Cameroun/Trahison : Les Sakombi de Paul Biya

Félix Epée
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On les retrouve dans les arcanes du pouvoir comme dans l’opposition. Universitaires. Journalistes. Les magistrats et auxiliaires de justice. Les hommes et femmes d’affaires. Les frustrés du système. Les opposants-non-coptés. Dans la haute administration publique, parapublique, et privée. Dans l’armée. Prêts à retourner leur veste le moment venu et dénigrer celui qui les a fait pendant longtemps roi sans remords, ni regrets.

L’histoire est pleine de traîtres (une évidence). De loyalistes (très peu). De personnes assises entre deux chaises (évident). Ainsi, coups de poignard dans le dos. Désertions. Infidélités. Vente de secrets à l’ennemi…sont au menu des relations de pouvoir. Et trahir une personne ou une idée infléchit parfois le cours de l’histoire. Les traîtres peuvent s’appeler Guy Fawkes, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, Julius Rosenberg, David Greenglass. Mais il y a aussi les Sakombi. Paul Biya pourrait avoir les siens.

Sakombi aura tout été

Né à Kinshasa en 1940, Dominique Sakombi Inongo est le frère de l’ancien ministre de l’intérieur Denis Sakombi Ekope. Chef de Cabinet du ministère de l’Information, en remplacement de Jean-Jacques Kande, Sakombi Inongo devient ministre de l’Information (1970). Ensuite, secrétaire national du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) chargé de la Propagande, Presse et Information (1972), et Commissaire d’Etat à l’orientation nationale (1973 à 1975). Elu commissaire du peuple (1975), il est nommé Gouverneur de la ville de Kinshasa (1976) et secrétaire général en 1979, de la Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution (JMPR). Puis, Membre du Bureau politique du MPR (1981). Commissaire d’Etat à l’Information et Presse (1983, 1988), il devient Membre du Comité central de 1984 à 1990. Ambassadeur du Zaïre en France et Représentant permanent auprès de l’UNESCO (1985). Ensuite au Sénégal (1987). Enfin, Membre du Bureau de la Haute autorité des media (HAM) —de 2003 à 2008. Il en fut chassé en 2008, accusé de détournement des salaires du personnel…’Sakombi Inongo aura tout été.’

Générique de génie

Dominique Sakombi est le Goebbels de Mobutu. Un excellent propagandiste. Il maîtrise l’art de la communication. Il a le verbe. Il a l’esprit critique. Il sait paramétrer les données politiques. Il a le sens de l’emphase qui ne se vend pas sur le marché. Ni ne s’acquiert dans les écoles de journalisme. Il séduit. C’est son art. Sakombi est un génie. Créatif. Inventif. Il conçoit un générique du journal télévisé où le Maréchal Mobutu, président-fondateur du MPR apparaît dans les cieux comme un ange, un dieu, avec un chant de gloire, enveloppé de nuages en grossissant pour remplir l’écran (https://youtu.be/iZC0CTb-2cE).

L’après la Conférence Nationale Souveraine marque un premier tournant dans sa vie. Il rompt avec Mobutu. S’écarte un temps de la politique active. Exploite son expertise en communication pour éditer le journal ‘La Voie de Dieu.’ Ce retrait ne va pas tarder. Ce symbole honni revient en politique comme conseiller du président Laurent-Désiré Kabila. Lire aussi: https://mibiamaafrica.com/cameroun-nouveau-gouvernement-attendu-un-debat-pour-idiots/

Construction identitaire nationale

Sakombi Inongo croyait au concept de l’‘Authenticité non pas comme simple slogan, mais comme véritable projet de construction identitaire nationale dans un pays miné par une ethnologie coloniale mortifère, où les médias, la langue et la culture serviraient de ciment.’ Ecrit le 28 septembre 2025, son fils, ambassadeur et ministre Michaël Sakombi. Dans la foulée, il rappelle quelques propos de ce dernier. ‘Il nous faut récupérer notre âme africaine par la décolonisation des esprits. De la philosophie ancestrale, retenons le concept de solidarité non plus entre membres d’un clan ou de la tribu mais entre tous les citoyens de la Nation. Rejetons le retour sur soi pour le recours à l’authenticité.’ Disait-il.

Néanmoins, il est reproché au ministre Sakombi, d’avoir dévoyé la philosophie de l’‘Authenticité’ en organisant un culte de la personnalité autour du Marechal Mobutu. Il a dès 1972, usé de son verbe et son talent aiguisé en communication, pour convaincre les Zaïrois de se mobiliser derrière le Guide Mobutu. Entre autres, ce plus que fidèle parmi les plus fidèles, est un des grands ‘pillards du système Mobutu.’ Note Freddy Mulongo Mukena (Réveil FM International) qui l’aurait interviewé en août 1993 sur la radio ‘Fréquence Protestante’ à Paris, et ‘contribué pour qu’il fasse son témoignage du héraut repenti’

Retournement de veste

En fait, lorsqu’il sent le vent tourné, Il retourne sa veste comme ‘Talleyrand-Périgord qui préfigure la diplomatie des vestes retournées et des trahisons d’Etat.’ Puis, se réfugie en Jesus Christ. Le ‘bois blanc’ des criminels. Ensuite, se découvre une vocation de prédicateur. ‘Dieu m’a parlé.’ Peut-il déclarer. Le refrain des renégats qui croient convaincre leurs victimes avec quelques mots de piétés. Il demande pardon à ses compatriotes pour avoir contribué à leur appauvrissement. Mais sans restituer ce qu’il possède indûment.

Mobutu devient le ‘grand diable.’ Le saint-homme (?) Sakombi l’accuse de tous les maux. A l’en croire, il s’adonnait à des pratiques occultes. Il affirme même l’avoir trouvé un jour ‘en train de boire du sang humain.’ Ces incriminations sont semblables à la fausse histoire de cannibalisme dont l’Empereur Bokassa avait été accusée. Certains se disent que ce pasteur des temps-nouveaux est trop lâche pour assumer son passé. D’autres pensent qu’il s’est dévoilé en calomniant Mobutu de buveur-de-sang. Ces allégations sont, croient d’autres encore, une passerelle pour échapper au courroux des Zaïrois et se repositionner politiquement après la chute de l’ordre ancien.

Biya a ses Sakombi

Ils sont parmi les universitaires. Les journalistes. Les magistrats et auxiliaires de justice. Les hommes et femmes d’affaires. Les frustrés du système. Les opposants-non-coptés. Ils sont dans la haute administration publique, parapublique, et privée. Dans le gouvernement. Dans l’armée. Ils sont partout, prêts à le ‘renier trois fois, avant que le coq ait chanté’ (Matthieu 26 :75). Ingrats comme Sakombi, et contrairement à St. Pierre, ils ne ‘couleront pas une larme.’

Mécanisme ‘Sakombiste’

Comme Pétain qui a demandé aux Allemands les conditions de l’Armistice, ces ‘Sakombistes’ ont sauté pieds joints dans des alliances secrètes pour livrer leur pays aux forces obscures-démanteleuses. Ils ont dit, ‘c’est à vous de sauver le Cameroun’ et ‘vous n’y parviendrez qu’en rasant les institutions.’ C’est la trahison de 2018 et 2025, lourdes de conséquences, et qui en appelle d’autres. Le complot entre clans endogènes pour garder le pouvoir. Le concubinage incestueux entre les groupuscules antipatriotiques (in et out le système gouvernant) et les forces du mal pour soumettre le Cameroun. Ils sont nombreux qui sont dans les manigances et les intrigues. Les deux dernières élections présidentielles sont instructives à cet égard. Déterminés à dépecer le Cameroun, ils ont fait de leur pays, un pôle-criminel où les scanners aux frontières peuvent voir le sucre granulé passé, mais pas la poudre blanche, ni les armes et munitions. Faisant de ce pays une armurerie à ciel ouvert.   

Plus étrangers que patriotes et nationalistes, attaquant le Cameroun sur tous ses flans économiques, ils ont cédé depuis 2000, environ 4 millions d’hectares de terres, soit à peu près 8,5 % du territoire national, à des firmes étrangères. Constituant de ce fait, un lobby de capitalistes-agro-impérialistes contre la paysannerie locale. Manipulateurs, dissimulateurs, au cœur des scandales, ces traîtres qui s’efforcent à découvrir aux expansionnistes le sentier qui conduit au démembrement de leur nation, ignorent qu’ils ne peuvent pas prendre ce pays à revers. Ni le soumettre à des mains étrangères.

Et toi aussi…

Mais une chose est sûre. Quand le chef de l’Etat camerounais prendra sa retraite politique, les ‘Sakombistes’ auront pour base de critiques, le jeu politique et la construction économique qu’ils ont participé à détruire. Le mensonge brodé, tressé, broché contre lui, viendra des sources insoupçonnées. Des individus qui l’ont combattu, et à qui il a accordé son pardon, et promus, seraient dans le rôle de Marcus Brutus qui a trahi Jules César. Pourtant, il lui avait accordé grâce et élévation, bien qu’il s’opposât à lui et le combattit lors de la bataille de Pharsale en 48 av.J.-C. Comme Jules César qui se sentant trahi par son ami, demanda, ‘Et toi aussi, Brutis’ Paul Biya poserait la même question. ‘Et toi aussi, … Kandem, Mbock, Ewanè, Onana, Ngolè, Ndi, Souleymane, … ?’ soulignant qu’il ne s’attendait pas à être trahi par une personne qu’il avait pardonnée ou aidée auparavant et qu’il considérait comme son ami.

Il sera le procès de la République. Leur jugement, sans appel. Ils jetteront à la vindicte populaire le président qu’ils ont connu. Côtoyé. Chouchouté. ‘Surlevé.’ Propagandisé. Déifié…. Il sera dans leurs actes d’accusation le reflet d’un pays à la dérive. Un pays assassiné. Un pays corrompu. Un pays qui a laissé les armes non-contrôlées entrées. Un pays qui a ouvert ses frontières aux terroristes. Exilé ses enfants. Prostitué ses filles. Concassé l’axe central de ses hommes. Les obligeant à porter les couches. Un pays pénétré par des sectaires satanistes jusqu’au plus petit village de Bazou.

Ils regretteront le règne du président Ahmadou Ahidjo, et condamneront avec virulence l’ère de son successeur Paul Biya. Ils diront, Ahidjo est sorti de la scène politique avec la prospérité des années ’60-’80. Et le Cameroun a perdu sa grandeur. En chœur, ils chanteront que le Cameroun se porterait mieux si les Camerounais élisaient un autre type de président—même le diable (prière non-exhaussée de l’Eglise catholique). Autant haï qu’il était admiré, tous ou presque le portraitureront comme un ‘Nomgui’ du silence. Un ‘Feuh’ (Foh) de l’esquive. Un ‘Lamido’ de la dissimulation. Un ‘Zomloa’ du tribalisme. Oubliant qu’il a travaillé avec tout le monde (système et oppositions). Et que le Cameroun qu’ils décrient est aussi leur produit.

Pas content Satan

Pour avoir tronqué leur intégrité (totalement) contre la recherche d’un pouvoir (éphémère), l’argent (les miettes) ou la reconnaissance (précaire) des impérialistes, les oppositions camerounaises qui prétendaient porter l’ambition des Camerounais, seront logées à la même enseigne. Celle de l’internationale de la trahison qui n’a rien apporté au Cameroun. Et ne pourra rien lui offrir. Ayant renoncé à changer la vie de leurs compatriotes, elles se sont révélées tenaces dans le règlement de leurs comptes. Puisqu’elles n’ont jamais appris qu’en politique, on ne se déchire pas face à un adversaire commun. Au contraire, on le tue sans pitié en confrontant les idées. Pas la haine assassine qui a hâté nombreux de leurs compatriotes de l’autre côté de la vie.

Si un jour, les ‘Sakombistes’ camerounais se retrouvaient devant Satan, il leur dira, ‘Prince, vous avez dépassé mes instructions’ dans…la trahison. Exactement, ce qu’il aurait dit à Talleyrand-Périgord après sa mort, en 1838. Ceci n’est ni un jugement moral, ni une prophétie. 

Feumba Samen

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