Russie/Jour de la Victoire : Coup de pied de Poutine à la gueule de l’occident.

Félix Epée
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Malgré les injonctions et ultimatums occidentaux, plusieurs chefs d’Etat d’Europe et du monde se sont rendus à Moscou pour célébrer  la victoire de la Russie sur le nazisme. Battant ainsi en brèche les menaces et contournant tous obstacles érigés pour les en dissuader.

Kremlin avait promis des cérémonies grandioses d’une ampleur inédite pour marquer ce 9 mai 2025, pour les célébrations marquant les 80 ans du ‘Jour de la Grande Victoire’ de l’Armée Rouge sur le fascisme. Chose promise, chose due.  Une trentaine de dirigeants étrangers. Treize détachements des pays étrangers ont défilé aux côtés des troupes russes sur la Place rouge. Les menaces de Volodymyr Zelenskyy, une tempête dans un verre d’eau.

4 milliards de terriers en Russie

Rues de la capitale russe pavoisées aux couleurs nationales. Commerces et restaurants placardés des affiches appelant à ‘se souvenir’ de la victoire de 1945 et à se montrer ‘fiers.’ Immenses affiches et banderoles installées dans Moscou font un rapprochement non-dit entre la victoire sur l’Allemagne nazie en 1945 et la défaite que l’armée russe est en train d’infliger à l’Ukraine à la suite de l’‘Opération Militaire Spéciale’ lancée le 24 février 2022. Sur ce décor, tous les continents ont commémoré la défaite du nazisme ressuscité par les occidentaux.

A Russian T-90M tank (front) and other military vehicles drive along the Garden Ring road towards the Red Square for a rehearsal of the Victory Day military parade, in central Moscow on May 4, 2022. – Russia will celebrate the 77th anniversary of the 1945 victory over Nazi Germany on May 9. (Photo by Kirill KUDRYAVTSEV / AFP)

L’Afrique est aux côtés de la Russie par le Burkina Faso, le Zimbabwe, le Congo-Brazza, l’Ethiopie, la Guinée équatoriale, et l’Egypte. Le Moyen-Orient est représenté par la Palestine. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, le Vénézuélien Nicola Maduro, et le Cubain Miguel Diaz-Canel, portent le drapeau de l’Amérique latine. L’Asie répond à l’appel par la Chine, la Corée du Nord, le Vietnam, le Laos, la Mongolie, la Birmanie.

En somme, près de 2 milliards 500 millions de personnes sont représentées par leurs dirigeants à Moscou pour commémorer la chute du nazisme en 1945. Le Premier ministre indien Narendra Modi qui était attendu a annulé son déplacement en raison de l’escalade avec le Pakistan. L’Inde, c’est plus d’1 milliard 400 millions d’habitants. Ce qui porte la démographie du bloc-allié à Moscou à près de 4 milliards d’âmes contre 777 millions de bruitistes du G7.

Isolement relatif                                          

Pour l’isolement de Poutine (4 milliards de terriers) à l’échelle de la planète, c’est un peu comme son cancer (quinze fois proclamée), sa maladie de parkinsons, ses démences, et maladies incurables en tout genre, ou le décès du président Paul Biya (vingt fois annoncée) —une propagande-mensongère-et-indécente de leurs détracteurs. Dans la foulée, ils ont, selon leurs critères, décrété Milorad Dodik, président des Serbes de Bosnie, ‘Wanted.’ Un recherché par la justice bosnienne à qui il faudrait interdire tout voyage. Surtout celui de Moscou. Il n’est pas le seul sur leur liste des bannis. Le Vénézuélien Nicolas Maduro, le Cubain Miguel Diaz-Canel ou le président du Bélarus, Alexandre Loukachenko, sont selon leurs critères sous sanctions américaines et/ou européennes, et indexés ennemis(?) de la planète d’après l’occident.

Ces dirigeants occidentaux aveuglés par leur ego surdimensionné, leur faiblesse en histoire et en géostratégie, leur complexe de supériorité et leur arrogance, ont fissuré le bloc-européen anti-Poutine. En dépit des intimidations de Bruxelles, les présidents Bélarusse, azerbaïdjanais, le Premier ministre arménien, et les autres, ont répondu présent à l’invitation du président Poutine. La Géorgie, l’Abkhazie, et l’Ossétie du Sud se sont aussi alignés derrière le président russe pour cette cérémonie du 80e anniversaire de la ‘Grande Victoire.’  Le président serbe et le Premier ministre Slovaque, sont parmi les amis du monde libre à Moscou, le symbole de la détermination, du courage, et de la non-marchandisation de l’indépendance de leur pays.

Plus de temps que Churchill, Roosevelt et Staline avant Yalta

Caricaturant les épreuves qu’il a dominé avant d’arriver à Moscou, le président serbe Aleksandar Vučić, s’est référé à l’histoire. ‘Je pense qu’il m’a fallu plus de temps pour arriver ici aujourd’hui que Churchill, Roosevelt et Staline avant Yalta. Mais ainsi va le monde.’ Se réjouissant de l’autonomie de la Serbie, il déclare. ‘Je suis fier que la Serbie prenne ses propres décisions en toute indépendance. Je suis fier de la lutte antifasciste du peuple serbe et des citoyens serbes en général.’ Contre les révisionnistes occidentaux, il a ces mots. ‘Nous ne devons jamais l’oublier et nous ne devons jamais permettre que l’histoire soit révisée.’

Le président Vučić complète ces propos tenus à sa descente d’avion, par un commentaire sur son compte Instagram. ‘Fier de la lutte antifasciste de mon peuple serbe et reconnaissant de l’aide précieuse que nous a apportée l’Armée rouge lors de la libération de la Serbie (pendant la Seconde Guerre mondiale).’ Pas ingrat comme les Français vis-à-vis des Africains.

Nonobstant les injonctions et ultimatum occidentaux, les critiques sur le non-respect par ce pays des Balkans de la politique étrangère de l’Union Européenne, et l’adoption par les dictateurs du Parlement européen d’une résolution sur l’intégration européenne de la Serbie, le président Vučić s’est néanmoins rendu à Moscou. La Lettonie lui ayant interdit le survol de son territoire, il a dû modifier son itinéraire—passant par la Turquie et l’Azerbaïdjan, où son avion a attendu à Bakou l’autorisation de poursuivre son voyage.

Décision ‘basée sur la vérité historique’

La Pologne et la Lituanie refusent aussi leur espace aérien au Premier ministre slovaque, Robert Fico. L’Estonie fait pareil. Son ministre des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, se justifie dans de propos d’une bassesse morale et historique sans commune mesure. ‘L’Estonie n’a pas l’intention de soutenir cet événement [Grande Victoire] de quelque manière que ce soit.’  L’increvable Robert Fico replanifie sa route vers le sud et plus longue. Il survole la Hongrie, la Roumanie, la mer Noire et la Géorgie. Et inflige une déculottée au bonapartisme occidental.

Le Premier ministre slovaque ne cache pas son hostilité au soutien européen à l’Ukraine en guerre pour l’OTAN. Ses critiques décapent le mensonge occidental, et ruine le petit capital de confiance qui restait encore à Kaja Kallas, Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. Le 14 avril 2025, elle annonce que toute participation au défilé du 9 mai à Moscou ‘ne sera pas prise à la légère du côté européen.’ En réponse à cette stupidité, Fico instruit les despotes de Bruxelles qu’il n’oserait pas critiquer un pays sur une décision ‘basée sur la vérité historique.’

Puis, il enfouit Kallas. ‘La Slovaquie est un pays souverain, nous avons notre mémoire historique, nous avons notre expérience historique. La Commissaire européenne, qui n’est qu’un membre de la Commission, ne peut pas me dire ce que je dois ou ne dois pas faire.’ Il ne comprend pas la réaction occidentale qui prône les vertus de la liberté tout en les tuant. Alors qu’il voulait simplement ‘déposer une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu à Moscou’ et se joindre ‘dans la journée au Régiment des Immortels, qui est un défilé où des millions de personnes marchent avec des photos de leurs proches morts pendant la Seconde Guerre mondiale.’ 

Européens ‘au plus haut degré de malhonnêteté et de cynisme,’

Mais Robert Fico n’est pas homme à baisser la culotte. ‘C’est ma position historique. Rien ne la changera.’ Il assène et conclut. ‘Je suis trop attaché à la souveraineté et je fais de la politique depuis trop longtemps pour qu’on me dise ce que je dois ou ne dois pas faire.’  

Valentina Matvienko, présidente du Sénat russe enfonce le clou. L’UE est arrivée ‘au plus haut degré de malhonnêteté et de cynisme’ lorsqu’elle interdit aux dirigeants européens d’assister à la célébration du ‘Jour de la Victoire’ à Moscou. Cette décision est une ‘insulte à la mémoire des millions de personnes qui ont sacrifié leur vie pour libérer l’Europe et le monde de la peste nazie.’ Déplore-t-elle. Le refus de la Lituanie et de la Lettonie d’autoriser l’avion transportant le président serbe Aleksandar Vučić à survoler leur espace aérien représente ‘un autre cas flagrant.’  Regrette Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Russie.

Désunis dans l’union

Si la plupart des pays occidentaux célèbrent le ‘Jour de la Victoire’ le 8 mai, d’autres ont une date en fonction d’un fait qui les caractérise. L’Allemagne, du fait de sa responsabilité dans la Seconde Guerre mondiale et parce qu’elle a été divisée en Est-Ouest durant 40 ans, ne célèbre pas formellement la capitulation du régime nazi. En Italie, la ‘Fête de la Libération’ (Festa Della Liberazione) c’est le 25 avril, en rappel d’une offensive de la Résistance mettant fin en 1945 à l’occupation nazie dans plusieurs villes du nord du pays (Milan, Turin et Gênes). Pour le Danemark et les Pays-Bas, le ‘Jour de Libération’ c’est le 5 mai (ni chômé ni férié), date des pourparlers de la capitulation allemande. En Autriche, cet évènement—appelé ‘Fête de la Joie’ (Fest der Freude)—organisé par le comité mémoriel Mauthausen (ancien camp de concentration), suscite des controverses. Répondant à une logique de réconciliation, le 8 mai n’est plus un jour férié depuis 1983 en Belgique. Le Parlement de la région de Bruxelles-capitale a demandé que cette date devienne férié-payé, ‘et que lors d’un tel jour férié les valeurs démocratiques sur lesquelles sont bâtis le pays et la Région bruxelloise soient mises en valeur.’

Après l’abrogation par le Parlement polonais du décret soviétique datant de l’après-guerre qui immortalisait la victoire sur le nazisme le 9 mai, la Pologne par une nouvelle loi célèbre cet évènement le 8 mai, depuis le 24 avril 2015. Cependant, la Slovénie et la Biélorussie, ont conservé le 9 mai. 

Outre cette disparité, les 80 ans de la capitulation de l’Allemagne nazie ont été une catastrophe en Europe. Au Royaume-Uni, défilés militaires, parade d’avions modernes et d’époque, fête sur le HMS Belfast (principal navire britannique de la Seconde Guerre mondiale), et lecture d’extraits du discours de Winston Churchill ont sonné faux. La réception au palais de Buckingham, fade. La cérémonie du souvenir à l’abbaye de Westminster, froid. Le concert sur la place de Horse Guards Parade, ennuyeux. Et les 30.000 coquelicots en céramique, déployés dans les douves de la Tour de Londres, n’ont pas ému.

RUSSIA-MOSCOW-GREAT PATRIOTIC WAR-VICTORY-80TH ANNIVERSARY-PARADE-REHEARSAL

En Allemagne, c’est le service minimum. Discours du président Frank-Walter Steinmeier. Témoignages d’époque lus par des jeunes. Petite célébration dans l’église du Souvenir de l’Empereur Guillaume. Commémorations en présence des dignitaires occidentaux, sauf les ambassadeurs russes et bélarusses, exclus. La diplomatie allemande se justifie. Elle reconnaît que le rôle de l’Armée rouge ‘dans la libération de l’Allemagne est évidemment très important et doit être maintenu en haute estime.’ Hypocrite, elle insinue que la Russie pourrait s’en servir pour ‘instrumentaliser’ et ‘justifier sa guerre d’agression contre l’Ukraine.’ Tordre l’Histoire est une spécialité européenne.

Macron en solitaire sur les Champs-Elysées

Le Troisième Reich s’est effondré le 2 mai 1945 à la suite de la victoire soviétique sur les troupes allemandes à Berlin. L’acte de capitulation est signé les 8-9 mai. Les Etats-Unis, la France et l’Angleterre se greffent à l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) vainqueure, pour la signature historique.

En France, le 8 mai devient un jour férié en 1953. Supprimé en 1959, il est rétabli en 1968. Puis abandonné en 1975 au profit du 9 mai, en souvenir du discours de Robert Schuman sur la construction européenne. Le 8 mai est rerétabli jour férié en 1981. Ce 8 mai 2025, ‘Macron a monopolisé les Champs-Elysées déserts et s’acclame tout seul avec un petit coucou au peuple fantôme.’ Ecrit ‘La Nouvelle France.’ Florian Philippot s’est aussi moqué du président Macron. Sur ‘X,’ il écrit. ‘Macron, qui se promène seul sur les Champs-Elysées, félicitant ses amis imaginaires ! Cet homme est nul !’

Pendant ce temps, sur la ‘Place Rouge,’ à Moscou, Vladimir Poutine, des grands dirigeants du monde, et les vétérans, suivent une parade de plus de 11 500 soldats, dont 1 500 ayant combattu en Ukraine. Drones, missiles intercontinentaux (Yars, Iskander), chars T-90, et des armes utilisées pour dénazifier l’Ukraine et par extension l’OTAN, sont exposés entre le musée historique d’Etat de Moscou et la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux. Le Premier ministre israélien, Netanyahu bien qu’absent félicite le président Poutine pour ‘la contribution décisive de l’Armée rouge à la victoire sur les Nazis.’

Feumba Samen

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