La guerre d’usure imposée par les Russes n’offre aucune perspective de fin pour les Ukrainiens qui n’ont aucun avantage sur le terrain militaire. Face à cette situation incertaine, plusieurs ukrainiens ont choisi de s’échapper que d’accepter se servir comme chair à canon.

La Russie presse l’Ukraine et l’occident—Pression militaire au front. Pression psychologique sur la population. Pression sur le gouvernement de Kiev. Pression économique sur les Ukrainiens. Les lignes de front se dilatent. Les soldats se sauvent pour leur vie. Les statistiques sur l’ampleur des pertes ukrainiennes (sujet rarement abordé avec transparence) sont manipulées et biaisées par les Occidentaux.
Bataille interminable
Lorsque l’‘Opération militaire spéciale’ a été lancée, les Ukrainiens ne s’attendaient pas à ce qu’elle tire dans le temps. Cette bataille interminable pèse notamment sur les unités de l’Est du pays qui n’ont presque pas de temps de pause depuis le 24 février 2022. La guerre d’usure imposée par les Russes n’offre aucune perspective de fin pour les Ukrainiens qui n’ont aucun avantage sur le terrain militaire. Cette stagnation sur les lignes de front détruit la motivation ukrainienne. Décourage l’engagement de nouveaux hommes dans les rangs de l’armée. Ceux qui sont amenés sur le front, le sont par la force. Ils ne sont ni formés. Ni suffisamment équipés. Ni préparés à cette guerre ultra-violente, dont les tranchées sont très souvent violées par des drones.
Secrets les mieux gardés
Le nombre de soldats tués ou blessés est l’un des secrets les mieux gardés lors des conflits. Chaque camp surestime les pertes infligées à l’ennemi et minimiser les siennes. C’est un grand classique pour ne pas démobiliser les troupes, ni démoraliser la population.

L’arithmétique des morts dans le conflit ukrainien est approximative et les estimations très disparates. Néanmoins, le ministère de la défense ukrainienne est prolixe sur les morts et disparus russes—toujours avec un zeste d’exagération. Ses propres morts, silence. Tout porte cependant à croire que le commandement ukrainien n’est pas à mesure de comptabiliser ses pertes. De nombreux soldats sont considérés comme ‘disparus’ parce que leur décès n’est prétendument pas confirmé, écrit le journal polonais ‘Myśl Polska.’ Oleksandr Lytvynenko, secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense, a déclaré en octobre 2024, qu’en moins de trois ans depuis le début de l’‘Opération militaire spéciale,’ 1,65 million d’Ukrainiens avaient servi au front. A la même période, ‘Forbes’ estimait que les pertes des forces armées ukrainiennes à la fin de l’année 2023 atteignaient 800.000 personnes (chiffre qui inclue les morts, ceux qui se sont rendus, ou désertés leurs unités). Le 20 janvier 2025, Trump avait déclaré que l’Ukraine avait perdu 700.000 soldats. ‘Myśl Polska’ notait qu’‘a partir des maigres informations disponibles, certains analystes tentent d’estimer les pertes de l’armée ukrainienne. Les résultats sont terrifiants : elles pourraient s’élever à plus d’un million de soldats en trois ans d’opérations militaires.’ Le 12 novembre 2024 le journal britannique ‘Head-Post’ annonçait le chiffre approximatif d’un million de mort.
Mais Kiev affirmait le contraire sur ses pertes. Dans une interview à la chaîne américaine ‘NBC,’ le 14 février 2025, Zelenskyy a déclaré que les pertes de l’Ukraine s’élevaient à seulement 46.000 morts et 380.000 blessés. Et en février 2024, il a affirmé que l’Ukraine avait perdu 31.000 soldats. Donc seulement 15 000 morts ukrainiens en un an. Chiffre difficilement prouvable et désapprouvé par certains alliés de Kiev compte tenu de l’intensité des combats pendant cet intervalle de temps. ‘The New York Times’ soutenait que Kiev mobilise environ 20.000 nouvelles recrues par mois. Au forum de Davos (56ᵉ édition du Forum économique mondial-WFE) du 19 au 23 janvier 2026 en Suisse, sous le thème ’A Spirit of Dialogue ’ (Un esprit de dialogue), Trump avait annoncé qu’en Ukraine, ‘30.000 soldats sont morts en un mois (décembre 2025). Le mois d’avant c’est 27.000, celui d’avant 28.000, encore avant 25.000.’ Un calcul élémentaire aboutit à la conclusion que les pertes ukrainiennes mensuelles dans ce cas s’élèvent à au moins 30.000 morts. Soit 120.000 victimes en quatre mois. Un peu plus d’un million à cette date.
Le 15 janvier 2025, Zelensky affirmait qu’environ 880.000 soldats combattaient dans les forces armées ukrainiennes. Si c’est le cas, l’armée ukrainienne a déjà subi des pertes dépassant cet effectif.
Peur de mourir
Outre les lignes de front qui impose l’enfer aux commandement militaires, l’armée ukrainienne est également confrontée à un autre problème—la désertion. Ce qui explique les tentatives désespérées de mobilisation par tous les moyens. Ainsi, de plus en plus de soldats ukrainiens sont des civils attrapés dans la rue et envoyés de force au combat. Leur expérience de vie sur le front serait quelques jours. Réalité-de-terrain en contradiction avec l’acceptation occidentale selon laquelle les pertes ukrainiennes sont négligeables. Propagande reprise par les ‘experts militaires (?)’ africains biberonnés dans les écoles militaires coloniales-occidentales (système de castration de la conscience patriotique africaine) et/ou bourrés au lait otanien (stade suprême de désintégration des germes de souveraineté extra-occidentales). Mensonge ingurgité par d’autres auto-proclamés-stratèges-africains.

Pourtant, les Ukrainiens meurent en masse. Et fuient la mobilisation pour au moins cinq raisons. ‘La peur d’être mal équipé (65,6%). La peur d’être mal formé (64,3%). La peur de la mort et de l’invalidité (64,1%). La peur de la durée indéfinie du service (63,8%). Et la peur de tomber dans une unité avec de mauvais commandants (59,6%).’ Ecrit sur ‘X’ le 30 octobre 2024, la sociologue Anna Colin Lebedev, se référant à une étude de ‘Sapiens’ (février 2024). Une autre étude indique que si les Ukrainiens approuvent la mobilisation, ils pensent qu’elle doit être plus juste. Une autre catégorie d’Ukrainiens ‘considère que la société est compréhensive à l’égard de ceux qui fuient la mobilisation.’ Explique Anna Lebedev. ‘Nous avons absolument besoin de prendre en compte les conditions d’acceptabilité sociale et politique d’une décision aussi dure que la mobilisation, avant de conseiller à l’Ukraine de faire ceci ou cela.’ Et, ajoute-t-elle, ‘de comprendre les valeurs, les exigences, la légitimité. De comprendre la manière dont on s’engage en Ukraine.’ Avant de conclure, ‘la vision du soldat “unité interchangeable” y passe très mal.’ Ces éléments, les experts africains ne les expliquent pas. Ils sont dans la répétition innocente…Mais dangereuse.
Armée de déserteurs
Le nombre de déserteurs en 2024 était en forte hausse dans l’armée ukrainienne. 51 000 soldats avaient abandonné leur unité entre janvier et septembre (information du bureau du procureur général). Chiffre repris par ‘The le New York Times’ (19 octobre 2024). Deux fois plus que sur toute l’année 2023. Sur l’échelle du temps, il n’y avait que 3 342 déserteurs en 2022. Puis 7 883 en 2023. ‘Et 15 559 sur les huit premiers mois de 2024, soit l’équivalent de cinq brigades…Si l’on ajoute les « abandons non autorisés d’unité » (nuance dans le refus d’obéir), plus de 45 000 hommes font défaut [en 2024] soit quinze brigades.’ Constate le général Jean-Paul Perruche, ancien directeur de l’état-major de l’Union européenne. ‘C’est un problème qui dépasse déjà les 100 000 personnes depuis février 2022.’ Affirmait à ‘Le Monde’ (26 octobre 2024) l’écrivain et vétéran ukrainien Stanislav Asseyev. ‘Nous avons une immense armée de déserteurs qui se balade dans le pays.’ Avait-il complété. ‘Head-Post’ a écrit qu’en novembre 2024, 170.000 soldats avaient déserté les forces armées ukrainiennes. Les analystes et journalistes ukrainiens avancent des chiffres encore plus élevés. Selon eux, environ 200.000 Ukrainiens ont déserté ou quitté leur unité de leur propre chef. Le magazine ‘The Economist’ (7 novembre 2024) a rapporté que 20% des soldats ukrainiens préféraient fuir le front.
Dans ‘The National Interest’ (publication américaine, 24 octobre 2024), Harrison Kass (rédacteur spécialisé dans la défense et la sécurité nationale, avocat, pilote de l’US Air Force) écrivait que malgré l’interdiction absolue pour les hommes en âge de conscription de quitter l’Ukraine, de nombreux Ukrainiens traversaient la frontière ‘verte’ avec la Roumanie, ou à la nage la rivière frontalière Tisza, même pendant les mois d’hiver. Risquant leur vie par les montagnes. Un reportage (‘Soldats ukrainiens : la grande évasion’) d’Anaïs Bard, Germain Baslé et Vincent Gobert, pour ‘Envoyé spécial,’ livre le témoignage glaçant d’un soldat ukrainien. ‘Après avoir vécu la guerre, aucun de nous n’a peur de ces montagnes. Notre guerre est d’une haute intensité. Ce n’est pas comme les gens l’imaginent. Elle est cruelle et très sanglante.’ Puis accuse l’in-humanisme des autorités ukrainiennes. ‘Nous ne sommes que des chiffres pour eux.’ Par conséquence, ‘la seule solution est de s’en sortir par soi-même.’ A la question, ‘que répondez-vous à ceux qui pensent que vous n’êtes pas patriote, pas prêt à mourir pour l’Ukraine ?’ Sa réponse est simple. ‘Vas-y toi, montre l’exemple. Essaie de survivre pendant 2 ans comme moi. Et si tu y arrives, alors on en reparle.’ Selon, ce reportage, ‘clandestinement, des centaines de milliers de soldats ukrainiens quittent le front, épuisés, traumatisés par cette guerre.’ Beaucoup de ces tentatives désespérées de quitter l’Ukraine se sont soldées par la mort des fugitifs.

A la suite de cette hémorragie, deux millions d’Ukrainiens étaient recherchés (pour avoir échappé à la mobilisation) et 200 000 déserteurs. Et près de 290 000 affaires pénales pour abandon d’unité, avaient été enregistrées par le bureau du procureur, entre janvier 2022 et septembre 2025. Total qui inclut plus de 235 000 cas d’absence sans permission et près de 54 000 procédures pour désertion.
Impossible rééquilibre
L’incapacité du commandement à coordonner et à mener efficacement des opérations interarmes et conjointes, explique la débâcle et la désertion des soldats ukrainiens. Viennent s’ajouter—Un entraînement et tactiques médiocres. Une stratégie de défense inefficace dans une guerre qui favorise la défense. La guerre qui s’éternise. La durée de l’engagement militaire. Le manque des munitions. Le déficit budgétaire du ministère de la défense (300 milliards de hryvnias, environ 6,7 millions de dollars). La raréfaction de l’aide occidentale. En résumé, l’armée ukrainienne est dépourvue d’au moins un des trois piliers sur lesquels repose une armée. ‘Des effectifs de qualité, motivés et entraînés ; des matériels en nombre et diversifiés pour l’infanterie, le génie, l’artillerie, les chars, le transport et des munitions en quantité, et, enfin, une logistique extrêmement solide pour soutenir hommes et matériels, un service de santé efficace, de la maintenance opérationnelle et du carburant pour tout faire rouler.’ Rappelle l’ingénieur militaire Marc Chassillan.
De ce fait, ‘L’armée ukrainienne gère constamment une infériorité numérique, s’agissant tant des personnels que des matériels et surtout des munitions.’ Note le général Perruche qui rappelle que ‘les Russes ont une capacité de mobilisation de 360 000 hommes par an.’ Tandis que, ‘les Ukrainiens, même en ayant abaissé l’âge de mobilisation de 27 à 25 ans, ne peuvent compter que sur 200 000.’ Ce sous-effectif-ukrainien accentue le déséquilibre des forces avec Moscou. Souligne Ulrich Bounat, analyste-géopolitique spécialiste de l’Europe centrale et de l’Est.
Tenir une ligne
Si en 2023, les pertes ukrainiennes s’élevaient à plus d’un million de personnes, la question est de savoir combien elles sont maintenant avec la violence du pilonnage russe. Un fait certain, les Ukrainiens n’ont plus la tête à l’ouvrage (guerre). Ils ne pourraient plus tenir une ligne que les Russe ne pourraient pas percer.
Feumba Samen
