gouvernement post-présidentielle.

Affirmation stupide. Le gouvernement n’a pas démissionné. La gestion des institutions n’est pas soumise à un régime de cohabitation. Le président de la République et la majorité parlementaire sont alignés politiquement. Le président travaille avec un Premier ministre qui partage sa vision politique. L’Assemblée nationale n’a pas déposé une motion de censure du gouvernement. Le système politique n’est pas dualiste. Il n’y a aucun dysfonctionnement avec des implications sur le fonctionnement du gouvernement. Les pouvoirs du chef de l’Etat ne sont pas encadrés. Il n’a perdu aucune de ses prérogatives. Il continue à nommer aux hautes fonctions administratives et politiques. En résumé, la gouvernance et la dynamique des pouvoirs ne sont pas affectées.

Menstruations verbales

Ils vont encore échouer. Des femmes à la peau fripée et aux joues coulantes vont encore prendre d’assaut les réseaux sociaux. Emboucher les trompettes de la déstabilisation. Construire un discours mensonger. Distiller leurs menstruations verbales pour le charme de leurs parrains étrangers. Pourtant, il aurait fallu qu’ils s’organisent pour avoir le pied à l’étrier.

Poussin d’hivernage

Certains ont placé leur foi en Marco Rubio (secrétaire d’Etat américain). Ils prêchent qu’il aurait recommandé—heureusement, il n’aurait pas exigé, imposé, dicté, ou ordonné—, mais parler pour épauler les opposants(?) et patronner Issa Tchiroma Bakary, auprès du président Biya, afin qu’il les accepte dans un gouvernement dit ‘d’union nationale’ ou ‘d’unité nationale.’ Malheureusement, la formation d’un tel exécutif n’a lieu que lorsque la situation politique, économique ou sécuritaire du pays le requiert. Elle est une concession faite sous la pression populaire par le système politique régnant. Elle permet de dépasser les divisions politiques en temps de crise, assurer la stabilité et l’efficacité de l’action gouvernementale.

Le Cameroun ne répond à aucune de ces caractéristiques. Il n’a pas besoin d’un attelage disparate pour coordonner la réponse à une crise qui n’existe pas. Ni pour renforcer la légitimité du gouvernement. Mieux, le président Camerounais n’a pas attendu Rubio (un poussin d’hivernage politique) pour donner une coloration d’unité nationale à ses gouvernements. Il a souvent puisé dans les rangs de ceux qui ont à cœur de minimiser les conflits partisans, en favorisant un sentiment de solidarité face aux défis qui pourraient se dresser contre le pays. Mais ceux pour qui Rubio plaiderait auprès du chef de l’Etat, c’est la racaille à la solde de l’impérialisme sénescent. Des soumis qui développeraient des rivalités politiques persistantes et créer un climat asphyxiant, nuisible, et toxique, qui aboutirait à l’impossibilité d’atteindre un consensus durable sur les politiques gouvernementales. A ce moment, ils créeraient un blocage politique. La boucle bouclée, ils jetteraient le Cameroun aux chiens et vautours—ces criminels-pilleurs sous le label de communauté internationale.

Collecteurs d’ordures intellectuelles

Se réduire en collecteurs d’ordures intellectuelles sur les réseaux sociaux de supposés experts, sur un sujet crucial, et l’utiliser comme base d’une analyse, tue la crédibilité. Mais les Camerounais ne sont pas rigoureux quand ils doivent poignarder un adversaire politique. Ils ne prennent pas la peine de recouper l’information parce qu’ils sont addicts du populisme informationnel. Si non, en consultant les géostratèges, politologues et spécialistes des relations internationales américains comme les Professeurs John Mearsheimer, Jeffrey Sachs, les colonels Daniel Davis, Douglas MacGregor, l’officier de la CIA Johnson Larry, le juge Napolitano, …, ils auraient compris que certaines sources ne sont pas fiables. Leurs experts en droit international, des bidons. Et Marco Rubio…la catastrophe de la diplomatie américaine.

Feumba Samen

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