Même après le départ de Léon XIV, il y a encore des Camerounais qui continuent à espérer que quelque chose va changer dans leur quotidien. Une attitude naïve due à leur méconnaissance de ce qui se passe dans le secret d’une mafia en soutane au coeur même de la curie, dans un pays où l’herbe n’est forcément pas verte.

Le pape Benoît XVI cité par l’historien Martin Dumont, disait dans une de ses homélies que ‘L’Eglise est sainte, mais constituée de pécheurs.’ Il n’avait pas tort. Le Vatican, haut lieu du catholicisme, est aussi l’antre des démons—prédateurs sexuels, financiers véreux, espions, assassins. Ceci depuis l’origine de l’Eglise de Rome.
Trafique des indulgences
Les papes de la Renaissance aux Lumières étaient des autocrates-jouisseurs aimant le luxe, la volupté, le pillage. Leur prédécesseur Jean XII (ou Octavien—16 décembre 955 au 4 décembre 963), avait transformé le palais du Latran à Rome en un Harem. Francesco della Rovere, premier des grands papes de la Renaissance ceint la tiare pontificale le 9 août 1471 sous le nom de Sixte IV jusqu’à sa mort (12 août 1484). Son amour du faste coûtant cher, il développa le trafic des indulgences. Soucieux avant tout des intérêts de sa famille, il plaça ses quinze neveux à des fonctions prestigieuses et rémunératrices. Parmi eux, Giuliano della Rovere, devenu pape Jules II (1503-1513). Son successeur, le pape Innocent VIII (Giovanni Battista Cybo), fut chef de l’Eglise catholique et chef des Etats pontificaux du 29 août 1484 à sa mort, en juillet 1492. Homme faible, il est incapable de maîtriser les penchants cupides et simoniaques des membres de la Curie. Alexandre VI (1492-1503) tente de faire de son fils César un prince d’Italie et utilise sa fille Lucrèce au service d’une politique d’alliances matrimoniales fluctuantes et hasardeuses.

Jules II, dans la démesure engagea plusieurs grands travaux, dont la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome. Cet immense chantier dure 120 ans (1506-1626). Il est financé grâce à une augmentation croissante du trafic des indulgences, qui drainent notamment l’argent allemand. En 1505, il demande au peindre et sculpteur Michelangelo Buonarroti (1475-1564), de réaliser son colossal tombeau dans cette basilique. Il lui confie ensuite la réalisation de la peinture du plafond de la chapelle Sixtine (long de 40,5 m et large de 14 m), construite à la fin du XVe siècle. Ce travail dure quatre ans (1508-1512).
Raidissement intellectuel
Outre l’‘empirisation’ de l’Eglise catholique, ses leaders contribuent au raidissement intellectuel. Les idées nouvelles sont tuées. Ils condamnent en 1600, Giordano Bruno au bûcher. En 1633, l’astronome Galilée (Galileo Galilei) est contraint de renier sa confirmation de la théorie de Copernic selon laquelle ‘la Terre tourne autour du Soleil’ et de se ranger du côté de la théorie ptolémaïque (dominante), qui affirmait que ‘le Soleil et tous les corps célestes tournaient autour de la Terre.’ La commission d’enquête de 1984, donne raison à Galilee. ‘Les juges qui ont jugé l’affaire en 1633 ont commis’ selon la Commission, ‘une erreur parce qu’ils n’ont pas réussi à séparer la foi d’un vieux sophisme scientifique.’ Mais l’Eglise catholique ne s’est jamais excusée auprès de Galilée. Lire aussi: Cameroun/Eglise catholique: politique, dérives et Satanisme. – Mibia ma Africa
Les siècles sont passés. L’Eglise catholique n’a pas changé. Le 13 avril 2026, le Collectif des organisations d’enseignants du Cameroun (COREC) a interpellé le pape Léon XIV sur les conditions de travail des enseignants du privé catholique, qui exercent comme des esclaves. Sans convention collective ni cadre légal depuis plusieurs décennies. Le salaire de ces enseignants qui travaillent presqu’au noir, est indexé sur une grille salariale vieille de plus de 40 ans (1985) dont la base est de 23 080 FCFA (très en dessous du salaire minimum en vigueur). Ce système injuste impose un déséquilibre criard entre qualification et rémunération. Ainsi, un enseignant titulaire d’un doctorat ne dépasse pas la barre de 141 870 FCFA en fin de carrière. La condition des vacataires est pire—ils sont sans revenus pendant les congés.

‘Dans l’Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium,’ écrit le COREC, ‘votre illustre prédécesseur, le Pape François, a lancé ce cri qui a secoué le monde : ‘Non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale. Cette économie tue.’ Nous, enseignants du secteur privé catholique, sommes les victimes directes de cette ‘économie qui tue,’ et notre bourreau porte la soutane.’ Ensuite, il interroge l’humain en Leon XIV. ‘Comment l’Eglise du Cameroun peut-elle organiser des messes grandioses en votre honneur tout en commettant ce que l’Eglise elle-même a qualifié de péché mortel : l’exploitation des travailleurs ?’
Pédophilie dans un diocèse
Mais il y a pire. Les abus sexuels sur mineurs et religieuses commis par des ecclésiastiques ou des laïcs en mission ecclésiale. Des affaires prescrites, parce qu’elles ont souvent été couvertes ou étouffées par la hiérarchie ecclésiastique. Au Cameroun, une affaire de pédophilie dans le diocèse de l’évêque Joseph Atanga avait été révélée dans l’émission Cash Investigation diffusée le 21 mars 2017 sur ‘France 2’ en partenariat avec ‘Mediapart.’ Ce crime avait été commis sur des enfants du collège François-Xavier Vogt (Yaoundé), par des prêtres de la communauté Saint-Jean. Les prêtres concernés auraient été couvert par l’évêque Atanga. Il les aurait mutés pour leur éviter un procès.
L’argent noir de l’Eglise
Le péché de vénalité et de prévarication fut le cancer du pouvoir central de l’Eglise catholique pendant des siècles. Il continue à la gangréner. L’affaire de l’achat d’un immeuble de luxe à Londres, rue de Sloane Avenue, d’environ 350 millions, impliquant l’ex-cardinal Sarde Angelo Becciu, financé en partie par des fonds destinés à des œuvres caritatives, est l’un des scandales financiers les plus graves du Vatican. Cette transaction aurait causé une perte de 139 millions pour les caisses du Vatican. A cela il y a des transferts suspects vers des structures familiales en Sardaigne. Viennent s’ajouter l’affaire de la ‘Dame du cardinal,’ Cecilia Marogna, Italienne de 39 ans qui s’était vu confier un demi-million d’euros pour faire libérer des prêtres et sœurs enlevés en Afrique ou en Asie. Cet argent aurait été dépensé en produits de luxe, en vacances et autres extravagances. Le prélat Nunzio Scarano, surnommé ‘Monsignor Cinquecento’ en référence aux billets de 500 euros qui alourdissaient ses poches serait actif dans le blanchiment d’argent. En 2011, des officiels italiens et le ‘Saint-Siège’ qui ne se reconnaît pas saint, refusent de coopérer avec les experts financiers du Conseil de l’Europe, dépêchés pour aider le Vatican à mettre de l’ordre dans ses comptes au système complexe. Lire aussi: https://mibiamaafrica.com/cameroun-visite-pontificale-des-journalistes-qui-ne-se-lisent-pas/

Italie, augmentation du taux de chômage
Alors que le Vatican croule sous les affaires de corruption, de violence et abus sexuel, voire d’assassinats, l’Italie ne se porte pas non plus bien. Les prières de bénédictions du pape que les Camerounais attendaient n’ont aucun effet sur le Vatican, ni sur le pays qui loge le ‘Saint-Siège.’ Les données de ‘Trading economics’ et de ‘ISTAT’ (Istituto Nazionale di Statistica) indiquent que le taux de chômage en Italie a légèrement augmenté à 5,3 % en février 2026, contre 5,2 % en janvier 2026. Ce taux était le niveau le plus bas jamais enregistré. Le nombre de personnes au chômage (février) a augmenté de 36 000 par rapport au mois précédent, atteignant 1,36 million. Sur la même période, le taux d’emploi a chuté à 62,4 % contre 62,6 %, avec le nombre de personnes employées diminuant de 29 000 pour atteindre 24,15 millions. La baisse a touché à la fois les employés permanents et temporaires. Le taux d’emploi est resté parmi les plus bas de la zone euro.
L’Italie sous le seuil de pauvreté
Le rapport de l’ISTAT et la compilation statistique faite par ‘Caritas’ (organisation catholique) sur les conditions de vie et revenus familiaux (2023-2024), dressent un tableau alarmant (pauvreté croissante, revenus en baisse à cause de l’inflation et inégalités record). En 2024, 13,5 millions de personnes (23,1% de la population) vivent dans des conditions de risque de pauvreté (pauvreté monétaire, faible intensité de travail, privation matérielle et sociale sévère) ou d’exclusion sociale, contre 22,8 % en 2023. La pauvreté absolue est caractérisée par l’impossibilité de payer les biens et les services considérés comme essentiels (parmi lesquels, les retards dans le paiement du loyer, des factures ou des hypothèques ; ne pas manger de protéines au moins tous les deux jours ; ne pas chauffer la maison de manière adéquate ; ne pas pouvoir remplacer les meubles cassés ; pas de connexion internet à la maison ; moins de deux paires de chaussures en bon état). 2,7 millions des Italiens souffrent de pauvreté extrême. Les catégories les plus exposées sont les parents seuls, 32,1% à risque (+2,9% à partir de 2023). Les familles avec 3 enfants et plus, 34,8% (+2,8%). Les personnes âgées seules, 29,5% (+2,3%). Ces données placent l’Italie selon Eurostat au-dessus de la moyenne européenne en 2024 (21%), derrière la France (20,5%) ou les Pays-Bas (15,4%). L’Espagne (25,8%) et la Grèce (26,9%) forment le peloton de queue.

Inégalités riches/pauvres
Les inégalités entre riches et pauvres sont très marquées. En 2024, 46 % de la richesse nette totale est détenue par 5 % des familles les plus riches. les 20 % les plus riches gagnent 5,5 fois plus que les 20% des plus pauvres. Au moins 10 millions d’adultes disposent d’économies liquides inférieures à 2 000 euros, insuffisantes pour faire face à un choc comme la perte d’emploi ou une maladie. En 2024, les Centres d’Ecoute de la Caritas ont soutenu 277 775 familles, soit environ 12% des familles en pauvreté absolue—+3% par rapport à 2023 et +62,6% par rapport à 2014.
Criminalité en constante hausse
Les statistiques indiquent que plus de 2,38 millions de crimes ont été enregistrés en Italie, en 2024 (+2 % par rapport à 2023 et +3,8 % par rapport à 2019). Les grandes métropoles sont les plus à risque. Milan, avec près de 70 infractions pour 1 000 habitants, talonnée par Florence (65,3) et Rome (64,1) —le ‘Royaume’ du pape Leon XIV. Des agressions sur la voie publique ont explosé (+24 %), des scènes de vol avec violence (+7,9 %), des pickpockets (+2,6 %) et les cas des viols ont augmenté de près de 35 % en cinq ans. L’espace public n’est plus sûr pour les femmes. 67,3 % craignent de rentrer chez elles seules le soir. Par crainte d’une agression, 38 % des Italiens et 52 % des jeunes renoncent à sortir la nuit. 76 % des citoyens et 82 % des femmes estiment que circuler dans les rues est devenu très dangereux. Les données montrent également que près de 30 % des femmes ont déjà été suivies dans la rue, 23 % victimes de vol ou de tentative, et 26 % harcelées sexuellement.
Pas besoin d’un miracle papal
Robert Francis Prevost, successeur du pape François, qui a choisi Léon XIV comme nom de pape, est le 267e pape de l’Eglise catholique avec ‘des nuances historiques liées aux antipapes et aux ajustements de la numérotation au fil des siècles.’ Mais le Vatican et l’Italie sont toujours et encore traumatisés par les maux qui minent les sociétés en décrépitude. Soit les papes prient peu, mal, ou pas du tout. Soit, ils n’ont aucune capacité à changer quoi que ce soit dans la course de l’histoire d’une nation. Pourtant, même après le départ de Léon XIV qui n’a promis aucun miracle à qui que ce soit, il y a encore des Camerounais qui continuent à espérer…Si la foi peut déplacer une montagne, elle doit être une foi agissante. Alors, au travail. Le Cameroun n’a pas besoin d’un miracle papal.
Le Vatican a ses propres problèmes—malversations financières. Corruption. instrumentalisation de la justice pour régler des comptes internes. Crise morale interne au cœur même de la Curie. Sur ce, la question est de savoir comment rétablir la confiance des fidèles dans l’intégrité des institutions vaticanes. Car, ‘il y a quelque chose de pourri dans le royaume de l’Eglise.’ Pour reprendre William Shakespeare qui disait dans ‘Hamlet’ qu’‘Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark.’
L’observation fondamentale et troublante a été faite par le pape François. Il disait, reformer le Vatican, reviendrait à ‘nettoyer le Sphinx d’Egypte avec une brosse à dents.’
Feumba Samen
