Quand vous descendez au Mboa, il faut adopter les codes du prestige : louer une voiture rutilante, s’installer dans un appartement meublé d’un quartier huppé, garder ses distances avec ses proches et ses anciens amis, parler peu, afficher une mine occupée. Alors, sans effort, le respect viendra. Les regards changeront, les portes s’ouvriront, et ceux qui hier vous ignoraient vous salueront désormais avec déférence.
Mais attention : ce respect est souvent un masque. Il ne s’adresse pas à la personne, mais à l’image qu’elle projette. Car dès que vous tentez d’être simple, accessible, dès que vous cherchez à partager votre quotidien avec authenticité, vous allez “lire l’heure”. Les sourires se figent, les masques tombent, et même vos propres neveux peuvent vous manquer de respect.
Vous subirez toutes sortes de mépris : « Celui-là doit souffrir à Mbeng… Un Mbenguiste sans maison au pays, regarde comme il est habillé, il doit avoir faim… Tu es sûr qu’il n’utilise pas de faux papiers ? » Voilà le lot de ceux qui choisissent la simplicité. Et le traitement est encore plus violent pour les Mbenguistes qui rentrent au pays sans bruit, sans ostentation.
Le constat est sans appel : au Mboa, la simplicité n’est pas valorisée. L’humilité y est confondue avec faiblesse, la proximité avec banalité. Ici, le paraître est roi, et l’être relégué au second plan. On vous juge à votre carrosserie, jamais à votre moteur.
Dans ce théâtre social, mieux vaut jouer le rôle que d’en dévoiler les coulisses. Car dans le pays du paraître, l’apparence est la monnaie la plus puissante — et la plus fragile.
— Massoda-Ma-Nlep