Madame,
Depuis de nombreuses années, vous vous êtes illustrée dans l’espace public camerounais comme une voix critique, revendiquant souvent une place de choix dans les débats politiques et sociétaux. Votre liberté d’expression, que nul ne saurait vous contester, fait partie intégrante de notre démocratie.
Cependant, permettez qu’en retour, nous exercions, nous aussi, le droit légitime de vous interpeller.
Vous avez, à maintes reprises, affirmé que le président Paul Biya, en raison de son âge, n’était plus en capacité de gouverner, soutenant que l’avancement en âge altère nécessairement les facultés et devrait disqualifier toute responsabilité d’envergure nationale.
Votre discours était clair, tranchant et récurrent.
Or, voilà qu’aujourd’hui, vous semblez vous réjouir publiquement d’avoir été désignée porte-parole d’un mouvement politique controversé, et ce, à un âge avancé que vous-même jugiez naguère incompatible avec la gestion de responsabilités importantes.
Madame, permettez la question simple, logique et légitime : celui que vous accusiez hier d’être trop âgé pour assumer ses fonctions serait-il soudainement moins âgé que vous aujourd’hui ?
Et à plus de 80 ans, êtes-vous, pour votre part, subitement devenue l’incarnation de la vigueur, de la lucidité et de la fraîcheur politique que vous exigiez tant des autres ?
Cette contradiction flagrante interpelle.
Elle interroge non pas votre âge, qui n’est ni un défaut, ni une faiblesse, mais l’incohérence de vos principes, brandis selon les circonstances, selon vos alliances du moment, selon la direction du vent politique.
Le Cameroun mérite mieux que des positions à géométrie variable.
Le Cameroun mérite un débat fondé sur la cohérence, sur l’honnêteté intellectuelle, sur le respect de la vérité, même lorsqu’elle ne sert pas nos préférences personnelles.
Cette lettre n’a pas vocation à vous dénigrer.
Elle vise simplement à rappeler qu’un engagement public, surtout lorsqu’il se veut moral, exige une certaine constance. On ne peut pas décrier chez les autres ce que l’on s’empresse d’accepter pour soi-même.
En vous souhaitant, malgré nos désaccords, la sérénité et la sagesse nécessaires à toute personne qui choisit de s’adresser au peuple camerounais.
Respectueusement,
Un citoyen attaché à la cohérence et à l’intégrité du débat public.
Jacques EKEH