Avec plus d’une dizaine de hauts gradés limogés, dont le chef d’état-major de l’armée de terre, Randy George, des interventions faites en dépit du bon sens et des nominations fantaisistes de certaines personnes à des postes stratégiques, le président des Etats-Unis contribue non seulement à mettre en lumière les frustrations de plusieurs officiers mais aussi à fragiliser son armée de l’intérieur.

Pendant que les nations puissantes fortifient leurs armées pour qu’elles soient des ‘forteresse imprenable,’ Donald Trump et Pete Hegseth s’emploient à détruire la réputation et les capacités de l’armée américaine. Ils la vident de ses meilleurs éléments. La dernière victime est Le général quatre étoiles Christopher Donahue. Commandant des forces terrestres américaines en Europe et en Afrique. Poussé vers la sortie, il a annoncé le 24 juin 2026, après seulement 18 mois à ce poste, qu’il quittera son commandement le 2 juillet 2026.
La purge ‘hegsethienne’ touche tous les compartiments
Christopher Donahue est reconnu comme le dernier militaire américain à quitter l’Afghanistan le 30 août 2021, sous une lueur nocturne, embarquant sur le dernier avion-cargo C-17 lors du retrait catastrophique des soldats américains de ce pays. Apprécié des troupes américaines et alliées, Donahue était considéré comme l’un des officiers les plus respectés de l’armée de terre. Devenu l’un des généraux les plus emblématiques de sa génération après l’Afghanistan, il était fréquemment cité comme un futur chef d’état-major potentiel de cette même armée. Toutefois, il était tombé en disgrâce auprès de Hegseth.

Le 2 avril 2026, sur fond de tensions entre Pete Hegseth avec le général Randy Alan George, plus haut gradé de l’armée, et chef d’état-major de l’armée de terre, Hegseth exige en pleine guerre avec l’Iran, son départ immédiat. Sur ‘X,’ Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, écrit, il ‘va quitter ses fonctions de 41e chef d’état-major de l’armée de terre, avec effet immédiat.’ Il avait occupé le poste de 41e chef d’état-major de l’armée de terre de 2023 à 2026. Entre 2022-2023, il avait été le 38e vice-chef d’état-major de l’armée de terre. Et servi comme assistant militaire principal du secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, de 2021 à 2022. Nommé officier en 1988, il participe à plusieurs campagnes militaires—notamment les opérations ‘Bouclier du désert’ (Desert Shield) et ‘Tempête du désert’ (Desert Storm), ainsi que les opérations ‘Liberté irakienne’ (Iraqi Freedom) et ‘Liberté immuable’ (Enduring Freedom). Il est remplacé par intérim par le général Christopher C. LaNeve, chef d’état-major adjoint de l’armée de terre…et ancien aide de camp de Pete Hegseth.
Le général David Hodne est aussi forcé à la retraite le 2 avril. Nommé le 18 juillet 2025 à la tête du Commandement de la transformation et de l’entraînement, il fusionnait le Commandement des futurs de l’Armée de terre et le Commandement de la doctrine et de l’entraînement. Il avait été promu au grade de général (trois étoiles) par l’Armée de terre, conformément à un avis du Congrès daté du 15 juillet 2025.
Sous pression, le général David Allvin, 23ᵉ chef d’état-major de l’US Air Force (pilote de commandement avec plus de 4 600 heures de vol, dont 800 heures de tests et 100 en opérations), a annoncé le 18 août 2025 qu’il prendra sa retraite anticipée le 1er novembre 2025. Soit environ deux ans avant la fin de son mandat. Le secrétaire à la Marine John Phelan, un civil sans expérience militaire préalable est mis à la retraite le 22 avril 2026. Il est remplacé par l’officier à la retraite Hung Cao. Phelan avait été nommé par le président Trump après avoir été un important donateur de sa campagne.
Opposition à la présence de femmes
L’amiral Lisa Franchetti (cheffe de l’US Navy, première femme à diriger l’armée américaine et faire partie de l’état-major interarmées), est chassée des troupes le 21 février 2026. Tout comme les principaux conseillers juridiques des différentes branches de l’armée (les lieutenants-généraux Joseph B. Berger III de l’armée de Terre et Charles Plummer de l’armée de l’Air, et la contre-amirale Lia M. Reynolds). C’est ‘ce que l’on fait quand on a l’intention de violer la loi. On se débarrasse de tous les juristes susceptibles de tenter de vous freiner.’ Commente sur ‘X,’ Rosa Brooks, professeure à la faculté de droit de l’université de Georgetown, à propos de ces limogeages.

La commandante des garde-côtes américains, Linda Fagan, première femme à diriger l’une des six branches de l’armée, est limogée par Trump le 21 janvier 2025—quelques heures seulement après son investiture. Cette soldate avec une longue carrière sur presque tous les continents, avait été accusée par le régime Trump pour son incapacité ‘à gérer les menaces sécuritaires aux frontières, un leadership insuffisant dans le recrutement et la rétention [des militaires], une mauvaise gestion de programmes d’acquisitions clés comme les brise-glaces et les hélicoptères mais aussi une attention excessive accordée à la diversité, l’équité et les initiatives d’inclusion.’ Ce chapelet de griefs avait été énuméré le 21 janvier 2025, par ‘Fox news,’ la chaîne pro-Trump.
La vice-amirale Shoshana Chatfield, représentante militaire des Etats-Unis auprès de l’Otan, est limogé le 8 avril 2025. Selon ‘Associated Press,’ l’amiral Christopher Grady, président par intérim du Comité des chefs d’état-major interarmées, avait informé Chatfield que l’administration souhaitait ‘donner une nouvelle orientation à ce poste.’ Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone dans un communiqué a expliqué cette révocation par ‘une perte de confiance dans sa capacité à diriger.’ Selon certains responsables, Chatfield était dans le viseur du régime Trump pour s’être prononcée en 2015 en faveur de la diversité et de la promotion des femmes dans l’armée. Elle avait auparavant été critiquée par des lobbyistes conservateurs pour ses positions, et par Pete Hegseth qui, avant sa nomination au poste de ministre de la Guerre, avait déjà marqué son opposition à la présence de femmes dans les troupes combattantes.
La minorité noire dans le viseur
Le 2 avril, Hegseth demande à William Green Jr., major-général de l’armée de terre, 26e aumônier en chef de l’armée de terre, et troisième Afro-Américain à exercer cette fonction, de démissionner. Le 16 octobre 2025, Pete Hegseth annonce que l’amiral Alvin Holsey à la tête du Commandement Sud, supervisant les frappes contre des trafiquants de drogue vénézuéliens supposés, prendrait sa retraite à la fin de l’année. Dans un communiqué, Holsey indique qu’il prendrait sa retraite le 12 décembre. Il ne s’étend pas sur les circonstances de son départ. Il salue le personnel du Commandement Sud pour ses ‘contributions durables à la défense de la nation.’ Cet officier, l’un des rares noirs au grade d’amiral quatre étoiles est démis de ce poste qu’il a occupé moins d’un an, sans que son successeur soit nommé.

Charles Q. Brown, général quatre étoiles, alors chef d’état-major interarmées, est limogé le 21 février 2026 par un simple message sur le réseau social ‘Truth.’ Ce chef militaire américain parmi les plus influents de l’époque moderne, a servi 40 ans au sein de l’US Air Force. Accumulé plus de 3 000 heures de vol, dont 130 heures de combat, principalement sur F-16. 21e chef d’état-major interarmées (2023-2025), il devient le premier Afro-Américain à diriger une branche des forces armées américaines. En 2000, il figurait dans le classement des 100 personnes les plus influentes du magazine ‘Time.’
Le général Brown est victime d’avoir exposé la discrimination raciale dont il a subi au sein de l’armée. ‘Je pense à ma carrière dans l’armée de l’air, où j’ai souvent été le seul Afro-Américain dans la pièce, le seul dans mon escadron ou haut gradé. Je pense à la pression que je ressentais de ne pas avoir le droit à l’erreur, en particulier de la part de supérieurs dont je sentais qu’ils attendaient moins de moi en tant qu’Afro-Américain.’ Il avait tenu ces propos après l’assassinat raciste le 25 mai 2020 de l’Africain-américain George Floyd par la police américaine à Minneapolis, dans le Minnesota.
Chassé pour avoir dit la vérité
Le lieutenant-général Jeffrey A. Kruse, directeur de l’Agence de renseignement de la Défense (DIA) depuis février 2024, a été démis de ses fonctions le 22 août 2025 par Trump. La raison, les mensonges du président. Ce dernier et son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, affirmaient que les attaques américaines sur les capacités nucléaires iraniennes avaient ‘oblité’ les sites visés. Mais un rapport interne de la DIA, publié en juin 2025, contredisait la thèse du régime ‘trumpien.’ Elle estimait que si l’agression américaine avait ‘retardé de plusieurs années le programme nucléaire de Téhéran, elle n’avait pas complètement éliminé ses capacités.’ Le document de la DIA aurait ‘fuité’ dans la presse et irrité le républicain, qui a engagé une série de licenciements de hauts gradés du Pentagone depuis son retour au pouvoir. Le même jour, le Vice-amirale Nancy Lacore, chef de la réserve de la Marine, et le Contre-amiral Milton Sands, commandant de la Naval Special Warfare Command ont été renvoyés.
Licenciés par une complotiste
Le 4 avril 2025, le régime Trump a licencié le général Timothy Haugh (plus de 30 ans de service militaire), directeur de la National Security Agency (NSA) et du Cyber Command—deux institutions centrales de la cybersécurité et de l’espionnage américain. il avait été nommé directeur de la NSA en février 2024, après une nomination initiale en mai 2023 par Joe Biden. Il est confirmé par le Sénat en décembre 2023.

Au poste de responsable des opérations de cyberdéfense du Pentagone, sa nomination avait été retardée par des oppositions politiques sur des questions de gestion militaire. Haugh et sa directrice adjointe Wendy Noble, auraient été renvoyés, selon ‘Le Washington Post, sur les recommandations de Laura Loomer (complotiste, raciste, islamophobe, et influenceuse, sans poids politique), après son passage le 2 avril à la Maison-Blanche. Ce jour, elle aurait présenté au boss de la Maison-Blanche, une liste de 13 responsables du renseignement US qu’elle qualifiait de ‘déloyaux’ envers Trump. Sur ‘X,’ Laura s’était vantée d’avoir contribué au licenciement de ces ‘taupes des démocrates.’ En proclamant, ‘j’arrête ces traîtres avant qu’ils ne puissent frapper… Ils sont livides.’
Le Sénateur de Virginie, Mark Warner ‘s’est interrogé sur la pertinence d’un licenciement alors que les cybermenaces sont ‘’sans précédent’’.’ De son côté, Jim Himes (Comité du renseignement de la Chambre) a déclaré, ‘le général Haugh est un leader honnête et direct qui a suivi la loi et a mis la sécurité nationale au-dessus de tout. Je crains que ce soient précisément ces qualités qui aient conduit à son licenciement.’
Politisation de l’armée
Remplacer des officiers supérieurs par une action présidentielle n’a rien de nouveau. ‘Truman a limogé le général MacArthur. Lincoln a limogé le général McClellan. Obama a limogé le général McChrystal.’ Pour cela, le régime-autocrate de Trump n’est pas ‘en territoire inexploré’ comme l’a fait savoir Kingsley Wilson, secrétaire de presse adjointe du Pentagone, nommée le 23 mai 2025. Seulement, les hauts responsables militaires relevés de leurs fonctions par un président le sont généralement ‘pour des questions de compétence.’ Explique Seth Jones, président du Département de la défense et de la sécurité au ‘Center for Strategic and International Studies.’

Mais contrairement aux cas cités, les haut gradés et employés civils poussés vers la sortie par le clan Trump, le sont ‘non parce qu’ils ne sont pas compétents ou efficaces dans leur travail, mais parce que Trump veut des béni-oui-oui.’ Explique Adam Smith, membre du Comité des forces armées de la Chambre des représentants. Pete Hegseth l’a reconnu lorsqu’il a justifié ces licenciements en expliquant que le président plaçait simplement les responsables qu’il souhaitait là où il le voulait. Mais selon plusieurs spécialistes et des parlementaires démocrates, Trump et Hegseth ont pour mission de politiser l’armée.
Ce basculement inquiète les Américains sur leurs relations avec des nations ‘amies’ mais aussi pour leur sécurité. Sur ‘X,’ Mark Warner, Démocrate du Senat, l’a écrit le 7 avril 2025 en s’appuyant sur le cas de Chatfield. ‘Je suis profondément préoccupé par le limogeage d’une haute gradée de l’armée américaine au sein de l’OTAN, la vice-amirale Shoshana Chatfield – une pilote d’hélicoptère et vétérane du combat. Les attaques incessantes de Trump contre nos alliances et son renvoi inconsidéré de responsables militaires décorés compromettent notre sécurité et affaiblissent notre position à travers le monde.’ Seth Jones de son côté déclare. ‘Pour le général Brown, par exemple, cela ne semble pas être dû à une question de compétence.’
Leçon aux Africains
Malgré l’émiettement de l’armée américaine par Donald Trump et Hegseth qui ont causé des dommages considérables, qui se feront sentir sur des générations au sein de l’armée américaine, les citoyens et les occidentaux sont calmes. Pas d’agitation.
Mais si un gouvernement africain démettait seulement quelques officiers de base et non-de-commandement, pour quelque raison que ce soit, les media occidentaux auraient crié à la parentalisation, au paternalisme, à la dictature, et à la mise en place des mécanismes de confiscation du pouvoir. Leurs caisses de résonnance en Afrique auraient en chœur embouché la même trompette avec des fiches de lecture, les notes, et scripts mises à leur disposition pour déstabiliser leur pays. Des officiers, sans aucun sens de patriotisme auraient été approchés par les déstabilisateurs du Continent pour saigner leur pays à travers un putsch ou une guerre civile. Les autorités catholiques auraient été mises à contribution pour déchirer le Continent.
Feumba Samen
