Conflit Etats-Unis-Israël vs Iran : Echec à Islamabad. Les Etats-Unis capitulent. Trump s’autodétruit.

Félix Epée
14 Min en Lecture

Les négociations entre les principaux belligérants ont accouché d’une souris. L’Iran est resté ferme sur ses dix points proposés pour arriver définitivement à la paix dans le Moyen-Orient, les Etats-Unis continuent , en roi sans couronne, à brandit les menaces voire une attaque à l’arme nucléaire et refusent de céder.

Un accord de cessez-le-feu temporaire a été conclu le 7 avril 2026 entre les Etats-Unis (qui se bat pour Israël) et l’Iran, dans une tentative d’éviter une escalade militaire majeure. C’est ‘une victoire totale et complète. Cent pour cent. Il n’y a aucun doute là-dessus.’ A déclaré le président américain Donald Trump. Soulignant que cet accord repose ‘notamment’ sur l’ouverture complète, immédiate et sécurisée du ‘Détroit d’Ormuz.’ De son côté, le Conseil suprême de la sécurité d’Iran dans une déclaration rapportée par ‘CNN’ et ‘The New York Times’ fait savoir que ‘l’ennemi, dans sa guerre injuste, illégale et criminelle contre la nation iranienne, a subi une défaite incontestable, historique et écrasante.’

Bases des négociations d’Islamabad

Par ailleurs, Téhéran a proposé un plan de paix en dix points (plus condensée que le plan en 15 points américain soumis le 24 mars 2026, rejeté par Tehran), qui revendique,

  1. La réouverture du détroit d’Ormuz ‘sous la coordination des forces armées iraniennes’
  2. L’établissement d’un ‘protocole de transit sécurisé’ dans le Détroit d’Ormuz
  3. La cessation de la guerre contre ‘toutes les composantes’ de l’‘Axe de la Résistance’ iranien
  4. Le retrait des forces américaines de ‘toutes les bases et de tous les points de déploiement au sein de la région’
  5. Le versement intégral de réparations à l’Iran
  6. La levée de toutes les sanctions primaires
  7. La levée de toutes les sanctions secondaires
  8. L’abrogation de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU
  9. L’abrogation de toutes les résolutions de l’AIEA relatives au programme nucléaire iranien
  10. Le déblocage de tous les avoirs et biens iraniens gelés à l’étranger

Jugé ‘applicable,’ Donald Trump écrit sur Truth Social, ‘Nous avons reçu un plan en dix points de l’Iran et nous considérons qu’il constitue une base acceptable de négociation.’ L’objectif étant d’aboutir à un accord définitif de paix dans un délai de deux semaines. Il ajoute. ‘Les Etats-Unis et l’Iran se sont mis d’accord sur la quasi-totalité des points qui faisaient auparavant l’objet de désaccords, mais un délai de deux semaines permettra de finaliser et de conclure l’accord.’ 

Nouvelles donnes

‘Le paiement d’indemnisations à l’Iran’ (point 5) pour les dommages causés par les destructions-américaines, ‘l’arrêt de la guerre sur tous les fronts’ (point 3), incluant la ‘Résistance islamique du Liban,’ mais aussi ‘le retrait des forces de combat américaines de la région’ (point 4), dépassent le cadre actuel du conflit israélo-Etats-Unis avec l’Iran. Ces exigences touchent à l’équilibre stratégique du Moyen-Orient. Elles ont pour implication la redéfinition des rapports de force régionaux. ‘Tuer’ l’influence Moyen-orientale américaine et mettre un point final à l’agressivité d’Israël qui continue à cibler les pays de l’‘Axe de la Resistance.’ A noter qu’avant la guerre ouverte le 28 février 2026, les Etats-Unis avaient déjà, lors de la guerre de 12 jours, attaqué au bombardier B-2 ‘Spirit,’ les installations nucléaires iraniennes dans la nuit du 21 au 22 juin 2025.

Le 8 avril 2026, le ministre de la Défense américain, Pete Hegseth, a déclaré lors d’une conférence de presse, que ‘l’autorisation de l’enrichissement en uranium’ de l’Iran (point 9) est ‘non négociable.’ Ce même jour, Trump a dit qu’il n’y aurait ‘pas d’enrichissement d’uranium’ en Iran. Mais l’échec des négociations d’Islamabad/Pakistan lui laisserait de facto les mains libres pour poursuivre ses activités de recherche et de développement de technologies nucléaires. Les ‘sanctions primaires‘ (point 6, personnes et entités détenues ou contrôlées par des Américains), ainsi que Les ‘sanctions secondaires’ (point 7, empêchant les personnes et entités non-américaines de prendre part à des activités avec l’Iran), prises depuis la ‘Revolution islamique’ du 2 février 1979, vont continuer à peser sur l’économie iranienne sans pour autant l’étrangler. Ces sanctions constituent pour Washington un levier central pour les négociations. Et pour l’Iran, un point de désescalade.

Cependant, l’Iran garde la main haute sur l’établissement d’un ‘protocole de transit sécurisé’ (point 2) dans le Détroit d’Ormuz. Cette artère pétrolière la plus importante au monde où transite la majorité du pétrole mondial (20%) n’entrera pas dans son flux normal immédiatement. Principal levier de pression sous le contrôle de Téhéran depuis le début du conflit, rien ne changera dans ce détroit ‘tant que les Etats-Unis n’auront pas accepté un accord raisonnable.’ Informe l’‘Agence de presse Tasnim.’ Une donne nouvelle par rapport à l’avant-guerre. En bloquant ce Détroit aux pétroliers et méthaniers affiliés à ses ennemis et à ceux qui coopèrent avec eux, l’Iran vise à maintenir la sécurité de cette voie navigable stratégique. Trump avait pourtant conditionné le cessez-le-feu à l’‘ouverture totale, immédiate et sécurisée’ du Détroit d’Ormuz. En réponse, Tehran conditionnerait les passages dans le Détroit au paiement d’une taxe à l’Iran et Oman, pays riverains du cours d’eau. ‘C’est un péage sur la stabilité économique mondiale, pas seulement sur les navires.’ A déclaré le Dr Alireza Vakil, analyste principal de l’énergie chez Caspian Insight Group. Il poursuit, ‘il s’agit d’une escalade significative qui passe de la rhétorique à un impact économique direct, créant une nouvelle couche de risque pour tout le commerce maritime dans la région.’ Ce blocage a fait grimper les contrats à terme sur le Brent de 3,5 % par crainte d’une interruption de l’approvisionnement via ce point de passage critique. Bouleversant ainsi les marchés mondiaux de l’énergie.

Coup politique raté

En acceptant le plan iranien et les négociations, Trump a selon certains réalisé un coup politique. Celui de rechercher la paix. Mais cette percée diplomatique ne déroge pas à la ‘méthode Trump.’ Celle qu’il appliquait dans la gestion de ses affaires—pousser la situation jusqu’au bord du désastre. Faire monter la tension jusqu’à son paroxysme. Menacer en faisant usage de toutes sortes d’insultes. Ensuite, faire marche arrière. Puis, négocier. Suivant cette logique, il a menacé l’Iran le 1er avril 2026, lors d’une allocution depuis la Maison Blanche aux Américains. ‘Nous allons les frapper…durement au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l’âge de pierre, auquel ils appartiennent…S’il n’y a pas d’accord, nous allons frapper chacune de leurs centrales électriques très durement et probablement simultanément.’

Maintenant que Islamabad a été un fiasco, reste à savoir comment le dictateur-hitlérien-Trump va se prendre pour ‘détruire une civilisation.’ Surtout que les Iraniens disent être ‘prêts à riposter. Et à la moindre erreur de l’ennemi, répondre de toutes leurs forces.’

D’un point de vue strictement juridique—et au regard des Conventions de Genève—, le recours à la force, ou la menace d’y recourir, à l’encontre de populations civiles constitue un crime de guerre. De ce fait, Trump pourrait d’ores et déjà faire l’objet d’une procédure de destitution pour crimes de guerre. Notamment pour avoir proféré des menaces d’anéantissement à l’encontre de l’Iran.

Perte de crédibilité

Des voix s’élèvent pour protester contre ces propos tristement célèbres additionnés à son incapacité à gérer ‘sa’ guerre en Iran—y compris parmi ses anciens partisans, à l’instar de Tucker Carlson, qui a qualifié la rhétorique employée contre l’Iran de ‘vile.’ De nombreux autres membres du mouvement MAGA estiment, que Trump a agi de manière indigne de la fonction présidentielle et que l’image de la présidence a été ternie par de tels propos émanant d’un président américain. Pour le Pr. Brovkin ce langage rappelle celui d’un parrain de la mafia que celui du président des Etats-Unis. Le Colonel Douglas Macgregor assimile ces propos a ceux de Al Capone dictant sa loi dans un restaurant, en distribuant des taloches sur le crâne des clients. Pire, ce monarque-autocrate, allergique aux critiques, a limogé de nombreux généraux en raison de leur opposition à une invasion terrestre.

Son langage ordurier et ‘sa’ guerre ont également eu de lourdes répercussions sur le statut des Etats-Unis sur la scène internationale. Le silence de la Russie et de la Chine est un message. Mais la perte la plus lourde pour les Etats-Unis réside dans la réaction de ses propres alliés. L’Union européenne et les pays membres de l’OTAN se sont ouvertement distancés de Trump parfois avec des mots durs. Ils ont dénoncé cette guerre en affirmant qu’elle n’était ‘pas la leur.’ Ils ont refusé d’autoriser l’utilisation de leur espace aérien ainsi que des bases américaines situées sur leur territoire dans l’éventualité d’un conflit avec l’Iran.

Sur cet ensemble de faits, Jim McGovern (D) a déclaré clairement que ‘le président des Etats-Unis est un fou.’ Le sénateur Chris Murphy (D) a parlé d’un comportement ‘totalement délirant.’ Quant à Marjorie Taylor Greene (R) Trump est ‘devenu fou.’ Jamie Raskin (D) a demandé que Donald Trump repasse un test cognitif au vu de ses dernières déclarations. Dans une lettre au médecin de la Maison-Blanche, le10 avril, il écrit. ‘Alors que notre pays est en guerre, le peuple américain doit pouvoir avoir confiance que le Commandant en chef possède les facultés mentales nécessaires pour s’acquitter des devoirs essentiels de sa charge.’ Il conclut, ‘je vous demande donc de procéder à une évaluation cognitive complète du Président Donald Trump.’ Par ailleurs, plusieurs sénateurs évoquent la possibilité d’une destitution. Trump s’est autodétruit.

Objectifs non-atteints

Le duo (Etats-Unis, Israël) que le Pr. John Mearsheimer appelle le ‘Tank team’ est entré en guerre avec quatre objectifs principaux. Le premier, ‘plus aucun enrichissement nucléaire pour l’Iran.’ Le deuxième, ‘les Iraniens doivent se débarrasser de tous leurs missiles à longue portée, et tout ce qui menace Israël.’ Le troisième, ‘ils doivent cesser de soutenir les Houthis, le Hamas et le Hezbollah.’ Et le quatrième, ‘un changement de régime.’ Ce dernier objectif, Trump et son régime le nient. Pourtant, il suffit de consulter la série des articles du ‘The New York Time’ consacrée à l’Iran depuis le premier passage de Trump à la Maison Blanche pour s’en convaincre. D’ailleurs, le 30 mars 2026, ‘The New York Time’ titrait, ‘Trump Claims ‘Regime Change’ in Iran Is Already Complete.’ A bord d’Air Force One, en route vers la base interarmées Andrews, le 29 mars 2026, Trump a déclaré à la presse qu’ils ont ‘obtenu un changement de régime.’ Il a ajouté, ‘si vous regardez la situation actuelle, le régime précédent a été décimé, détruit. Ils sont tous morts. Le régime suivant est, pour l’essentiel, anéanti. Quant au troisième régime, nous avons affaire à des interlocuteurs différents de tous ceux auxquels on a eu affaire auparavant. Il s’agit d’un groupe de personnes totalement différent. Je considérerais donc cela comme un changement de régime.’

Obligé de négocier

Trump n’a donc pas accepté d’aller aux négociations parce que l’envie de pulvériser l’Iran et le renvoyer à l’‘Age de pierre’ lui est passée. Il l’a fait parce que les Etats-Unis avaient déjà capitulé. Cela a été confirmé à Islamabad. Téhéran a refusé les conditions américaines. Notamment, sur l’abandon définitif de tout programme d’armement nucléaire, et la réouverture du Détroit d’Ormuz. Puis, il a averti. ‘Tant que les Etats-Unis n’auront pas accepté un accord raisonnable,’ rien ne changera dans le Détroit d’Ormuz. Pour certifier leur engagement patriotique, les autorités iraniennes ont indiqué que ‘la balle est dans le camp américain’ et que ‘l’Iran n’est pas pressé’ de négocier.

Feumba Samen

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