Dépravation des mœurs en milieu scolaire : Les valeurs  sociales en péril chez les jeunes ?

Félix Epée
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La dépravation des mœurs gagne le terrain en milieu scolaire au Cameroun malgré la dispensation  des cours d’éducation civique et morale  dans plusieurs de nos  établissements scolaires.

Les élèves sont régulièrement pris en  flagrant délit de consommation de stupéfiants et d’alcool, d’utilisation  d’armes blanches, de défiance à leurs enseignants, d’exhibition aux pratiques sexuelles et plusieurs autres mots dont on ne saurait tous citer.

Ces comportements déviants des jeunes qui vont à l’encontre des valeurs morales et traditionnelles de notre société ont suscité une mobilisation et réaction  de nos autorités  administratives.  Y compris la plus élevée de la république,  Paul Biya. Le président de la république  lors son discours à la jeunesse de la 60ème édition de la fête qui leur est dédiée, est revenu sur ce malaise social. Il a saisi de l’occasion  pour rappeler aux jeunes gens leur  responsabilité à l’endroit de la nation. « Vous avez certes des droits, mais également les devoirs. L’avenir de notre cher et beau pays, le Cameroun, repose entre vos mains. Vous devez en être conscients. Vous devez tourner le dos aux excès dans lesquels certaines d’entre vous  ont malheureusement tendance à se perdre ces derniers temps ».

Paul Biya, a également appelé au sens de responsabilité des parents et éducateurs  qu’il a demandé de jouer pleinement leur rôle  pour empêcher l’égarement de la jeunesse. Il rappelé au cours de cette allocution que les instructions fermes ont été données aux autorités compétentes pour une meilleure protection, en milieu scolaire, familial, ou professionnel, des jeunes filles,  qui sont souvent victimes de harcèlements et d’abus de toutes sortes.

Quelques jours avant cette intervention du président de la république, c’était au ministre de l’enseignement secondaire, Pauline Navola Lyonga, et sa suite de faire le tour des établissements incriminés à Douala pour tenir le même discours. Une tournée similaire avait eu lieu des années précédentes dans quelques  établissements secondaires de la ville de Yaoundé pour les mêmes causes.

Mais que retenons-nous de ces visites et discours ? C’est simple à comprendre. L’école camerounaise va mal. Même les apprenants appelés y acquérir le savoir  sont en perdition.  A qui la faute ? D’aucuns indexerons en première ligne les parents. D’autres les enseignants. Quelques uns la société. Une autre catégorie de personnes pointera du doigt l’Etat.

Effectivement, beaucoup de parents surplombés par les difficultés de la vie issues des plans d’ajustement struclturel, ont presque démissionné de leur rôle protecteur. Parfois négligents, ils ne savent pas ce que font leurs enfants et ne surveillent pas leurs activités et fréquentations. Ils ne prennent plus assez de temps pour leur inculquer des valeurs. Encore moins pour leur donner des conseils susceptibles de les aider face aux réalités de la vie. Ce délaissement entraine parfois des difficultés émotionnelles chez l’enfant qui peuvent le pousser à décrocher de l’école et se livrer à la délinquance.

L’école quant à elle, temple du savoir, passe en même temps pour être  le plus grand vecteur des expériences interindividuelles où il y a forte chance de voir certains enfants se donner à des pratiques interdites apprises dans les cercles d’amis déjà au courant de ce qu’on souhaitait leur cacher. L’arrivée des réseaux sociaux dont l’utilisation abusive sans filtre, n’a pas facilité la tâche aux enseignants. Déjà démotivés du fait de leurs conditions précaires marquées par les salaires bas et un faible statut social malgré les efforts syndicaux pour améliorer la situation, en vain.

La société en elle-même, n’est pas en reste. Elle encourage la débauche par l’apologie des comportements outranciers  et contraires aux valeurs qu’elle est censée prôner. La programmation dans  les chaînes de radio des musiques obscènes. La diffusion  par les chaînes de télévisions étrangères arrosant le pays des films érotiques et pornographiques. L’appât excessif du gain  de plus en plus développé chez certains adultes aujourd’hui qui a permis aux jeunes d’avoir accès aux milieux réservés autrefois aux adultes. Ce revirement dans le comportement des adultes qui savaient poser les limites et dire non, a contribué à dépraver  une grande partie de la jeunesse camerounaise. Les mentors bienveillants étant devenus les prédateurs.

Une célèbre citation tirée du conte philosophique « Candide » de Voltaire nous dit pourtant que le travail nous éloigne de trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. Depuis les dizaines années, les  programmes d’accompagnement de la jeunesse à l’utilisation efficace de leur temps ont été renvoyés aux calendes grecques par l’Etat. Du coup, pas assez d’offres pour la  jeunesse. Pas d’espaces de jeux, ni de loisirs pour leur permettre d’exercer leurs activités physiques et ludiques. Aucun théâtre, ni bibliothèques.  Livrés à eux-mêmes et rongés par l’ennui, les jeunes sont parfois contraints d’embrasser les pratiques déviantes( consommation d’alcool, de la drogue,…) plus à leur portée  par manque de repères pour structurer leurs journées et développer les compétences à l’âge adulte.

On se saurait donc incriminer les uns, ni les autres par rapport à la délinquance des jeunes en milieu scolaire. Les responsabilités de l’éducation de la jeunesse étant multiples et interconnectées. Les parents, premiers éducateurs, appelés à transmettre valeurs et bases. L’école, enseignants et administration scolaire, à structurer l’enseignement formel. L’Etat, ministère et collectivités territoriales, à organiser le système. La société et les médias. Tous contribuent à l’épanouissement global de l’enfant.

Il est donc normal de constater que quand les parents vont mal, cela impacte directement sur leurs enfants. Parce ce que n’ayant plus de moyens pour répondre à aux impératifs familiaux et à leur éducation. Pareil pour l’enseignant et l’élève. Tant que la situation du premier n’est pas bonne, celle du second ne peut être reluisante. Les mauvais exemples de l’entourage et les contre-valeurs véhiculées par les médias qui ne contribuent pas à assainir la situation.

A problème global donc, stratégie également intégrale. Nos dirigeants ne doivent pas être dupes ou faire semblant d’ignorer  la réalité ou de la fuir en se limitant aux discours. Car, pris individuellement, ces problèmes liés à la dépravation des mœurs dans nos collèges et lycées ne peuvent donner les résultats escomptés.

C’est pourquoi, tous les acteurs de la communauté éducative doivent  se mettre ensemble et avoir une collaboration étroite entre eux afin de  relever les défis modernes qui se présentent. Amener les parents à avoirs les comportements plus responsables (Les enfants imitant en général les adultes qu’ils côtoient). Les élèves à développer une attitude mentale positive orientée vers le succès dans leurs différents domaines. L’Etat doit s’y mettre sérieusement, sans langue de bois, pour améliorer les conditions de vie des parents et par conséquent celles des enseignants. Veiller au contenu des médias qui ont tendance à influencer négativement les jeunes.  Ainsi éviter les dérives que nous connaissons aujourd’hui dans nos différents établissements scolaires.

Félix EPEE

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