Sommet en Alaska: Sanctions passées sous silence. Les principaux résultats .

Félix Epée
29 Views
9 Min en Lecture

Malgré les relations historiquement grincheuses entre les Etats-Unis et la Russie, la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine a été la plus courue et médiatisée du monde. Elle a par ailleurs montré sous le regard de tous que la Russie reste et demeure incontournable sur l’échiquier politique mondial.

Alaska. Anchorage. Putin. Trump. La première rencontre entre les présidents russe Vladimir Poutine et américain Donald Trump en huit ans fut à la fois un véritable spectacle. Un jeu géostratégique. Une non-répartition des cartes. Tout cela avec un angle moral. Une exclusion de l’Europe et une mise à l’écart de l’Ukraine.

Arrivée cinématographique

‘Air Force One’ et l’‘IL-96’ de Poutine ont touché l’Alaska à quelques minutes d’intervalle. Tous encadrés par un dispositif de sécurité renforcé. L’hôte (Donald Trump) a été le premier à sortir. Viens le moment Poutine. L’‘IL-96’ se gare sur le tarmac de l’aéroport d’Anchorage. Dans son style habituel, le dirigeant russe descend. Trump, qui a déroulé le tapis rouge à son homologue russe, l’applaudit à plusieurs reprises pendant que ce dernier se dirige vers lui. Chaleureuse poignée de main historique. La première depuis près de dix ans entre les deux leaders qui s’entendent ‘plutôt’ bien malgré les relations historiquement grincheuses entre les Etats-Unis et la Russie. Pas de micros ni de caméras pour capter les propos échangés. Mais le ton est donné.

Rebondissement inattendu   

Au-dessus de leurs têtes, un bombardier furtif B-2 (qui avait largué des bombes anti-bunker–sans effet–sur l’Iran lors de la guerre de douze jours) vrombit. Pour certains, ce passage du B-2 en tête de quatre F-35, est un honneur cérémonial pour le président Poutine. Pour d’autres, une démonstration de force voilée. Cette seconde interprétation est très vite évacuée par la suite de la rencontre.

Emotions à Bruxelles et à Kiev

Vient ensuite la photo que le monde attendait. Poutine et Trump côte à côte. Se serrant la main. Souriant. Une photo qui n’a pas manqué pas de susciter de vives émotions à Bruxelles et à Kiev. La journée n’est pas sans surprises. Dans une rupture de protocole rarement vue, Trump invite Poutine à le rejoindre dans la Cadillac présidentielle américaine, surnommée ‘The Beast’ (La bête). Cette voiture blindée et ultrasécurisée est une véritable forteresse sur roues. Personne d’autre n’est normalement autorisé à monter à bord. Mais Trump tord le protocole et viole les règles qui régissent ‘The Beast.’ C’est dire tout le privilège dont a bénéficié l’ancien officier du KGB en Alaska, mais aussi le respect que lui voue le maître de la Maison Blanche. Lire aussi sur le même sujet: https://mibiamaafrica.com/russie-jour-de-la-victoire-coup-de-pied-de-poutine-a-la-gueule-de-loccident/

Les deux dirigeants assis côte à côte, partagent mots et rires. Un aparté d’environ 30 minutes sans interprètes, avant de rejoindre le reste de leurs délégations respectives sur la base militaire d’Elmendorf-Richardson. ‘Un format assez inhabituel dans ce genre de sommet.’ Note Le New York Times.  ‘Un nouveau protocole que Trump inaugure, peut-être.’ Observe pour sa part ‘Times of India.’

Salle de presse

Chaos. Flashs d’appareils photo. Journalistes excités. Chaque reporter veut capter un bout de ce moment historique entre les deux dirigeants. Ils se crient dessus. Une question posée à tue-tête sur la fin de la guerre déchire la salle. Poutine reste calme. Sa réponse est un murmure discret enveloppé d’un sourire effacé.

Plongée dans l’histoire

A la conférence de presse conjointe, Trump brise une fois encore le protocole. Contrairement aux usages diplomatiques. Le président Poutine a lancé la conférence de presse en prenant la parole avant le dirigeant hôte. Dès les premières minutes, il contrôle le narratif. Fait une plongée dans l’histoire. Ce que les chefs d’Etat dans le monde ne savent pas faire. Plus par ignorance et inculture que par choix. Il qualifie l’Amérique de ‘voisin proche’ et non de rival. Invoquant l’écart de 4 km entre les détroits et les liens séculaires de la période russo-américaine, il déclare. ‘Nos pays sont divisés par des océans, en fait nous sommes de proches voisins. Lorsque je suis descendu de l’avion, j’ai dit : ‘Bonjour mon voisin, je suis si heureux de te voir en bonne santé et en vie.’ En fait, il y a deux iles entre nous l’ile russe et l’ile américaine. Poursuivant son voyage dans l’histoire, il parle de l’Eglise orthodoxe en Alaska, des routes aériennes, du monument aux pilotes soviétiques et américains tombés au combat. Un rappel subtil que les Etats Unis et la Russie ont déjà été des alliés et pourraient le devenir à nouveau selon ses conditions.

Même dans le regard entre les deux hommes, le duel est perceptible.

Kiev et l’UE avertis

Les deux dirigeants ont qualifié leurs discussions de ‘constructives’ et de ‘positives.’ Vladimir Poutine a ajouté qu’elles étaient ‘utiles’ et ‘substantielles.’ Un choix judicieux des mots qui met l’accent sur le partenariat et non sur la soumission ou les rivalités. Bien qu’aucun accord crucial sur un cessez-le-feu en Ukraine n’ait été trouvé, Poutine a mentionné qu’une ‘voie a été tracée en vue d’une paix en Ukraine.’ En plus, il a précisé qu’il ‘souhaitait sincèrement’ mettre fin à ce conflit ‘tragique.’ De son côté, Trump a déclaré, ‘nous nous sommes mis d’accord sur de nombreux points.’ Ajoutant que des ‘progrès considérables’ avaient été réalisés lors d’une ‘réunion extrêmement productive. Lire aussi:https://mibiamaafrica.com/ukraine-russie-poutine-detruit-lotan-en-faisant-le-business-des-armes/

Pour la paix recherchée, le président russe a mis en garde Kiev et les Européens contre toute tentative de ‘sabotage’ des négociations. Il espère ‘qu’ils n’essaieront pas de créer des obstacles ou de créer des provocations et de saper les progrès réalisés’ en Alaska. Son avertissement à Kiev et à l’Europe contre les provocations est un message sans concession. ‘La paix ne sera obtenue qu’aux conditions de Moscou.’ En d’autres termes, la guerre ne s’achèverait pas pour une séance photo avec Trump.

Business sur l’Ukraine

Comparant le leadership de Trump à celui de Joe Biden, Poutine a loué les relations de confiance du premier. Il a rappelé comment ses avertissements à Biden pour éviter la guerre n’ont pas été entendus. ‘En 2022, lors de mes derniers contacts avec l’administration précédente, j’ai essayé de convaincre mon ancien homologue américain, le président Biden, que nous n’avions pas besoin d’évoluer vers une situation qui pourrait conduire à une confrontation militaire. Je lui ai dit que ‘‘ce serait une erreur critique.’’ Et maintenant, le président Trump dit que s’‘‘il était président, il n’y aurait pas de guerre’’ et je crois personnellement que c’est le cas.’  Il a précisé que ‘les dernières années avaient été le point le plus bas depuis la guerre froide.’ Il apparaît donc comme la mesure corrective des relations géopolitiques tendues et agressives.

En Alaska, le président Poutine a presque tourné la page Ukraine. Il a déplacé le curseur sur le commerce entre les Etats Unis et la Russie, en hausse de 20% sous Trump. Il songe désormais au Business du futur et non aux bruits de bottes.

Réinitialisation des relations américano-russes

Le sommet de l’Alaska s’est terminé sans cessez-le -feu et sans concession. Mais pour Poutine, cela s’est terminé par quelque chose de plus précieux. L’image d’un dirigeant russe confiant sur le sol américain, dictant la mesure. Un acteur dominant dans l’équation américaine en Europe.

En clair, le président russe n’a pas seulement assisté au ‘Sommet Alaska 2025.’ Il l’a saisi et apprivoisé. Du sommet, il est reparti avec l’image de l’homme qui a piloté la réinitialisation des relations américano-russes.

Feumba Samen

Partager Cet Article
Aucun commentaire