Il est difficile pour deux personnes qui ont eu des attaches profondes de célébrer l’un ou l’autre. Car, une relation fusionnelle est très souvent un frein à la libre expression dans certaines circonstances. Néanmoins, les mots crachés par cette plume viennent du cœur de ton ami et frère. Ce ne sont pas des mots ou des expressions dictés par l’émotion. C’est le cœur qui est mis à l’épreuve. Les lignes qui s’enchaînent sont sans filtre. Sans calcul. Sans construction spécifique. C’est le brut du cœur.
Dernière rencontre
La dernière fois que nous nous sommes vus, tu te tenais droit. Le regard ferme. La voix calme. Tu ne portais pas l’uniforme. Tout comme tu ne portais pas seulement un uniforme. Tu portais une promesse. La promesse de protéger. De servir. De faire rempart entre le danger et la nation.
Ce jour-là, sur notre table, l’arôme du noir et le parfum du thé s’entremêlaient et fusionnaient dans l’air alentour. D’un sujet à l’autre, nous ne savions pas que ta dernière mission était proche. Mais tu savais…comme toujours…que tu étais prêt à affronter tout ce qui pourrait survenir—car tel était ton être.

Comme d’habitude, dès que nous avons vidé les questions essentielles, les sujets que nous avons examinés ne suivaient pas un ordre chronologique. C’était la phase des discussions en accordéons. Géopolitique. Géostratégie. Relations économiques internationales. Contextualisation de l’Education. Restructuration du système de santé. IA. Développement scientifique et technique (technologique)….
Au détour de notre causerie, tu as dit plein d’admiration, ‘le président Paul Biya, le grand-père, notre doyen, c’est la patience stratégique. La révolution silencieuse. Il devrait être enseigné dans les universités africaines, dans les écoles de stratégies et militaire.’ Epluchant ces mots, la conviction d’un frère ivoirien résidant à Montpellier, qui pense que ‘Paul Biya doit être enseigné comme un fin stratège qu’on croit hors-course,’ ouvra d’autres canaux de réflexion à notre analyse. Notre champ argumentaire s’élargit avec la déclaration d’Aminata Fofana (membre du Conseil national de la transition du Mali) qui, le 12 septembre 2022, a dit, ‘Je remercie Paul Biya, le guide président patriote. On ne peut pas oublier tous les efforts qu’il a faits. La contribution du Cameroun, c’est avec son autorisation. C’est grâce à son panafricanisme que la lutte du Mali a abouti. Donnons à César ce qui appartient à César.’ A travers l’écran de vapeur de nos boissons chaudes, une voix a conclu. ‘C’est regrettable que les Camerounais, aveuglés par le discours impérialiste, ne tirent pas profit de cette mine-de-sagesse-humaine-et-politique, qui n’arrive qu’une fois par siècle.’
Une vie d’honneur et un sacrifice
Mon ami Sadio, tu étais bien plus qu’un soldat. Tu étais un héros qui incarnait l’essence du courage, de l’honneur et du sacrifice. Tu as fait preuve d’un sens du devoir et d’une vocation à protéger et à défendre. Lorsque l’heure est venue d’affronter ceux qui sèment la peur et la destruction, tu n’as pas hésité. Tu as répondu à l’appel de la nation. Tu t’es avancé. Te tenant debout parmi les plus valeureux défenseurs de la République. Non par soif de gloire. Mais parce que tu croyais en quelque chose de plus grand que toi-même—la sécurité d’autrui. La paix de ta patrie. Et la dignité de la vie humaine.

Tu as incarné en temps de conflit, la véritable signification de la bravoure. Affrontant le danger de front. Sans la moindre hésitation. Tu as prouvé jusqu’à ton dernier soupir ce que nous nous disions. Etre un soldat exceptionnel. Un leader. Un ami des soldats et de la population. Ton engagement inébranlable envers le devoir et ta loyauté envers tes camarades, s’étendaient au-delà du Ministère, des casernes, et du champ de bataille. Ils couvraient tous ceux qui t’ont accompagné tout au long de ton parcours au service de la nation. Et enveloppaient ta famille qui s’est tenue à tes côtés avec un soutien et une fierté indéfectibles.
Guerrier intrépide
Au cœur du chaos et de la tourmente, face aux marées des ténèbres venues de la Mauritanie et de l’Algerie, tu es resté ferme, tel un fort inébranlable. Depuis l’éclosion de la révolution, et bien avant, tu as livré bataille avec une détermination calme. Ne perdant jamais de vue le sens de la mission révolutionnaire que tu portais, ni les camarades qui combattaient à tes côtés. Bien plus qu’un guerrier intrépide, dans le creuset du conflit, tu étais un phare d’espoir. Une source de force pour toutes les unités. un témoignage de l’esprit indomptable qui t’habitait. Lire aussi: https://mibiamaafrica.com/aes-le-mali-face-a-lhydre-terroriste-hybride/
Dans les moments les plus sombres pour l’histoire du Mali, tu as apporté une touche d’humanité. Ton sens de l’humour que tu distillais lors de nos rencontres, était une thérapie qui redonnaient courage, et offrait un répit face aux rigueurs de la guerre. Tes actes de bonté et d’altruisme qui ont agrémenté nos rencontres furent une source d’inspiration pour tes compagnons. L’homme derrière cette plume n’a jamais été au front avec toi, comme il avait été sur certaines lignes de front, tenant cahiers, livres, et fusil—MAS 36, (Fusil à répétition 7 mm 5 M. 36), pistolet-mitrailleur Uzi, ou avtomat Kalachnikova—en bandoulière. Tu sais pourquoi. Tu étais légaliste. Ton ami-frère, cherchait la légalité.

Ton dernier combat a été des plus héroïques. Tu as volontairement mis ta vie en péril pour protéger l’AES et l’Afrique que tu chérissais et a servi avec dévouement absolu. Ton engagement à maintenir debout les structures de base de l’AES pour la construction d’un Continent souverain, transcendait tes aspirations personnelles. Tu disais, cher frère, ‘la véritable grandeur réside dans le don de soi pour le bien d’autrui.’ Sur ce fond philosophique, tu ajoutais, ‘mourir en combattant n’est pas une défaite. Mais une victoire.’
L’héritage que tu laisses
Ton courage a laissé une marque indélébile qu’aucun ennemi ne saurait effacer. Tu as montré que la bravoure n’est pas l’absence de peur. Mais la décision d’agir en dépit d’elle. Tu as rappelé que la liberté n’est jamais gratuite. Elle se paie par le sacrifice de ceux—peu nombreux—qui acceptent de s’exposer au danger.
L’Afrique présente racontera ton histoire à ses enfants, et ils la raconteront aux leurs. Ton nom sera dit avec fierté. Leur Afrique, celle dont tu as entamé la construction, vivra de manière à honorer les valeurs pour lesquelles tu as combattu—son indépendance politique, et sa souveraineté économique.

En célébrant ton martyr qui n’est pas un jour de deuil, mais un jour de sacrifice pour la libération du Continent à partir de l’AES, il est important de se remémorer des innombrables héros qui t’ont précédé, et ceux tombés en même temps que toi, offrant leur vie avec abnégation pour protéger les acquis de la révolution. Vous servirez dorénavant de ferment à ceux qui sont encore dans la lutte pour conquérir cette souveraineté que vous avez laissé en pointillés.
Général, cher ami et frère, en ce moment que le Mali, l’AES, le Continent, te rendent leurs derniers adieux, tous trouvent du réconfort dans la certitude que ton sacrifice et celui de tes compagnons, n’ont pas été vain. Ton héritage perdurera dans le cœur de ceux qui t’ont connu. Ta mémoire à travers les âges, sera une lumière qui guide dans l’obscurité. Un rappel de la résilience de l’esprit humain.
Ta garde est terminée
Cher frère Sadio, tu ne préfaceras pas le livre dont nous en avons parlé. Nos voyages en Amérique du Nord, à l’Ile Maurice, en Namibie, au Cameroun. N’aurons plus lieu. Ton projet ‘Aide révolutionnaire au développement’ que tu prévoyais lancer à partir de Bazou, ne sortira pas de son cocon.
Cher frère-ami Camara, ton ami-frère, derrière cette plume aurait tant voulu pouvoir échanger une dernière fois avec toi. Il aurait voulu te dire à quel point il est fier toi. A quel point il est reconnaissant pour ton engagement pour une Afrique libre et unie. Mais il sait que tu aurais simplement souri pour répondre, ‘je ne faisais que mon devoir.’ C’est exactement ce que tu as toujours dit.
Cher Frère et Ami Général Sadio Camara, les héros ne meurent pas. Aucune larme ne t’accompagnera. Ta vie sera célébrée. Tes œuvres, ton courage, ta bonté, ton esprit de lion indomptable seront perpétrés. Dans dix ans les enfants étudieront à l’école ton sacrifice suprême et les valeurs pour lesquelles tu as combattu avec tant de bravoure.
Repose-toi maintenant, héros. Ta garde est terminée. Nous prenons le relais. Merci, notre héros
Feumba Samen