Cameroun/Au Tribunal : Anicet Ekanè trahi par les siens.

Félix Epée
143 Views
7 Min en Lecture

En violation des dernières volontés du défunt,  Muna Ekanè, un des fils du leader du Mouvement Africain de Nouvelle indépendance et de la Démocratie, a été désigné, organisateur des obsèques de son père par le tribunal de première de Bonanjo à Douala au détriment de la veuve Edwige Ekanè et de son parti le Manidem.

Le lundi 13 avril 2026, c’est la consternation du côté de la veuve et de la famille politique d’Anicet Ekanè, opposant politique camerounais, au  tribunal de première instance de Bonanjo à Douala.  Moukoudi, connu sous le nom de Muna Ekanè, a été désigné organisateur des obsèques de son père. Cette décision est suivie en même temps d’une interdiction à l’hôpital de remettre la dépouille à la veuve. Balayant ainsi du revers  de la main une des dispositions testamentaires du défunt qui donne à sa famille politique dont son parti le Manidem, la primauté dans l’organisation de ses obsèques.

Une décision sans précédent dans l’histoire de la juridiction au Cameroun. En effet, pour une première fois,  une veuve est privée sans motif par un tribunal  de son droit fondamental de disposer de la dépouille de son mari dont elle avait pourtant assuré le dépôt à l’hôpital. En même temps, ce  même tribunal décide d’aller contre une des volontés de son défunt époux.

Justice aux ordres

Ce jugement qui a surpris plus d’un, ne l’a pas été au niveau de  l’instance dirigeante du Manidem. Joint au téléphone, Valentin Dogmo, 1er vice-président de ce parti politique, bien que ne  comprenant pas  la décision du tribunal, déclare néanmoins ne pas être surpris. Car, depuis le décès considéré comme un assassinat de leur leader au regard des circonstances  dont il est survenu, un communiqué signé par la veuve  Edwige Ekanè et interdisant la présence ses membres du gouvernement aux obsèques de son mari, il y a, d’après Valentin Dogmo, un désir de contrôle de ces obsèques par les autorités et leur donner une orientation voulue par le pouvoir en place. « On sent une peur bleue de l’administration de voir la cérémonie funèbre d’Anicet se transformer en un grand meeting de contestation et un réquisitoire contre le pouvoir ». Et c’est pour briser l’impact que pourrait avoir ce communiqué pendant les obsèques de leur président que cette décision aurait été rendue, selon lui, par cette justice aux ordres.

Le 1er vice-président  du Manidem déclare cependant  être  stupéfié par l’attitude de Muna Ekanè et quelques maillons faibles de la famille que les autorités ont utilisés comme faire-valoir pour parvenir à leur fin.  « On dirait  les  iraniens allés s’associer aux américains et israéliens pour organiser les obsèques de leur guide suprême dont ils savent pourtant à l’origine de son assassinat », a-t-il souligné ironiquement.

Jean Baptiste Ketchateng, ex cadre du Manidem démissionnaire n’en est pas moins virulent à  l’endroit de Muna Akanè qu’il considère comme hypocrite et  traitre en choisissant, selon lui, de faire recours au tribunal Rdpc pour saisir le corps de  son père. Pour JBT, c’est une occasion pour le pouvoir donnée à Moukoudi d’organiser l’humiliation d’Anicet Ekanè. « Nous ne laisserons pas ça faire ».Lance Mariane Simon Ekanè,  sœur cadette d’Anicet Ekanè, par ailleurs militante et cadre politique chargée des affaires extérieures du Manidem.

Deuxième mort d’Anicet Ekanè

Ce  rapprochement des enfants Ekanè et quelques membres de la famille avec les autorités  s’apparente, aux yeux des militants et sympathisants du Manidem,  comme de la trahison. « Nous assistons ainsi à une deuxième mort d’Anicet Ekanè », a scandé  un des militants à l’annonce de la nouvelle de cette décision à la sortie du tribunal.

D’après Marianne Simon Ekanè, trois frères et sœurs  d’Anicet Ekanè  (Ekanè Ebenézer, Geneviève Ekanè épouse Toko Ndedi Emmanuel et  Mme Atangana née Ekanè Gertrude) sur onze encore vivants associés aux enfants du premier mariage du défunt sont à l’origine de ce désordre. Lire aussi: https://mibiamaafrica.com/cameroun-en-preparation-aux-obseques-la-famille-ekane-se-dechire/

Tout est fait, selon, Bedimo Kouoh, secrétaire à la  communication du Manidem pour saquer la mémoire de l’illustre disparu qu’est Anicet Ekanè, banaliser son combat pour les libertés mené tout au long de sa carrière politique et réduire au maximum la popularité  que pourrait avoir ses obsèques. L’intrusion et les déclarations d’Ivah Diboua, gouverneur de la région du Littoral lors de la réception de la dépouille à l’aéroport International de Douala venant de Yaoundé  pour son transfert à la morgue de l’hôpital Laquintinie sont assez illustratifs. « Le deuil d’Anicet Ekanè est un deuil  d’un citoyen ordinaire comme  tous les autres … ». Qu’est-il venu donc faire à cette cérémonie si c’était le cas. Et combien de deuils et accueils des dépouilles  des personnes ordinaires  le gouverneur  en compagnie du préfet et tout le gotha administratif a-t-il coutume d’assister ? S’interrogent  Marianne Simon Ekanè et Valentin Dogmo au cours d’un point de presse donnée par le Manidem le 14 avril dernier à Douala à cet effet.

Un scénario que n’aurait jamais accepté le président du Manidem même de son vivant. « Que penseront de nombreux jeunes et autres leaders et activistes politiques camerounais  dont Djeukam Kameni et compagnies encore en prison et qui ont été arrêtés au même moment et pour les mêmes motifs qu’Anicet ? » S’indigne Valentin Dogmo. Muna Ekanè, ses frères, ainsi que leurs oncles et tantes, estime-t-il, semblent ne pas mesurer les conséquences de leur acte.

Un faire-part venant de ces derniers sur lequel est inscrit le nom de la veuve annonçant les obsèques pour le 09 mai prochain à Bomono Gare  est déjà en circulation. Une usurpation d’identité et une imposture dénoncées  par la concernée, le parti et quelques amis proches de son défunt mari.

Le Manidem  et la veuve n’entendent pas se laisser faire. Ils ont interjeté  appel à cette décision du tribunal contraire au bon sens et  à la volonté de leur époux et président. Mais auront-ils gain de cause face à cette justice qui semble dressée contre eux? A suivre.

Félix Epée

Partager Cet Article
Aucun commentaire