Enthousiasmés dirait-on dopés par des substances qui modifient leur manière de percevoir les choses, de penser et de se comporter, la majorité des journalistes camerounais se sont contentés des faits divers lors de la visite papale mettant en avant leur incapacité à creuser dans le roc du journalisme d’investigation et documentaire.

Les extraits du discours du chef de l’Eglise catholique au Palais de l’Unité à Yaoundé, ont été retournés presque dans le même sens par une grappe de journalistes (?) et panelistes media. Voire des politiques/société civile. Enthousiastes, ils ont remplacé leur attitude lente, nonchalante, et passive dans les analyses, par une attitude active et motivée comme dopés par des substances qui modifient la manière de percevoir les choses, de penser et de se comporter. Une sélection non-exhaustive et aléatoire de la ‘une’ des journaux fait écho.
Question non-essentielle
Les grands journaux par leur ancienneté et non par leur qualité, les nouveaux venus, les ‘un peu sérieux’ et les ‘périphériques,’ sont sur la même ligne éditoriale. ‘Dialogue,’ no 78, 16 avril 2026 sous le titre, ‘Pape Leon XIV à Etoudi—l’offensive contre la malgouvernancce,’ résume la pensée collective de ces media. Il écrit. ‘Dès son arrivée à Yaoundé ce 15, le pape Leon XIV a brisé les code diplomatiques…le Souverain pontife a délaissé les politesses d’usage pour exiger une justice sociale concrète. Entre un vibrant plaidoyer pour le ‘petit peuple’ et une interpellation directe des dirigeants sur l’urgence de la paix, récit d’une visite placée sous le signe de l’exigence de morale.’ De leur côté, ‘The Guardian Post,’ no 3762, 16 april 2026, titre, ‘At Unity Palace meeting, Pope lectures Biya regime on rescuing country from woes.’ La ‘une’ de son confrère, ‘The Post,’ no 2555, 17 april 2026, qui affiche, ‘Peace cannot be decreed, Pope condemns violence as tool of power,’ pose une question non-essentielle. ‘Cameroon’s Anglophone conflict: Can Pope Leo Break the deadlock, bring belligerents to the dialogue table?’

La platitude de ces titres voire leur contenu, est l’expression avouée que les journalistes(?) du moins une certaine race, ne se lisent pas et/ou ne s’écoutent pas. Le chapelet des mots prononcés par Leon XIV, ont déjà été dits et écrits par ces journalistes (?), par les politiques, la société civile, et même le plus nuls des réseaux sociaux. Agir comme s’ils redécouvraient le soleil tous les matins, justifie leur incapacité à creuser dans le roc du journalisme d’investigation ou du journalisme-documentaire.
Les publications du 16 avril 2026—‘Emergence,’ no 2638, ‘La Nouvelle Expression,’ no 15 333, ‘Mutation,’ no 6534, ‘Le Messager,’ no 8741, ‘L’Info à chaud,’ no 1675, ou du 17—‘Innovations,’ no 415, ont à travers leur plume haineuse et vindicative, vidé le discours du patron de l’Eglise catholique de son âme.
Inaptitude à infiltrer les mots
Le journal ‘L’Etudiant,’ no 400, 16 avril 2026, donne l’impression que c’est dans le message du pape qu’ils ont entendu pour la première fois que ‘les jeunes sont l’espérance du Cameroun.’ Cette marque de cerveau obstrué donne à s’interroger sur cette jeunesse. Pourtant, le discours de prestation de serment du 6 novembre 2025 du président Biya a ciblé la femme et la jeunesse, en informant sur ‘la réouverture des études doctorales ; la relance des concours directs et le financement des projets des jeunes et des femmes.’ Ce discours parmi les plus récents, a mis l’accent sur la stabilité, le développement, et averti l’ensemble de l’appareil étatique et la Nation, que ‘les efforts engagés dans la lutte contre la corruption seront intensifiés.’ Ensuite, le chef de l’Etat, ‘Soucieux d’apporter des réponses appropriées aux préoccupations des populations,’ a déclaré qu’il veillera ‘au cours de ce septennat (2025-2032), à accélérer la réalisation des projets en cours dans différents secteurs stratégiques.’ En 2023, le président camerounais avait déjà affirmé que ‘la lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics est un impératif pour la préservation des ressources publiques.’ Promettant une ‘intensification notable’ des actions contre cette calamité.

Sur ces discours, les journaux comme ‘Econews,’ no 929, 16 avril 2026, ‘Le Citoyen,’ no 359, 16 avril 2026, ‘Primeur Hebdo,’ no 1032, 16 avril 2026, et les autres, qui ont titré sur la corruption et mis en avant leur lecture angélique du discours du pape sur ce fléau, ont étalé leur inaptitude à infiltrer les mailles des mots, en tirer la substance, et élaborer une comparaison instructive avec les messages existants.
Retard d’information
Le président camerounais ‘sait [que] la profondeur des frustrations’ de ses compatriotes est due à la mauvaise gestion et au détournement des deniers publics. Un ensemble de maux qui génèrent le chômage et la violence. Il est également conscient de ‘l’ampleur de leurs attentes.’ A cet effet, Paul Biya a annoncé des mesures législatives et structurelles pour aller en guerre contre cette pieuvre. ‘Nous devrons soumettre au Parlement, certaines réformes permettant un fonctionnement plus efficient de l’Etat, grâce à une adaptation de nos institutions aux exigences de notre environnement.’ Malheureusement, il a fallu le passage du Pape Leon XIV, pour que ‘La Météo,’ no 1793, 16 avril 2026, sache que, ‘lorsque le chômage et l’exclusion persiste, la frustration peut engendrer la violence.’ Quel retard d’information !
L’ordre règnera
Pourtant, dans le message court mais dense, du 6 novembre 2026, du président Biya, il a appelé à ‘l’unité nationale,’ à une ‘main tendue’ envers tous les Camerounais, afin de conjurer tout ce qui peut fueler le chômage, les frustrations et la violence. Sur ce, il avait dénoncé les ‘déstabilisateurs’ et les ‘manipulateurs de l’extérieur.’ Ce que le maître de Rome n’a pas osé dire. Il avait également averti que l’Etat ‘ne tolérera plus les dérives d’une minorité cherchant à semer le désordre sous couvert de démocratie.’ Et mis en garde contre les ‘conséquences dramatiques de leur obstination’ à vouloir défigurer le Cameroun.

En outre, dans son discours à la nation du 31 décembre 2025, le président de la République a rappelé́ que ‘la justice est l’un des piliers de l’Etat de droit. Il est donc impératif qu’elle agisse en toute impartialité́ et soit imperméable aux interférences de toute nature.’ Puis, il a ‘assuré qu’en tant que garant de son indépendance, [il] continuera à prendre toutes les mesures nécessaires à son bon fonctionnement.’ A tous les fossoyeurs de la République, il a averti à travers son discours du 6 novembre 2025 que ‘L’ordre règnera.’ Malheureusement, les journalistes camerounais semblent ne pas avoir la capacité affirmée pour désembrouiller un discours.
Sardou instruit Leon XIV
Comme les journalistes, le pape Leon XIV s’est autocensuré. L’homosexualité, il n’a rien dit. Le faire, c’était condamner L’Eglise catholique au sein desquelles l’homosexualité et la pédophilie cohabitent. Les enfants du Collège François-Xavier Vogt à Yaoundé n’ont pas échappé aux prêtres-prédateurs sexuels de la communauté Saint-Jean. Au Vatican, il vit parmi de tels dénaturés que Michel Sardou expose dans deux chansons. ‘Le Privilège ’ (https://youtu.be/eAOnotuCoXQ) et ‘Le Rire du sergent’ (https://youtu.be/50jcPbulF_8), grand succès et premier disque d’Or de Sardou. Ces deux titres sortis en 1990. Le premier, évoque les sentiments douloureux d’un jeune garçon qui peine à assumer son homosexualité. Le second met en exergue un jeune conscrit qui se moque de son sergent homosexuel qui a obtenu ses galons en cédant aux avances du ‘capitaine des dragons.’ Ces maux ancrés dans les enclos du catholicisme ont été ignorés par le pape. Les journalistes (?) les ont oubliés. Ça pourrait se comprendre. Ils sont pris à califourchon pour diverses raisons—sectaire, sécurité financière, ou pour une promesse d’une promotion professionnelle, comme le ‘sergent’ de Sardou.

Vladimir Ilitch, la justice sociale
En 1983, Sardou met sur le marché, Vladimir Ilitch (https://youtu.be/OxIMaFawETE). Il rend hommage au leader révolutionnaire russe, fondateur de l’Union soviétique. Il décrit la vision révolutionnaire de Vladimir Ilitch Lénine. Sa lutte pour le peuple. Et sa quête de justice sociale. Il y révèle son impact positif sur l’histoire du XXe siècle (dont le XXIe siècle a encore plus besoin). Le marxiste plus humain que le néolibéral pape qui n’a même pas écroûté la vision révolutionnaire des Africains, ni sa lutte. La justice sociale, il l’a effleurée. Mais comment ! En soulignant que les Camerounais vivaient dans la pauvreté, tant matérielle que spirituelle, malgré la richesse de ses terres. Cependant, il n’a pas répondu à la question pourquoi, qui touche ‘le rôle néfaste joué par les nations puissantes et leurs multinationales qui depuis des siècles pillent systémique lesdites ressources.’ Ecrit Tafeu François Bikoro. La pauvreté spirituelle des Camerounais est la conséquence du comportement antinational des ‘propres vicaires [du pape], qui ne cessent de se confondre avec les acteurs politiques du midi par une masturbation même de la vérité biblique.’ Poursuit Tafeu Bikoro.
‘Dum Diversas,’ un Contentieux historique
Les chansons de Sardou, ‘Afrique Adieu’ (https://youtu.be/ge5jsFtXOAY?list=RDge5jsFtXOAY) et ‘Le Temps des colonies’ (https://youtu.be/cFFST-az2qw), sorties respectivement en 1982 et 1976, font revivre la nostalgie du passé colonial français en Afrique. Elles interrogent le rapport du Vatican et de l’Occident à l’histoire coloniale. Les thèmes abordés, telles que la mémoire et les conséquences du colonialisme, résonnent encore, et restent d’une actualité brûlante. Mais Leon XIV n’a pas articulé ces points dans son discours. Il n’a pas eu le courage d’aborder ce contentieux historique avec le Cameroun et l’Afrique. Il ne pouvait pas faire autrement. L’Eglise catholique a donné une base légale à la colonisation et à l’esclavage en Afrique.

Le pape Nicolas V a promulgué le 18 juin 1452 la bulle ‘Dum Diversas’ autorisant au roi Alphonse V du Portugal son droit à dominer toutes les terres au sud du cap Boujdour en Afrique, en lui concédant l’exclusivité du commerce, de la colonisation et de l’esclavage en Afrique. ‘Par les présentes Nous vous accordons [aux rois d’Espagne et du Portugal], de par Notre autorité apostolique, permission complète et libre d’envahir, de rechercher, de capturer et de soumettre les Sarrasins et les païens et tous les autres incroyants et ennemis du Christ où qu’ils puissent être, ainsi que leurs royaumes, duchés, comtés, principautés et autres biens […] et de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle.’ Avait-il écrit. Son successeur Calixte III réitère en 1456 cette bulle avec ‘Etsi cuncti.’ Elle est renouvelée par le pape Sixte IV en 1481 et par le pape Leon X en 1514 avec ‘Precelse denotionis.’ Si Leon X a officiellement soutenu ces pratiques, rien n’empêche Leon XIV d’en faire autant. Mais ces journalistes (?) n’ont pas exploré ce point crucial dans les relations de l’Eglise catholique avec l’Afrique. Soumis, ils sont allergiques à l’Histoire qui dérange le maître.
Baromètre-media
Cependant, Paul Biya d’un côté, Leon XIV de l’autre, ont constitué un baromètre-media. Le message du président Camerounais lors de la venue du pape Leon XIV était centré sur la géopolitique et la géostratégie comme à tous les sommets internationaux et lors des rencontres avec des hautes personnalités étrangères. Ce champ d’analyse et très compliqué pour des journalistes qui se complaisent dans les faits divers. Ou frelatent le traitement d’une information capitale. Alors, le discours du chef de l’Etat a été simplement évacué. Celui du pape, vidé de son jus dans une approche de déification. Pour eux, il fallait seulement que le pape dise un mot pour que la chambre haute du paradis soit ouverte au Cameroun. Et qu’il soit guéri de ses maux.
Ces deux hautes personnalités ont permis de comprendre que la majorité des journalistes camerounais pratiquent le journalisme de personnes et non des faits.
Feumba Samen
