Conflit Russie-Ukraine : La crise au sein de l’UE et de l’OTAN affaiblit Zelenskyy.

Félix Epée
14 Min en Lecture

L’engagement des Etats-Unis  dans la guerre au Moyen-Orient contre l’Iran et le refus de certains pays de l’Union Européenne de poids de les soutenir dans cette aventure risquent si Donald Trump décide d’appliquer la réciprocité de donner un autre tournant aux hostilités en Ukraine et mettre Zelensky en grande difficulté.

L’Ukraine a disparu de la ‘une’ des journaux. La guerre n’a pas cessé pour autant. La guerre se poursuit avec le même niveau de violence, et la même intensité qu’auparavant. Voire plus. Mais par une convention non-écrite, les yeux sont rivés sur le Moyen Orient, et les plumes dérivés sur l’Iran.

Seul résultat concret

Pendant ce temps, l’Ukraine a tenté un certain nombre de contre-attaques sur le front contre la Russie. Leur objectif est de gagner du terrain. Démontrer qu’ils ont la capacité de continuer à résister et de repousser les Russes. Une stratégie visant à capter encore plus le financement de l’Europe et de l’OTAN, et stabiliser la confiance américaine en ballotage. Mais le seul résultat concret observable, c’est la maîtrise parfaite des fronts par les Russes qui ont massacré des dizaines de milliers de soldats ukrainiens et détruit des centaines de chars et de véhicules blindés, sans pour autant perdre de territoire significatif. Pourtant, les media conventionnelles (occidentaux, européens ou américains) et les Lituaniens continuent à vendre les victoire-militaires ukrainiennes. Selon leur thèse, l’Ukraine se porte à merveille.

Progression lente

Mais la carte militaire présente une autre réalité. Le front n’a pas une ligne unique. Il est segmenté en trois zones. D’un côté, la ‘zone bleue’—celle des Ukrainiens. De l’autre, la ‘zone rouge’—celle des Russes. Au milieu, une ‘zone grise’—une sorte de ‘no man’s land.’ Ainsi, ‘les avancées ukrainiennes publicitées ne sont en réalité que des incursions dans la ‘zone grise.’ Elles ne pénètrent pas dans la ‘zone rouge.’ Et à mesure qu’ils s’enfoncent dans cette ‘zone grise,’ ils se heurtent à la doctrine défensive russe, conçue précisément pour ‘absorber’ l’attaque.’ Explique Scott Ritter, ancien officier de renseignement du Corps des Marines des Etats-Unis, ancien inspecteur en armements de la Commission spéciale des Nations unies (UNSCOM). ‘Les Russes disposent d’éléments de pointe en première ligne de défense, puis en deuxième et en troisième lignes; toutes ces lignes sont conçues pour céder du terrain, attirant ainsi l’ennemi dans un piège mortel où il finit par périr. Et les Russes se sont montrés redoutablement efficaces pour éliminer les Ukrainiens, en les massacrant par dizaines de milliers chaque semaine.’ Complète-t-il, avant de conclure, ‘Et l’Ukraine commence à manquer de ressources.’

Cette disposition tactique permet à l’armée russe de mouvoir même par mauvais temps (hiver et printemps boueux). De ce fait et malgré sa progression lente, elle grignote du terrain. S’empare de nouvelles lisières de bois et de villages. Ce qui lui confère un avantage géographique qui lui permet de resserrer l’étau autour Kramatorsk et Sloviansk. Deux dernières villes majeures dans la province de Donetsk, encore sous le contrôle ukrainien. Mais les critique de la progression lente soutiennent que la prise de ces villes nécessitera environ trois à quatre mois. Il faudrait ensuite parcourir 50 kilomètres supplémentaires pour s’emparer de l’ensemble de la province de Zaporijjia. Les tenants de cette thèse doutent que les Russes soient à mesure de saisir ces villes d’ici la fin 2026, pour conquérir dans son entièreté les quatre provinces qu’ils ont officiellement déclarées rattachées à la Fédération de Russie.

Ce n’est pas tout. Reste la question d’Odessa et de Kharkiv—les bombarder massivement pour les soumettre, ou les conquérir à petits pas. Les Russes ne sont pas les Israéliens dans Gaza ou dans le Sud Liban. Ils ne sont pas les Américains en Irak ou en Yougoslavie. Les populations d’Odessa et de Kharkiv sont d’origine russe. Elles vont devenir des citoyens russes. L’armée ne peut dont pas utiliser les méthodes punitives.

L’UE en besoin de financement

De son côté, l’Ukraine a ses problèmes à résoudre. Elle a besoin pour l’exercice 2026, de 150 milliards de dollars pour couvrir les dépenses de l’Etat (les dépenses de personnel, de fonctionnement, d’investissement, d’intervention (aides économiques), les dotations des pouvoirs publics ainsi que le remboursement des intérêts de la dette, et le financement de la guerre. Elle ne disposerait que de 70 milliards de dollars. Somme provenant des prêts internationaux et de ses propres ressources. Le reste devait être versé par l’Union européenne (engagement pris après un vote en décembre 2025).

Cependant, l’argent se fait rare. Ceci n’est plus seulement la faute de la Hongrie qui s’était opposée à tout prêt à l’Ukraine qui avait bloqué l’oléoduc qui achemine le pétrole depuis la Russie, à travers le territoire ukrainien, jusqu’en Hongrie. Ce tarissement de financement a une autre source. En visite à Kiev, le 31 mars 2026, la chef de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a déclaré qu’elle n’avait pas de bonnes nouvelles concernant l’octroi d’un prêt de 90 milliards d’euros l’Ukraine. ‘Nous faisons face à certains obstacles sur le chemin, tant en ce qui concerne le 20e train de sanctions que l’octroi du prêt. Le travail se poursuit pour surmonter ces obstacles. Mais malheureusement, à ce stade, je n’ai pas de bonnes nouvelles et je ne peux pas annoncer que ce prêt sera accordé.’ Avait-elle déclaré lors d’un point de presse avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andre Sibiga.

Ces difficultés financières sont directement liées à la guerre en Iran—et à la flambée mondiale des prix du pétrole. Par conséquent, les gouvernements de l’UE pris individuellement, ont besoin de plus de ressources financières pour subventionner leurs économies.

Crise au sein de l’OTAN

L’Ukraine est également victime de la crise au sein de l’OTAN. Les Etats-Unis reprochent à des pays de l’OTAN dont la France, l’Espagne et l’Italie de ne pas avoir autorisé le survol de leurs territoires ou d’utiliser les bases américaines pour acheminer des équipements militaires à Israël dans le cadre de la guerre contre l’Iran, déclenchée le 28 février. ‘Si nous en sommes arrivés au point où l’alliance de l’OTAN nous empêche d’utiliser ces bases, où nous ne pouvons en fait plus les utiliser pour défendre les intérêts des États-Unis, alors l’Otan est une voie à sens unique.’ A déclaré Marco Rubio, chef de la diplomatie américaine.

Donald Trump qui réfléchit toujours en termes de chiffre, a lors d’un forum d’affaires à Miami évoqué ‘les centaines de milliards de dollars’ que son pays ‘dépense annuellement pour protéger les Européens.’ Le 24 mars 2026, en présence des hauts responsables de son administration, dont le ministre de la Défense, Pete Hegseth, il a qualifié les Européens de ‘profiteurs.’ L’OTAN de ‘tigre de papier’ et de ‘lâches.’ Ensuite, il a fait savoir que les Etats-Unis envisageaient de quitter l’OTAN. Idée écho sur ‘Fox News’ par Marco Rubio. ‘Je pense qu’il ne fait malheureusement aucun doute qu’une fois ce conflit terminé, nous devrons réexaminer l’intérêt que présente l’Otan pour notre pays.’

Concrètement, cela signifie que les Européens vont devoir consacrer davantage de fonds à leur propre défense. Alors, personne ne se presse pour transférer ces équipements—notamment de missiles Patriot— déjà en stock limité, à l’Ukraine. 

Triple veto

La controverse autour de l’OTAN est encore plus marquée par l’insulte de Trump à l’encontre du couple Macron. La conséquence a été immédiate. Pour la première fois depuis 2003, la France s’est jointe le 7 avril 2026 à la Chine et la Russie au sein du Conseil de sécurité des Nations unies pour mettre son veto à une proposition du Bahreïn. Cette proposition visait à autoriser le recours à la force militaire, sous l’égide des Nations unies, afin de lever le blocus du Détroit d’Ormuz. Ce texte a donc été rejeté par un ‘triple veto.’ L’implication a été l’ouverture par les Iraniens, du détroit d’Ormuz, à un méthanier à destination de la France.

Maintien des canaux de communication

Loin de ce brouhaha, le président Poutine maintient les canaux de communication avec Trump. Le 26 mars 2026 une délégation de députés de la Douma d’Etat russe (la chambre basse du Parlement russe) est en visite à Washington, à l’invitation de la représentante républicaine de la Floride, Anna Paulina Luna. La mission vise à relancer les échanges interparlementaires entre Moscou et Washington après plusieurs années de gel. ‘Ce déplacement de parlementaires russes constitue une étape d’essai importante dans la perspective du rétablissement du dialogue interparlementaire russo-américain, dans un contexte de blocage total des contacts sous l’effet des initiatives de l’ancienne administration du président Joe Biden.’ A noté le président de la commission des affaires internationales de la Douma, Léonid Sloutski, évoquant une ‘période glaciaire’ dans les relations bilatérales. Cependant, ‘nous n’avons pas interrompu les échanges avec des responsables politiques américains raisonnables et constructifs.’  A-t-il souligné.

Les deux parties ont notamment évoqué le rétablissement des liaisons aériennes, des échanges culturels et des initiatives conjointes. Poutine poursuit sa stratégie visant à associer Trump à des investissements communs, notamment dans l’Arctique ainsi que dans les secteurs pétrolier et gazier. Il lui a aussi proposé d’établir un canal de communication avec les Iraniens.

Busification

La non-accélération de la victoire par l’un ou l’autre camp a créé des tensions internes en Ukraine. Cet ‘affrontement interne’ s’est radicalisé à cause du phénomène de ‘busification’ qui consiste à enlever les hommes, les jeter dans un bus sous la contrainte d’agents de recrutement de l’armée. Ces agents, surnommés ‘chasseurs d’hommes,’ peuvent interpeller n’importe qui—dans une station-service, au volant d’une voiture ou simplement dans la rue. Vérifier ses papiers, et si la personne est en âge d’être mobilisée, la jeter purement et simplement dans le bus pour le front.

Ce phénomène dure depuis plusieurs années. Mais la nouveauté réside désormais dans l’émergence d’une résistance organisée face à la ‘busification.’ Les Ukrainiens afin de se protéger contre des enrôlements forcés, incendient parfois ces véhicules. Il arrive qu’ils lancent des attaques préventives. S’en prennent aux agences de recrutement dans leurs quartiers généraux. Dans certains cas, ils leur tendent des embuscades et détruisent leurs bus. Cette révolte est en train de devenir un véritable mouvement national de résistance contre la conscription.

Potence pour Zelenskyy

Zelenskyy semble être en danger. S’il signe un accord de paix sur les conditions imposées par la Russie sous la contrainte d’un accord entre Trump et Poutine, il risque une mort—à la fois politique et physique. Les nationalistes et ultranationalistes qui souhaitent poursuivre la guerre n’accepteraient pas cette capitulation. Ils entreraient en résistance. Dès lors, tout peut arriver à Zelenskyy. Ce scenario présentera une Ukraine divisée. Les extrémistes d’un côté, et de l’autre, ceux qui sont épuisés par le conflit et prêts à signer n’importe quel traité de paix (quelles que soient les conditions), pourvu que les hostilités cessent. S’il persiste dans la logique de la guerre sans financement, le moral des soldats sera atteint. La résistance prendra un coup. Cela pourrait entraîner l’effondrement de son régime, suivi des troubles (guerre civile). Et au bout…la potence.

Feumba Samen

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