Cameroun/Aménagement et réhabilitation de la voirie urbaine de Douala : Le choix controversé des pavés à la place du bitume.

Félix Epée
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Pour désenclaver les quartiers, améliorer la circulation et adapter les infrastructures au sol hydromorphe de la ville, la Communauté urbaine de Douala a choisi le pavage de la majorité des routes secondaires et urbaines. Une option qui ne fait cependant pas l’unanimité chez plusieurs spécialistes et techniciens des travaux publics.

Le remplacement du bitume dégradé par les pavés est de plus en plus courant dans la ville de Douala. Cette technique ancestrale de construction routière qui a connu les périodes d’apogée et de déclin en Europe, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt dans notre pays. Le phénomène est observable dans plusieurs chantiers d’aménagement et réhabilitation de la voirie urbaine en cours dans la capitale économique.

Ce choix, questionné par plusieurs habitants de ville habitués au bitume, est motivé, selon les responsables de la Communauté Urbaine de Douala, par plusieurs facteurs.

L’un des premiers éléments est la résistance des pavés au site hydromorphe de la ville de Douala. Une zone humide à sol instable généralement saturé d’eau à l’origine de la désagrégation du revêtement du bitume. Ce qui n’est pas le cas pour les pavés. D’où un constat amère. A peine réhabilitées, que certaines rues de Douala se retrouvaient quelques mois après fissurées, craquelées, ramollies et dégradées avec de gros nids de poule.

Une solution durable et économique ?

Pour trouver une solution à cette dégradation rapide des routes à Douala, les autorités municipales de la ville ont opté pour le pavage des routes. Cette technique est donc, d’après ces derniers, une solution plus durable et économique. Car, les pavés sont plus rentable à produire et à poser que le bitume. Le coût d’un kilomètre de route pavée oscille, d’après les chiffres officiels, entre 150 et 300 millions de francs Cfa, alors que celui du bitumage est estimé entre 400 et 650 millions de francs cfa.

Cependant, pour ce qui est du bitumage, ce coût peut dépasser 800 millions de francs CFA et atteindre parfois le milliard de francs pour des cas complexes. Tout comme celui des pavés peut connaître une hausse et arriver à plus de 800 millions de francs CFA si on intègre toutes les parties clés incluant la voie, les trottoirs, les talus, les dalots servant à évacuer les eaux de pluie et d’autres difficultés rencontrées sur le terrain.

La mairie de ville de Douala considère donc les pavés comme un investissement à long terme et économiquement viable au regard de la durabilité des matériaux (blocs de pierre en béton autobloquants, posés de manière jointive et assemblés sur le lit de pose) et le faible coût de leur maintenance. Car, en cas de détérioration, il suffit de remplacer les pièces endommagées ou de les redresser en cas d’un creux provoqué par un enfouissement, contrairement au bitume qui demande une réfection plus lourde.

Espaces de vie conviviaux

L’autre raison évoquée par les responsables de CUD est le côté esthétique des pavés. Les rues pavées apportent un charme indéniable à la ville et contribuent à créer une ambiance pittoresque, authentique et des espaces de vie plus conviviaux pour les résidents et visiteurs. La preuve, aussitôt que ces rues sont érigées, les commerces commencent à naître aux alentours.

Rue pavée en construction au quartier Bonangang, arrondissement Douala V.

En plus, les rues pavées sont propices à la promenade. A cause du ralentissement de la vitesse imposée naturellement aux véhicules et automobilistes. Elles contribuent par ailleurs à la diminution du CO² et le gaz à effet de serre sur le plan environnemental et garantissent une santé aux ouvriers et aux populations à travers son matériau sain. Inversement au bitume dont la production et l’application à chaud dégagent les vapeurs irritantes pour les voies respiratoires et les yeux.

Questionnements

Cependant, cette thèse de durabilité de la route pavée par rapport à la bitumée mise en avant par les responsables de la ville de Douala pour justifier le remplacement du bitume par les pavés, ne rencontre pas l’assentiment de tous les spécialistes et techniciens des travaux publics.

Pour certains, une route bitumée, même en zone marécageuse, peut tenir aussi longtemps voire plus qu’une rue pavée. Tout dépend de la qualité du travail fait à la base. À partir des couches de fondation jusqu’au revêtement. On peut le constater par certaines routes construites depuis de longues dates à Douala qui tiennent encore jusqu’à ce jour malgré plusieurs années d’utilisation.

Rien ne justifie donc, selon ces techniciens, le revêtement en pavés opté par la CUD. Surtout qu’il ne représente aucun avantage financier par rapport au coût. Les dépenses pouvant être les mêmes que pour une route bitumée. Voire plus.

En plus, si les routes secondaires peuvent en bénéficier, les voies principales de la ville où automobilistes ont besoin de rouler à une certaine vitesse et un confort adéquat devraient être exemptées. Malheureusement, ce n’est pas ce qu’on aperçoit. Ces routes subissent par endroits les mêmes transformations donnant ainsi un aspect d’un assemblage hétéroclite, avec des bandages parcellaires, qui font perdre, au niveau du regard, la beauté à ces infrastructures. Projetant ainsi l’image des routes rapiécées, par conséquent, celle d’une vieille ville.

Veiller au meilleur choix des entreprises

L’autre côté dérangeant observé dans quelques uns de ces chantiers réceptionnés de la voirie urbaine de la ville de Douala, est la pose complètement ratée de ces pavés due au mauvais travail effectué par certaines s entreprises adjudicataires sans expérience . Ce qui constitue un calvaire pour les automobilistes comme pour les motocyclistes qui subissent au quotidien des secousses à ne plus en finir sur certains tronçons de ces rues nouvellement aménagées ou réhabilitées. Avec des conséquences certaines sur la santé surtout pour les motocyclistes qui empruntent régulièrement ces tronçons bâclés. Alors qu’une bonne rue pavée est sensée atteindre, d’après ces techniciens, le confort de circulation d’une rue bitumée ou du moins s’y rapprocher.

D’autre part, après leur aménagement, plusieurs de ces rues ne sont pas entretenues, ni balayées. Si ce n’est pas les rigoles à peine érigées qui sont bouchées par les ordures, quelques pièces de blocs de pavés qui ont sauté ci et là où affaissées, c’est la poussière que les usagers reçoivent en plein figure. De quoi contribuer à accélérer leur dégradation et à réduire leur durée de vie par endroits.

Autant d’insuffisances qui sont appelées à être corrigées. Mais pour y parvenir et atteindre un résultat meilleur, le maire de la ville de Douala, Roger Mbassa Ndinè, a intérêt de veiller et d’être rigoureux dans le choix des entreprises appelées à effectuer ce type de travaux dans la cité. Se rassurer de leur professionnalisme et penser à l’entretien permanent de ces infrastructures. Limiter la pose de ces blocs de pierre aux rues secondaires. S’assurer que les travaux faits sur les tronçons bitumés soient solides et de meilleures qualité. Si non, ça serait, comme l’on observe à plusieurs endroits, un éternel recommencement sur un travail qui était considéré comme déjà fait et des centaines de millions de francs CFA en fumée.

Félix EPEE

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