Cameroun/Douala : Le mausolée Ngosso Din bientôt fermé au public.

Félix Epée
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La construction d’une nouvelle clôture au Cimetière Njo-Njo, initiée  par la mairie de la ville de Douala est entrain de modifier le plan initial de ce site de manière à empêcher au public d’avoir accès à ce monument et de s’y recueillir.

La Communauté urbaine de Douala a entrepris depuis un certain temps la réhabilitation des cimetières communautaires de la ville en leur dotant des clôtures dignes de ce nom. Une bonne initiative saluée par les populations de la capitale économique du pays.  

Cependant, au cimetière Njo-Njo à Bonapriso où ces travaux de réhabilitation sont en cours, les populations ne sont pas contentes. Pour cause, la construction de cette clôture pas encore achevée et telle que déjà perçue dans sa nouvelle configuration par les populations va empêcher l’accès au public à un grand monument  érigé en ce lieu depuis des lustres  en mémoire au héros national Adolphe Ngosso Din. Ce monument ainsi que la stèle du Prince Din Manga Bell font face à la rue principale et donnent lieu aux recueillements et manifestations commémoratives chaque année. Ils suscitent par ailleurs la curiosité des passants et touristes qui arpent cette rue.

D’après les informations recueillis sur le chantier, cette attraction ne sera plus la même. Les dits monuments seront désormais à l’intérieur de la clôture et font bénéficier des grilles qui seront fermées et ouvertes uniquement pendant les périodes commémoratives. Cette idée a suscité la colère des riverains, des visiteurs et toutes les personnes qui viennent pour les enterrements dans ce cimetière, habituées à contempler la beauté et la taille imposante de ce monument .

Elle est également rejetée par Essobè Mbangamoh, secrétaire général de l’association Adolf Ngosso Din. Car, selon lui, la vocation première de ce mausolée est d’être ouverte au public et aux touristes avec une possibilité de le filmer et s’y filmer. L’idée d’une grille va à l’encontre de ce principe. Elle met une distance entre le personnage Ngosso Din et le public pour lequel le monument a été conçu pour servir comme lieu de mémoire, de transmission et de fusion avec les générations présentes et futures. Ceci, en guise de souvenir pour le combat mené par cet homme. « Il est préférable de laisser ce monument dans son ancienne configuration en le contournant par la clôture. C’est aussi une manière pour ses concepteurs de montrer que Adolf Ngosso Din n’était pas un homme comme les autres qui reposent en ce lui. C’est un homme à part. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce monument est le plus élevé de ce cimetière  », déclare-t-il sur un ton d’indignation.

Une image du chantier en cours.

Rencontré sur les lieux, l’entrepreneur et maître d’œuvre qui coordonne et supervise les travaux  de cette clôture, conscient des remarques faites par les différents protestataires,  dit être ouvert à toutes propositions. Il est prêt d’y apporter toute modification souhaitée. Avec des améliorations si possible. Néanmoins, il rappelle que cela va faire l’objet d’un avenant parce que le budget était déjà arrêté. Un message à l’endroit de la mairie de la ville et son dirigeant Roger Mbassa Ndinè, le maître d’ouvrage. Même si il est à féliciter pour le travail de réhabilitation de nos cimetières, il est  tenu à respecter le plan conçu par les initiateurs de ce monument. Par conséquent à intégrer ce nouveau paramètre.

Conçu et construit dans les années 80 par l’architecte Freddy Douala pour servir de repère et de mémoire pour les générations présentes et futures, le cénotaphe  Ngosso Din est un monument historique dédié à Adolf Ngosso Din, secrétaire et compagnon de lutte de Rudofl Douala Bell. Exécuté par pendaison par les autorités coloniales allemandes le 8 août 1914. Contrairement à son compagnon de lutte, son corps ne sera pas remis à sa famille par les autorités allemandes jusqu’à ce jour pour inhumation. Une douleur encore persistante dans le cœur de ses proches. D’où l’érection de ce monument pour restaurer sa dignité bafouée par le colon. Il est honoré comme une figure du nationalisme camerounais.

Félix Epée

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