Cameroun/Douala V : L’activité des « sableurs » en danger.

Félix Epée
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L’arrivée d’un dragueur industriel dans la zone a bouleversé le marché de la vente du sable, mettant presque en chômage la majorité des jeunes  exerçant dans ce domaine.

Bonamoussadi, Bonangan, Mbanguè,…, principales carrières à sable dans l’arrondissement de Douala V,  les pirogues sont à quai, sans pagayeur. C’est le silence total  dans ces lieux qui grouillent d’habitude d’activités et de monde. Aucune image de camions venus se charger du sable destiné à la construction comme on en voit régulièrement.  A côté des montagnes de sable stocké, quelques  extracteurs et chargeurs assis en groupe de deux ou trois observent le jour passer autour d’une conversation amicale. « Il n’y a pas le travail », nous lance un d’eux d’un ton désespéré. La mine abattue. Implorant le ciel  pour que ce ne reste qu’un camion descende au bord  avant  la fin de la journée.

Délaisser les carrières artisanales

Cette situation,  « les sableurs » ou extracteurs artisanaux de sable, la vivent au quotidien avec l’arrivée depuis quelques temps d’un dragueur industriel à Bonamoussadi. L’engin installé du côté du quartier Denver par le concours d’une entreprise chinoise, a mis les exploitants des carrières artisanales traditionnelles dans une situation inconfortable.   Le sable est siphonné en très grande quantité du fleuve Wouri en un petit espace de temps et mis  aussitôt à la disposition des clients.  Cette célérité et disponibilité permanente du produit a poussé les éventuels acheteurs à  délaisser les carrières artisanales pour la nouvelle carrière d’extraction moderne.

Ici, carrière de Bonamoussadi, les activités sont mortes.

Comme si cela ne suffisait pas, les responsables de cette entreprise chinoise qui ont la charge de cette carrière moderne ont cassés les prix. Un camion benne de six roues de sable fin vendu officiellement 16 000fcfa dans les carrières artisanales est proposée à 12 000 fca à Denver. Celui de 10 roues  vendu normalement à 37 000 fcfa est cédé à 30 000. Une différence nette de 4 à 7000fcfa qui a séduit les acheteurs  qui sont tous désormais convergés vers Denver, la nouvelle carrière chinoise. « Le lieu est accessible et l’approvisionnement est rapide. La charge étant manuelle  dans les carrières artisanales alors  que dans la carrière moderne elle est faite avec la pelle. Par conséquent, nous fait gagner en temps», déclarent la majorité des chauffeurs.

Concurrence déloyale

Cette nouvelle donne a tué les activités des « sableurs » dans les différentes carrières artisanales de cet arrondissement mettant d’emblée au chômage tous les jeunes qui y exerçaient. Soit comme ouvriers extracteurs, chargeurs ou gestionnaire des pirogues. Une concurrence déloyale qui a poussé  ces travailleurs à saisir les chefs traditionnels de ces villages respectifs  où sont installées ces carrières de sable. L’objectif . Qu’ils s’enquièrent  de ce problème pour qu’il puisse plaider à leur faveur auprès des autorités administratives. « Nous ne voulons pas être de ces jeunes qui vont descendre dans la rue demain et être inculpés pour trouble à l’ordre public », Etienne Longo, un des extracteurs artisanaux opérant à la carrière de Bonamoussadi. « Nous voulons juste travailler et gagner normalement notre vie », renchérit-il. Pour cela, ces jeunes demandent aux autorités  de s’investir dans cette affaire pour corriger l’injustice dont ils sont victimes .

En réalité, les ouvriers extracteurs des carrières artisanales ne sont pas opposés à la concurrence mais ils voudraient que le secteur soit régulé et que les mêmes prix soient appliqués par tous. De manière à ce que les exploitants de tous les carrières sans distinction puissent s’en sortir.

L’autre but de cette démarche vers les autorités traditionnelles d’après notre interlocuteur est d’attirer  leur attention sur  le risque d’une montée de la délinquance juvénile dans ces localités au cas  où ces jeunes ouvriers extracteurs rentreraient définitivement à la maison par manque de travail. Une hypothèse à ne pas négliger. Malheureusement, il se murmure que face au succès du premier dragueur de cette entreprise chinoise, un deuxième dragueur est entrain d’être importé. Affaire à suivre.

Félix Epée.

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